On prépare le réveillon, on déballe les cadeaux. Inimaginable de faire autre chose les 24 et 25 décembre. Pourtant, dans certaines chaumières au Québec, ce sont des jours comme les autres. À part ceux qui détestent les Fêtes, on trouve des personnes pour qui Noël n'est pas une tradition. La Presse est partie à leur rencontre. Un reportage d'Anne Gaignaire.

Mis à jour le 24 déc. 2013
Anne Gaignaire LA PRESSE

Qi Zhou > La première dinde farcie

Le 24 décembre 2012, Qi Zhou, 23 ans, et ses colocataires enfournent une dinde farcie. Rien d'étonnant à première vue. Sauf que ces jeunes filles sont Chinoises et fêtent Noël pour la toute première fois.

«Noël ne fait pas partie de notre culture», explique Qi Zhou, qui vit à Montréal depuis un an et demi. Elle n'en connaissait que ce qu'elle avait vu dans les films occidentaux. «Je savais que c'était un grand événement ici», raconte la jeune femme. Les décorations, les lumières, les sapins scintillants et éclairés en ville, les vitrines sur leur trente-et-un, les chants de Noël dans les centres commerciaux. «J'aime beaucoup l'ambiance de la période des Fêtes ici.»

À tel point qu'elle a voulu marquer la tradition québécoise et s'initier aux coutumes locales. L'année dernière, Qi Zhou (à droite sur la photo) et ses amies ont fait un tour au centre commercial et n'ont pas manqué de se faire photographier avec le père Noël. «C'était tellement amusant. Même si j'avais 22 ans...», se souvient-elle en riant.

La veille de Noël, si elle n'est pas allée jusqu'à offrir des cadeaux à ses colocataires, elle n'a pas eu peur de s'attaquer aux grands classiques, loin des plats orientaux. «C'était très difficile. On a demandé conseil au supermarché pour savoir qu'acheter et ensuite, on s'y est mis à quatre pour préparer la dinde. On a dû aller voir sur l'internet, car on n'avait jamais utilisé de four avant cela!», raconte Qi dans un rire.

Et au final, ce n'était même pas bon! «J'étais déçue: je n'ai pas trouvé ça bon. Je pense que nous n'avons pas cuisiné la dinde comme il faut», poursuit la jeune femme. Cette année, elle est invitée chez une amie québécoise pour Noël et elle espère bien connaître enfin le bon goût d'une dinde de Noël.

Si elle est encore ici dans quelques années et qu'elle fonde une famille, elle pense bien qu'elle fêtera Noël. «Parce que c'est une belle fête et aussi pour faire comme les autres.»

Nibel et Omar > Entre culture locale et racines algériennes

Louisa, 5 ans, ne comprend pas encore. Elle chante la chanson du petit papa Noël, fabrique des boules de Noël à l'école, apprend que, selon les chrétiens, Jésus est né le 25 décembre et qu'on fête sa naissance tous les ans. Une fête adorée par ses petits amis de l'école de son quartier, qui répètent à l'envi ce qu'ils ont inscrit sur leur liste au père Noël cette année. Pourquoi elle, elle ne fête pas Noël?

«Les deux grands [Raouf, 8 ans et Kenza, 6 ans] comprennent, mais elle, elle a encore du mal. On lui explique qu'on est musulmans et que Noël n'est pas une fête dans notre religion», raconte sa maman Nibel, algérienne, arrivée au Québec après un séjour en Angleterre en 2002.

C'est important pour Nibel et son mari, Omar, de conserver leurs racines culturelles et de les transmettre à leurs enfants. «On peut vivre ici, être intégrés tout en gardant nos valeurs et nos coutumes», souligne Nibel.

Si les enfants parlent bien le français, ils ont obligation de parler arabe à la maison. Pour autant, «je ne veux pas les marginaliser», affirment Nibel et Omar. Pas question de les empêcher d'apprendre et de fredonner les chants de Noël enseignés à l'école ni de faire les bricolages de Noël en classe. «Pour qu'eux aussi, ils aient des choses à raconter en janvier, après les vacances, je leur fais toujours un cadeau dans la période de Noël. L'année dernière, je leur avais offert un abonnement au Centre des sciences de Montréal et cette année, ce sera au Planétarium.»

PHOTO ANNE GAIGNAIRE, LA PRESSE

La famille de Nibel et Omar.

Rachel Hayon > Au chaud, devant la télé

Rachel, 33 ans, est Américaine et juive. Elle n'a jamais fêté Noël et s'est très jeune habituée à ne pas participer au rite des catholiques et amoureux de la fête païenne. À Montréal depuis près de deux ans, elle continue d'apprécier les jolies lumières dont se pare la ville en décembre sans pour autant céder à la frénésie du temps des Fêtes. Le 25 décembre, «à part le fait qu'on ne travaille pas, c'est un jour comme un autre pour moi», dit-elle d'un ton tranquille et déterminé. Pas question de déroger: Noël ne fait pas partie des fêtes de la religion juive et elle n'a donc aucune envie ni aucune raison de vouloir marquer la naissance de Jésus. Elle ne se sent pas exclue pour autant. Le 24 au soir, le 25, «on regarde un film, certains vont manger dans le quartier chinois, le seul où les restaurants sont ouverts à cette période», raconte-t-elle.

PHOTO FOURNIE PAR RACHEL HAYON

Rachel Hayon est Américaine et juive.