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La chaise Solair, icône du design québécois

Les chaises Solair, en plastique de couleur vive,... (Photo Ivanoh Demers, La Presse)

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Les chaises <i>Solair</i>, en plastique de couleur vive, au motel Oscar, à Longueuil.

Photo Ivanoh Demers, La Presse

Lucie Lavigne
Lucie Lavigne
La Presse
La chaise Solair en version orange brûlé.... (Photo Ivanoh Demers, La Presse) - image 1.0

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La chaise <i>Solair</i> en version orange brûlé.

Photo Ivanoh Demers, La Presse

La chaise Solair - surtout celle en version orange brûlé - est une véritable machine à remonter le temps. Le baby-boomer qui l'aperçoit bascule inévitablement dans les années 70, au temps des motels, du Fortrel et des piscines bleu fluo.

 >> Lire aussi: 130 créations québécoises emblématiques.

 Vous l'avez toujours cru américaine? Erreur. La Solair a été conçue à Montréal, en 1972. Les designers industriels Fabio Fabiano et Michelange Panzini l'ont dessinée pour IPL, un important fabricant de pièces de plastique par injection situé à Saint-Damien-de-Buckland, dans la MRC de Bellechasse.

 L'objectif du fabricant? Offrir une chaise d'extérieur aux motels. Résultat: des centaines de milliers de Solair ont été vendues au Québec, en Ontario (notamment à Niagara Falls) et aux États-Unis, de Lake George à Miami en passant par Old Orchard.

 Trente-cinq ans après sa conception, elle est toujours en production. Ce sont toutefois les Industries Émile Lachance, situées à proximité d'IPL, à Saint-Damien, qui ont pris la relève. L'entreprise possède le moule et assure la distribution de la chaise qui se décline en quatre couleurs: turquoise, orange, jaune et blanc. Son prix de détail est d'environ 90$ et la production annuelle oscille entre 5000 et 10 000 unités.

Une icône des années 70

 «Cette chaise est symbolique à l'os!» s'exclame Frédéric Metz, professeur et directeur du Programme de design graphique à l'UQAM. Elle affiche un côté pop et psychédélique, tout en évoquant le modernisme des années 50 et 60, précise-t-il. Selon ce spécialiste, une production accrue et un marketing musclé la rendrait follement attrayante auprès des jeunes branchés.

 «J'imagine aisément des chaises Solair sur les terrasses des cafés et dans les lounges. Mais pourquoi ne pas les rééditer dans un autre plastique ou une matière différente?» propose-t-il.

 «C'est une icône des années 70!» enchaîne Michel Dallaire, célèbre designer industriel montréalais. Il se souvient des designers Fabio Fabiano et Michelange Panzini, ainsi que de l'entreprise IPL. «Déjà en 1972, c'était un très gros mouleur qui donnait de l'espoir aux jeunes designers», dit le concepteur de la torche des Jeux olympiques de 1976.

 Son opinion sur le siège aux couleurs vitaminées? «C'est un bon design, car il conjugue le confort, la solidité structurale et de très bas coûts de production», estime le designer de 65 ans.

 Son défaut? La Solair n'est pas empilable. Il faut détacher la coquille de la structure métallique avant de les empiler séparément. «Elle n'a pas la notoriété d'une chaise de Charles Eames ou d'Alvar Aalto, car elle n'a pas été réalisée dans un matériau noble, mais bien dans un plastique modeste», enchaîne-t-il.

 Parce qu'il est ajouré, ce plastique offre toutefois un double avantage. Les rainures laissent filtrer l'eau tout en procurant une plus grande flexibilité à la coquille, ce qui augmente le confort.

 C'est d'ailleurs ce qui étonne le plus chez la Solair: malgré son allure rétro-kitsch, elle est très confortable.

 Certaines personnes la préfèrent même au divan. «J'ai vu des clients faire passer leur Solair de l'extérieur à l'intérieur pour regarder la télévision», dit Raymond Boudreau, propriétaire du motel Oscar, à Longueuil.

 Première fois au musée

 Sans Paul Bourassa, la Solair serait probablement restée dans l'ombre (des motels). Ce conservateur aux expositions du Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) vient de lui faire une place dans notre histoire du design. Dès le jeudi 15 novembre, elle trônera parmi les quelque 130 objets et affiches de l'exposition itinérante Québec en design, d'abord présentée au Centre de design de l'UQAM, à Montréal. «Toutes les créations de l'exposition proviennent du MNBAQ et, pour la première fois, la Solair sera exposée», précise le conservateur.

 Comment l'a-t-il dénichée? «Il y a longtemps, j'en avais vues à l'hôtel/motel Les Camps Cartier, dans la municipalité de Lac-au-Saumon, raconte-t-il. J'y suis retourné, l'an passé. Une communauté religieuse (la famille Myriam) a repris les lieux et m'en a offert une. J'ai fait un don et suis reparti avec une Solair orange.»

 En passant des motels au musée, la chaise est perçue différemment. «Car elle prend une valeur respectable», souligne Frédéric Metz.

Conçue en une fin de semaine

 Pendant les années 60, le fabricant IPL s'inspirait d'un modèle français et produisait une chaise «panier» en plastique nommée Sunflower. «Mais elle était inconfortable et suscitait le mécontentement des clients. Assis, on avait tendance à glisser», explique Julien Métivier qui, en 1972, était directeur des ventes au sein de l'entreprise familiale.

 Il demande alors aux designers industriels Fabio Fabiano et Michelange Panzini d'en concevoir une qui serait plus confortable. Il leur remet alors deux éléments structuraux: un cerceau et un piètement.

 «On a d'abord fait infléchir les pattes pour mieux libérer les pieds de l'utilisateur», dit Michelange Panzini, qui a paru très surpris lorsque La Presse l'a contacté au sujet de la Solair. «On ne m'en parle jamais. Les seules fois où j'ai abordé le sujet, c'était lorsque nous passions devant un motel, en famille. Je confiais alors aux enfants que c'était leur père qui avait fait les chaises.»

 Sur le plan technique, la Solair est d'une simplicité exemplaire, voire minimaliste. «Il fallait créer un concept hyper simple, explique Michelange Panzini. Nous pouvions difficilement faire une chaise avec moins de matériau. Notre design allait à essentiel.»

 L'homme de 65 ans est aujourd'hui un architecte montréalais prolifique. Il conçoit des immeubles, dont des complexes hôteliers et des bâtiments en copropriété (Quai des Éclusiers, Faubourg Saint-Laurent, etc.). Né en France de parents italiens, il est arrivé au Québec en 1956.

 Avec Fabio Fabiano, un Italien de la région de l'Ombrie, il termine une maîtrise en design industriel à l'Université Syracuse, dans l'État de New York. De 1970 à 1972, les jeunes designers forment un cabinet, à Montréal: Fabiano et Panzini.

 «Avec mon collègue, j'ai conçu la Solair en une fin de semaine. Nous avons reçu quelques milliers de dollars pour notre travail, ce qui était beaucoup à l'époque. Nous sommes ensuite aller faire la fête», se souvient Michelange Panzini, sourire en coin.

 Julien Métivier - qui préside maintenant le conseil d'administration d'IPL - rappelle que la Solair était vendue dans les magasins Sears, dans les années 70.

 Sa coquille était (et est toujours) en polyéthylène de haute densité. «Nous avions choisi le polyéthylène, parce qu'il est résistant au froid et il donne du corps au produit», justifie l'homme d'affaires de 70 ans.

 Le duo Fabiano et Panzini a conçu d'autres produits pour le fabricant de Saint-Damien-de-Buckland. Avant la Solair, ils avaient, entre autres, réalisé un range-couverts et un pichet pouvant contenir un sac de lait.

 En 1973, les designers ferment leur cabinet. C'est alors que Fabio Fabiano retourne en Italie pour ensuite aller enseigner le design aux États-Unis.

 «Polyvalent, il a enseigné le design d'intérieur et graphique pendant près de 20 ans à l'Université du Maryland avant de prendre sa retraite», précise Claudia Fabiano, 27 ans, fille du designer.

 Quant à Michelange Panzini, il est revenu à la pratique de l'architecture à la suite de sa courte carrière de designer. «C'était difficile de vivre comme designer industriel, au Québec, dans les années 70. J'admirais Michel Dallaire qui persistait», raconte l'architecte.

 «Après le boom de l'Expo 67, tout s'est arrêté. C'était littéralement la misère pour les designers», atteste Michel Dallaire.

 Flatté par la nouvelle popularité de sa création, Michelange Panzini garde un excellent souvenir de ses années de design industriel. «J'ai adoré ce métier, car il se rapproche de la création pure. En architecture, nous devons faire beaucoup plus de compromis en raison de la multitude des intervenants», conclut-il.

 Renseignements:

 Industries Émile Lachance (IEL): 1-800-463-8877.

 Centre de design de l'UQAM: 514-987-3395 ou www.centrededesign.uqam.ca

 




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