Claude Plante vit une drôle de relation avec les fenêtres. Plus elles sont vieilles, plus elles l'inspirent. Abandonnées sur le bord des routes comme de vulgaires vidanges, elles deviennent sous ses doigts des fenêtres-tableaux et des fenêtres-miroirs.

Mis à jour le 7 janv. 2009
Michèle LaFerrière
Michèle LaFerrière LE SOLEIL

Claude Plante vit une drôle de relation avec les fenêtres. Plus elles sont vieilles, plus elles l'inspirent. Abandonnées sur le bord des routes comme de vulgaires vidanges, elles deviennent sous ses doigts des fenêtres-tableaux et des fenêtres-miroirs.

Claude Plante a des fenêtres plein son garage et son atelier. Il les cueille sur les chemins comme d'autres ramassent des quenouilles. Des gens l'appellent parfois pour lui offrir ces châssis de bois qu'ils sont pressés de remplacer par du PVC. Un scandale, s'insurge-t-il. Mais un scandale qui lui permet de se procurer sa matière première à un prix dérisoire. «J'ai déjà payé 20 $ pour toutes les vieilles fenêtres d'une maison», affirme ce retraité de 68 ans. Tout le monde y gagne, car les gens seraient obligés de payer pour s'en débarrasser, ajoute-t-il.

Cet ex-graphiste de Québec s'est installé à Saint-Antoine-de-Tilly en 2000. «Pour les plus vieux, je suis dans la maison de Joe Caillé, mentionne-t-il. Mais en réalité, je l'ai achetée au sculpteur Jean-Paul Garneau.» Claude Plante a pris sa retraite en 2005. Deux semaines plus tard, sa femme Denise mourait du cancer. Cruel coup du sort. Mais il n'a pas sombré.

Claude Plante avait déjà tout un inventaire de fenêtres lorsqu'en 2006, l'idée lui est venue d'en faire des miroirs et des tableaux noirs, puis de les agrémenter avec des bouts de caisses de vin récupérées à la Société des alcools du Québec.

Il fouille aussi dans Internet où il dégote des perles de l'ancien temps dans des publicités qui feraient enrager les bénévoles de Nez rouge. «Les cheminots qui ont besoin de tous leurs esprits ont immédiatement adopté le Ricard.» Ou celle-ci : «Ne prenez jamais la route aussitôt après le repas sans un petit verre de Cointreau.» Il les transfère sur des planches qu'il intègre à ses créations.

L'artisan a mesuré l'intérêt des gens pour ses fenêtres en les laissant à la Grange des phares, chez une antiquaire de son village. Il en a vendu plusieurs, ce qui l'a incité à se lancer dans une production plus intensive.

Chacune de ses oeuvres est unique. Celles qui sont dotées d'une ardoise sont vendues avec un petit sac de craies et une brosse qu'il fabrique lui-même avec du feutre. Certaines ont des crochets pour les clés, d'autres, des cachettes derrière leurs panneaux ou des carrés de liège pour y épingler des petites notes. Elles coûtent environ 125 $.

En acheter, c'est bien sûr se faire plaisir. Mais c'est aussi poser un geste pour l'environnement et encourager un artisan qui se préoccupe de recyclage en créant de la beauté. Son site www.levieilatelier.com  donne un aperçu intéressant de sa production très variée.