Quand le gouvernement Legault a décrété que seuls les commerces jugés essentiels allaient pouvoir rester ouverts afin de lutter contre la propagation de la COVID-19, il y a eu quelques heures de flottement où il n’était pas clair si les centres de rénovation étaient jugés essentiels ou non. Résultat, on a assisté à une véritable ruée dans les quincailleries, principalement dans le rayon de la peinture.

Pierre-Marc Durivage Pierre-Marc Durivage
La Presse

« Avant qu’on ne précise la liste officielle, on ne savait pas encore si on allait rester ouverts, soutient Philippe Desjardins, propriétaire de la Quincaillerie Rousseau, à Saint-Lambert. J’ai donc eu une foule de gens qui sont arrivés pour faire des rénos comme si c’était avant la période des déménagements du 1er juillet. »

M. Desjardins, propriétaire de la petite quincaillerie familiale qui a pignon sur la rue Victoria depuis 82 ans, soutient ainsi que près de 80 % des clients qui sont passés le voir au début de la semaine du 23 mars ont acheté peinture, teinture, vernis ainsi que pinceaux et autres accessoires. Une proportion impressionnante, même si le petit commerce est spécialisé en peinture. « Et comme les directives de confinement pourraient s’étendre sur plusieurs semaines, j’ai vu des gens faire des réserves, ajoute-t-il. J’ai même déjà vendu de la peinture d’extérieur. »

Le BMR Matco de Saint-Basile-le-Grand a beau compter sur une vaste cour à bois, ici aussi, c’est la peinture qui a la cote. « On a vendu des matériaux pour des fins de projet, mais c’est plus à l’intérieur que ça marche, nous explique le directeur général de la succursale, Luc Lamarre. C’est la peinture qui vend le plus, après quoi on parle des planchers flottants et de bois franc, des plafonds suspendus, des moulures. Les gens font aussi des réserves de fusibles, de batteries, de lampes de poche. Enfin, des clients nous appellent pour avoir des informations sur les chauffe-eau et autres articles de plomberie. Les gens ne veulent pas se retrouver pris au dépourvu avec des dégâts d’eau. »

Rester zen

Les projets de peinture sont évidemment parmi les plus accessibles, ce qui explique sans doute l’engouement soudain. « Les gens veulent rafraîchir leur demeure. Ce sont généralement des projets de printemps que les gens veulent devancer maintenant qu’ils ont du temps, soutient Luc Lamarre. Et on observe pas mal la même chose dans tous les autres centres de BMR. »

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Philippe Desjardins, propriétaire de la Quincaillerie Rousseau,
 à Saint-Lambert

« Peinturer, c’est zen, c’est un baume, autant que ce que peut offrir la SQDC ou la SAQ ! », affirme en rigolant Philippe Desjardins quand on lui demande d’expliquer pourquoi les gens se sont précipités pour acheter des pots de peinture, parfois en bidons de 20 litres. Toutefois, il doit rester lui-même zen dans toute cette aventure. « Je me mets en première ligne, on a peur chaque jour de se faire contaminer, reconnaît-il. J’ai servi des gens qui sont revenus de voyage et qui ne respectent pas toujours les conditions de leur quarantaine. Je me dois donc de nettoyer et enlever mes vêtements sur le quai de la porte, ça crée un stress familial. Ce n’est pas simple actuellement… » 

Pour assurer un service plus sécuritaire, on offre notamment le service à l’auto. Les pots de peinture peuvent ainsi être déposés directement dans le coffre des voitures, dans le stationnement de l’établissement. « On continue toutefois d’offrir un service-conseil, ça reste la signature de la maison, affirme M. Desjardins. On ne lésine pas sur la façon de faire, on ne veut pas que le client soit floué par rapport à la manipulation du produit. Mais actuellement, c’est tout juste si je peux couvrir mes frais actuellement, c’est un service que j’offre. »

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Chez BMR Matco Saint-Basile-le-Grand, on accueille aussi beaucoup moins de clients que lors de la cohue observée les 23 et 24 mars derniers — il passe actuellement sept ou huit clients à l’heure, selon le directeur Luc Lamarre. Comme ailleurs, on ne baisse pas la garde avec les mesures de sécurité et d’hygiène. On demande aux employés de se laver les mains toutes les 30 minutes, des panneaux de plexiglas ont été installés aux caisses, le paiement par carte est exigé, et les gens sont systématiquement interceptés à l’entrée pour qu’ils se désinfectent les mains.

La distance entre les clients est respectée, et on a de moins en moins de clients récalcitrants. J’avais aussi dit à mes employés de ne pas se gêner pour dire aux clients de respecter leurs distances.

Luc Lamarre, directeur de BMR Matco Saint-Basile-le-Grand

À la Quincaillerie Lalonde de la rue Masson, à Montréal, on remarque la même attitude bienveillante des clients, malgré une affluence record au début de la semaine du 23 mars. « Les clients se lavent les mains en rentrant, ils ne taponnent pas tout d’un bord et de l’autre, et la majorité gardent leurs distances, affirme Jean Devost, qui s’occupait du magasin pendant que les propriétaires, de retour de vacances, achevaient leur période d’isolement obligatoire. Il n’y a personne qui hausse le ton, les gens sont respectueux, c’est surprenant et c’est beau de voir ça ! »