On les aime pour leurs recettes inspirantes, mais ils peuvent aussi agrémenter la décoration d’une pièce. En exposant leurs livres de cuisine, ces gens passionnés ont joint l’utile à l’agréable. Rencontres.

Émilie Côté Émilie Côté
La Presse

C’est la première chose que l’on voit en entrant dans le grand local lumineux du restaurant Caroline, situé dans la zone semi-industrielle du Mile End.

Un mur de livres de cuisine, disposés par couleur.

Des centaines et des centaines…

Pourquoi ? « Parce que c’est joli. »

Ça oui !

Tous ces livres appartiennent à Caroline Dumas. Sans compter ceux qu’elle garde à la maison, les autres qui sont dans son restaurant Bloomfield et les exemplaires de ceux qu’elle a publiés. « Leur présence me rassure, dit la fondatrice des restaurants SoupeSoup, qui a quitté l’entreprise après l’avoir vendue. Ce sont mes valises. Ils font partie de ma vie et ils me suivent. »

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

La restauratrice Caroline Dumas est une véritable passionnée des livres de recettes. C’est notamment à travers ceux-ci qu’elle a appris son métier.

C’est par les ouvrages de cuisine que Caroline Dumas – qui a travaillé comme massothérapeute – a appris son deuxième métier.

Les livres m’ont apporté une connaissance de la cuisine. J’ai toujours eu le syndrome de l’imposteur.

Caroline Dumas

Elle n’a peut-être pas étudié à l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec, mais Caroline Dumas en a lu (et réalisé), des recettes !

Dans des soupers d’amis, il lui arrive d’avoir des complexes littéraires. « Je ne lis rien d’autre que des livres de cuisine. Ils compensent pour mon ignorance », blague-t-elle.

Par un employé, Caroline Dumas a découvert les ouvrages de deux pionnières de la cuisine australienne : Maggie Beer et Stephanie Alexander. Elle a d’autres classiques, dont Cook with Jamie (Oliver), The Silver Spoon (bible de la cuisine italienne), Gjelina : Cooking from Venice, California et Ottolenghi : The Cookbook.

Caroline Dumas fait constamment de nouveaux apprentissages en relisant ses bouquins. Récemment, elle a constaté dans une recette qu’il était plus savoureux de mettre le vin blanc à la fin quand on prépare un risotto, par exemple.

« Mes livres m’inspirent pour mes recettes », dit-elle.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Faire ses classes

Ses livres de cuisine sont la pièce de résistance de son salon. Leur disposition est épatante dans une bibliothèque qui fait tout le mur.

« J’ai acheté mon premier livre en France, en 1976, se souvient Marc-André Blanchard. La cuisine du marché, de Paul Bocuse. »

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Marc-André Blanchard possède quelque 300 livres de cuisine. « C’est une maladie », blague-t-il.

Le Montréalais possède quelque 300 livres de cuisine. « C’est une maladie », blague-t-il.

Il y a toutes sortes de raisons d’en acheter. Certains sont magnifiques, d’autres nous font mieux comprendre la cuisine. Parfois, c’est parce que nous sommes allés manger au restaurant du chef. Ou encore parce que nous voulons ouvrir nos horizons.

Marc-André Blanchard

Le Montréalais cite parmi ses livres préférés la série Modernist Cuisine : The Art and Science of Cooking, celle de Robert Laffont sur les recettes originales de grands chefs, et le coffret ElBulli 1998-2002. Il montre avec amusement celui intitulé Never Trust a Skinny Italian Chef  (Ne jamais faire confiance à un chef italien mince) de Massimo Bottura.

« Avant l’internet, les livres de cuisine étaient incontournables », rappelle-t-il.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Il est trop humble pour le dire, mais Marc-André Blanchard est à la fois un fin gourmet et un cuisinier hors pair.

« Quand je vais souper chez des gens, je me ramasse toujours dans la cuisine. »

Les lire et les relire

Ses livres de cuisine, Julie Jomphe les lit « au complet », et elle les relit. « Comme un roman, souligne-t-elle. Ils sont éparpillés un peu partout dans ma maison avec des Post-it. J’ai toujours le nez fourré dans un livre de recettes. C’est ma lecture de chevet. »

PHOTO FOURNIE PAR JULIE JOMPHE

Julie Jomphe a intégré un porte-journaux dans sa cuisine pour exposer ses livres.

Pinardises ? « Je pense que je le connais par cœur. »

Il faut savoir que Julie Jomphe cuisine beaucoup. « Je fais pas mal tout. Mes amis te diraient que je pense juste à cuisiner. »

« Je suis devenue maman à l’âge de 20 ans et je devais être débrouillarde, raconte-t-elle. Faire son pain, c’est moins cher qu’en acheter. »

Elle ne lit pas des recettes pour « savoir quoi manger demain », mais pour être émerveillée comme on l’est devant une œuvre d’art. « Une recette de grand chef, c’est artistique. »

Un livre comme Cuisine futée, parents pressés ? Un abonnement à Goodfood ? « Je ne comprends pas ! » s’exclame Julie Jomphe.

Jusqu’à décembre dernier, Julie Jomphe faisait encore la popote sur un vieux four Moffat de 1947. « Je viens de refaire ma cuisine et j’ai intégré un porte-journaux pour exposer mes livres à la montée de l’escalier. »

« J’ai aussi des piles à des endroits stratégiques dans la maison, car je trouve cela beau. »

Décorer et personnaliser

La tendance est au minimalisme, on peut consulter des recettes dans l’internet, mais les livres de cuisine ne sont pas appelés à disparaître pour autant. Pour certains, ils ont une grande valeur décorative. Les plus « extrêmes » achètent même des livres pour des raisons esthétiques sans faire aucune recette…

« Très souvent », les gens qui rénovent leur cuisine demandent qu’un espace soit consacré à leurs livres, note la designer Patrizia Giacomini, de Cuisine Steam. « Dès qu’on peut avoir une petite niche ouverte, les gens sont contents, indique-t-elle. Ça nous permet de choisir ce que l’on expose. »

Les livres de cuisine « font partie de la décoration », certes, mais ils sont aussi « un reflet de notre personnalité », souligne la designer.

Vieux buffet

Pour l’artiste Marc-Antoine K. Phaneuf, les livres de cuisine sont aussi « le reflet de leur époque ».

À trois reprises, il a présenté une œuvre murale intitulée Vieux buffet, composée de dizaines de livres de cuisine « vintage cloués au mur ».

PHOTO FOURNIE PAR MARC-ANTOINE K. PHANEUF

À trois reprises, l’artiste Marc-Antoine K. Phaneuf a présenté une œuvre murale intitulée Vieux buffet, composée de dizaines de livres de cuisine « vintage cloués au mur ».

PHOTO FOURNIE PAR MARC-ANTOINE K. PHANEUF

Il y a une douzaine d’années, l’artiste faisait la tournée des ventes-débarras et des comptoirs familiaux quand il est tombé sur quelques livres qui avaient mal vieilli et dont les photos n’avaient rien d’appétissant. « Je me suis mis à les collectionner et je continue encore de le faire. Cet objet me fascine avec sa grande trace ethnologique sur la société. »

« Il faut voir les premiers livres sur la cuisine au micro-ondes. Ils sont présentés comme un truc du futur », ajoute-t-il.

Les quelque 350 livres de Marc-Antoine K. Phaneuf sont un véritable voyage dans le temps : Montignac, Recettes au « blender », de Julienne Huot, La cuisine internationale, Les cocktails de Jacques Normand, Cuisine minçavi, de Lyne Martineau, ou encore La grande cuisine au Pernod, de Suzanne Lapointe.

IMAGE FOURNIE PAR LES ÉDITIONS DE L’HOMME

« Le livre de cuisine porte une histoire », estime Marc-Antoine K. Phaneuf.

Son dernier coup de cœur ? CCCP Cook Book. « On fait un lien entre la bouffe et l’histoire de l’ère soviétique, de la fin de la période impériale jusqu’à la chute du Mur. »

IMAGE FOURNIE PAR FUE

On y apprend comment un rôti de bœuf est devenu une soupe, car l’approvisionnent était difficile, illustre-t-il.

Des best-sellers

Les BONS livres de cuisine portent une histoire, vous dirait Antoine Ross Trempe, directeur général des Éditions Cardinal. « Et ce ne sont pas tous les livres de cuisine qui sont des beaux livres », précise-t-il.

Les Éditions Cardinal publient des livres de cuisine à succès, dont ceux de Marilou, Jean-Philippe Cyr et Antoine Sicotte.

Il n’y a pas de formule magique pour faire un livre de cuisine qui rejoindra un grand public, dit Antoine Ross Trempe. Ce n’est jamais gagné d’avance. « C’est coûteux à produire, car c’est du matériel original. »

Il faut du flair. Quand Antoine Ross Trempe a pris contact, en 2013, avec Marilou (dont les deux premiers livres se sont vendus à plus de 300 000 exemplaires), seulement 5000 personnes suivaient son blogue. « Je trouvais que son univers était beau pour un livre. »

Le livre de cuisine est aussi un objet, de la décoration, et souvent un cadeau, rappelle-t-il.

Julie Jomphe doit se retenir de ne pas en acheter chaque semaine. Marc-André Blanchard parle à la blague de « maladie ».

Il y a pire vice, non ?

Des incontournables

  • La nouvelle encyclopédie de la cuisine, Jehane Benoît

    La nouvelle encyclopédie de la cuisine, Jehane Benoît

  • The Silver Spoon (Phaidon)

    The Silver Spoon (Phaidon)

  • Modernist Cuisine, Nathan Myhrvold, Chris Young et Maxime Bilet (The Cooking Lab)

    Modernist Cuisine, Nathan Myhrvold, Chris Young et Maxime Bilet (The Cooking Lab)

  • La cuisine du marché, Paul Bocuse (Flammarion)

    La cuisine du marché, Paul Bocuse (Flammarion)

  • Une journée à elBulli, Ferran Adrià (Phaidon)

    Une journée à elBulli, Ferran Adrià (Phaidon)

  • The Nordic Cook Book, Magnus Nilsson (Phaidon)

    The Nordic Cook Book, Magnus Nilsson (Phaidon)

  • À la di Stasio, Josée di Stasio (Flammarion)

    À la di Stasio, Josée di Stasio (Flammarion)

  • Jerusalem, Yotam Ottolenghi et Sami Tamimi (Random House)

    Jerusalem, Yotam Ottolenghi et Sami Tamimi (Random House)

  • Pinardises, Daniel Pinard (Boréal)

    Pinardises, Daniel Pinard (Boréal)

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