Le détaillant américain Target propose maintenant des articles comme des poufs, des tentes d’intérieur et des couvertures lourdes adaptés aux enfants qui ont des sensibilités sensorielles et pour qui il est essentiel de doser les stimuli, notamment dans la chambre à coucher. Mais les principes qui guident l’aménagement d’un endroit apaisant peuvent s’appliquer à tous.

Isabelle Morin Isabelle Morin
La Presse

On associe les couleurs vives et les accessoires ludiques aux aménagements conçus pour les enfants. La boule disco au plafond et les autocollants de superhéros aux murs ont-ils leur place dans la chambre ? Peut-être pas, en particulier pour ceux qui réagissent plus fortement aux stimuli.

Les enfants avec un trouble de l’autisme (TSA) font partie de ces enfants susceptibles d’être hypersensibles sur le plan sensoriel. Il n’est pas rare que cela accompagne aussi d’autres conditions, comme des troubles du déficit de l’attention ou de la coordination, des DYS (dysphasie, dyschromie…) ainsi que de la douance, explique Vanessa Bouvrette, ergothérapeute en petite enfance.

Toutefois, sans avoir un diagnostic, un enfant peut très bien présenter des sensibilités sensorielles, souligne l’intervenante. Elle en voit d’ailleurs de plus en plus dans sa pratique, ce qu’elle explique par l’abondance de stimuli sensoriels dans nos milieux, y compris l’école et la garderie.

« Souvent, on va suggérer aux parents de créer un espace tampon et un climat apaisant à la maison. »

Les « zones de décharge » – un coin détente, un coin sommeil, une aire de jeux – favorisent le calme, et ce, même pour un enfant neurotypique.

Chacun ses sensibilités

Suzanne Pitre, enseignante en technique de design d’intérieur au cégep du Vieux Montréal, a piloté le volet aménagement d’un projet de recherche sur les besoins des enfants autistes. En collaboration avec des professionnels de la santé, son équipe a mis au point un guide d’aménagement réfléchi de la chambre à coucher qui fournit des pistes pour les neurosensibles, mais aussi pour une clientèle plus large.

On y retrouve notamment un questionnaire pour définir le profil sensoriel de l’enfant et mieux planifier sa chambre. Certains, par exemple, sont particulièrement sensibles à la lumière, alors que d’autres réagissent davantage aux bruits. Ces réactions peuvent aussi être à géométrie variable : un enfant qui a une hypersensibilité visuelle peut être hyposensible à d’autres sens.

« L’essai-erreur est inévitable, car chaque cas est particulier, précise l’enseignante. Des textures qui plaisent à certains ont l’effet inverse sur d’autres. Il est normal de réajuster le tir en fonction de ce qui convient le mieux à l’enfant. » Et pour savoir ce qui répond à ses besoins, il convient de l’impliquer dans l’aménagement et le choix du mobilier et des accessoires.

Quelques pistes

On favorise

• Les couleurs douces, comme les tons pastel (le vert serait particulièrement apaisant) ou les couleurs sombres qui créent une illusion de rapprochement.

• Des accessoires qui permettent à l’enfant de se réfugier pour se couper des stimuli : un rideau, qui crée un effet cocon, un pouf – ou bean bag – ou une tente, même un placard aménagé avec des coussins et un éclairage apaisant.

• La disposition du lit le long d’un mur. Encore mieux, dans un coin pour que la tête de lit soit aussi appuyée au mur. Il devrait faire face à la porte pour que l’enfant puisse voir qui entre dans la pièce.

• Un environnement ordonné. Des rangements simples, comme des bacs opaques, peuvent être utilisés par l’enfant et permettent de ranger les jouets hors de sa vue.

• Un éclairage tamisé grâce à un gradateur de lumière et des éclairages d’appoint. Les garnitures de fenêtres ont intérêt à être le plus simples possible. Des toiles opaques sont efficaces sans coûter une fortune. Oui aux veilleuses, mais hors du champ de vision et de très faible intensité.

• Une literie douce de qualité, qui ne risque pas de boulocher. Les couvertures lourdes créent un effet enveloppant, mais elles ne devraient pas excéder 10 % du poids de l’enfant. Prévoyez plus d’un oreiller ou un oreiller de corps qui pourra être disposé le long du corps de l’enfant pour le rassurer.

On évite

• Les contrastes de couleurs – une carpette blanche sur un plancher de bois, par exemple – et les motifs imposants qui dynamisent l’espace. Utilisez une seule teinte sur les murs.

• Les miroirs, les rideaux flottants et autres matières fluides qui créent du mouvement.

• Les bibelots, cadres, mobiles et autocollants, ou limitez-les à quelques-uns, personnels, qui ont un effet rassurant. Fan de Superman ? Les personnages peuvent avoir un effet anxiogène, prévient Suzanne Pitre. Disposez les autocollants et affiches à la tête du lit, de façon à ce qu’ils échappent au regard de l’enfant quand il est couché.

• Les textures rugueuses ou trop lisses qui donnent une impression de vide. Les enfants autistes, en particulier, ont besoin de ressentir leur corps. Privilégiez les textures, mais douces, spongieuses, moelleuses.

• Les adoucisseurs, diffuseurs d’odeurs et produits nettoyants aux parfums puissants.

• Une chambre orientée vers le sud ou l’est, qui sera forcément baignée de lumière naturelle, ou encore située à côté de pièces plus achalandées de la maison, comme la cuisine ou la salle à manger. Isolez la porte avec de la mousse de caoutchouc.