Pas toujours facile d'obtenir de beaux plants de tomates à la maison. Les résultats sont souvent décevants. Les plants deviennent étiolés, chétifs et fragiles à la transplantation, au vent et à la déshydratation.

Mis à jour le 28 juin 2007
Pierre Gingras
Pierre Gingras LA PRESSE

Pas toujours facile d'obtenir de beaux plants de tomates à la maison. Les résultats sont souvent décevants. Les plants deviennent étiolés, chétifs et fragiles à la transplantation, au vent et à la déshydratation.

 Si la tomate aime la chaleur durant l'été, au cours de sa brève et tendre enfance, elle exige de la fraîcheur, beaucoup de fraîcheur, des conditions qu'on ne retrouve pas sur le comptoir de la cuisine ou devant la fenêtre du salon. «La principale cause d'insuccès lorsqu'on sème des tomates à la maison, c'est la chaleur excessive, surtout la nuit. On oublie souvent aussi qu'il ne faut pas semer trop tôt, que le repiquage est essentiel et qu'il faut ensuite planter les plants très profondément dans le jardin.»

Tels sont les conseils de Roger Doucet. Des tomates, il en a fait pousser durant plus de 40 ans. Aujourd'hui âgé de 71 ans, il est toujours très actif et sa passion pour la tomate ne se dément pas. Il a d'ailleurs très hâte à l'été pour voir si le croisement qu'il a effectué entre la tomate «Brandy Wine», sa préférée, et un de ses propres cultivars de couleur rose donnera des résultats positifs. Si c'est le cas, le nouvel hybride aura probablement une saveur exceptionnelle et sera plus productif que «Brandy Wine», en plus d'avoir une teinte rosée particulière.

Roger Doucet est peu connu du grand public. Mais c'est une sommité au Québec en matière d'agronomie et d'horticulture. Ex-professeur à l'Université de Montréal, il a aussi enseigné durant 12 ans à l'Institut de technologie agroalimentaire de Saint-Hyacinthe. Il est l'auteur d'un vaste ouvrage intitulé La Science agricole, un volume très utilisé dans les cours d'agronomie et souvent cité dans cette chronique.

Roger Doucet a travaillé toute sa vie à l'amélioration génétique des plantes potagères. On lui doit notamment une vingtaine de cultivars de tomates dont la tomate «carrée». Cet hybride de tomate italienne aux angles prononcés, charnu et relativement dur, fut cultivé industriellement durant plusieurs années dans toute la province. Un autre de ses cultivars, la «Canabec», a été utilisé par l'industrie de la conserverie de l'Ontario.

C'est à la suite de ses travaux et de ses recommandations que les producteurs québécois font leur semis plus tard en saison, bien que plusieurs persistent à les faire à la Saint-Joseph, le 19 mars. Il explique qu'en dépit de tous les mythes qui persistent dans le domaine des semis, on n'a jamais pu faire de corrélation scientifique entre les phases de la Lune, la température et le bon moment de faire les plantations.

Il conseille aux amateurs de potagers de faire leurs semis au cours de la dernière semaine de mars pour ceux qui comptent faire leur jardin le 15 mai, ou durant la première semaine d'avril s'ils procèdent plus tard. Voilà qui vous donne encore le temps de vous procurer des semences parmi les 600 ou 700 variétés offertes sur le marché. Les plants auront tout le temps voulu pour atteindre une taille adéquate et être en parfaite santé lors de la transplantation, deux conditions pour obtenir une récolte abondante et de qualité.

Voici donc les recommandations M. Doucet. Plusieurs d'entre elles vous étonneront sans doute.

- Pastille en tourbe: l'agronome conseille de ne pas utiliser les capsules en mousse de tourbe compressée pour faire les semis comme les pastilles Jiffy, par exemple. Elles retardent la croissance des racines qui ont de la difficulté à traverser la couche de tourbe pour atteindre le terreau à la suite de la transplantation à l'intérieur.

- Repiquage: il faut planter les semences en vrac, dans un grand contenant afin de les repiquer éventuellement. On fait le repiquage quand le plant a une ou deux feuilles, à raison d'un spécimen par pot de pot de 8 ou 10 cm de côté. Il faut enfouir profondément la tige dans le terreau sur au moins la moitié de sa longueur. Le repiquage stimule la croissance de la plante, notamment en l'obligeant à produire davantage de racines.

- La température: «Le secret de la réussite, c'est la température nocturne. Le jour, les semis doivent être exposés à une température de 15 degrés, du moins c'est l'idéal, mais la nuit, le mercure doit baisser à 12 et même à 10 degrés», explique l'agronome. Lorsque les plants auront la taille d'un crayon, cinq ou six semaines après le semis, il conseille même de réduire la température de quelques degrés supplémentaires au cours de la nuit, jusqu'à 2. Ce traitement produira des plants trapus, solides, aux feuilles plus foncées et plus grandes.

- Avant de mettre en terre: au cours de la dernière semaine précédant la transplantation au jardin, arrêtez le chauffage ambiant et coupez l'arrosage pour rendre la plante encore plus résistante. Il va sans dire que si les plants fanent en raison d'un grand manque d'eau, on doit arroser. L'expert conseille de transplanter à partir du 15 mai dans la région de Montréal.

- La transplantation: enfouir la moitié de la tige sous terre, peu importe sa longueur. Le conseil vaut aussi pour les plants qui sont étiolés. Cette façon de faire entraînera la production d'une multitude de racines secondaires. Fertilisez immédiatement avec une solution de transplanteur (10-52-10), une tasse de liquide par plant, puis cessez tout arrosage durant trois ou quatre jours, ce qui permettra aux racines de se développer encore davantage.

- Le soleil: les plants de tomates nécessitent une lumière vive. Par contre, au jardin, une tomate exposée au soleil direct verra son goût altéré sérieusement. Si le fruit pousse à l'ombre du feuillage, il sera plus goûteux et produira même des graines dont le taux de germination est plus élevé.