La culture des fleurs est en essor au Québec, et ses artisans, principalement des femmes, s’intéressent à la culture dans une perspective écoresponsable portée par le mouvement Slow Flowers, qui s’impose de plus en plus à l’étranger. La semence a été plantée. Tout porte à croire que le terreau est assez fertile pour que fleurisse cette petite industrie.

Publié le 3 juin 2021
Isabelle Morin
Isabelle Morin La Presse

Implantée en 2014 à Frelighsburg, la ferme de Chloé Roy fait office de pionnière. Floramama travaille à « échelle humaine », ce qui se traduit par l’absence de tracteur et un contact direct avec la clientèle, mais aussi par une volonté de travailler en harmonie avec la nature en valorisant entre autres la biodiversité. « Contrairement aux fleurs produites à grande échelle, celles qu’on cultive sont magnifiquement imparfaites », fait-elle valoir.

« Nous, s’il y a eu un coup de vent et que les tiges ont crochi, par exemple, on ne va pas jeter la production, mais trouver une façon de la valoriser pour l’inclure dans nos bouquets. C’est poétique et ça raconte tout de suite une histoire. Dans le commerce de la fleur importée, il n’y a aucune place pour l’imperfection. Et pour obtenir un résultat parfait, ça exige des quantités astronomiques de produits chimiques. »

« Les fleurs coupées sont issues de grosses monocultures et proviennent de pays qui ne sont pas aussi stricts dans l’utilisation de produits toxiques, ajoute Chloé Roy. L’impact sur la nature et l’humain est énorme. On offre une alternative, assez mince, certes, mais plus il y aura d’initiatives de ce genre et plus l’offre sera grande. Si, en saison, on peut offrir des fleurs d’ici, ça fait déjà beaucoup moins de fleurs importées. »

PHOTO TIRÉE DU SITE DE FLORAMAMA

Chloé Roy, fondatrice de Floramama

Plus de 80 % des fleurs offertes sur le marché québécois proviennent de l’étranger.

Pour se rendre jusqu’à nous, elles ont fait des milliers de kilomètres à partir de l’Europe, de l’Amérique du Sud et de l’Afrique avec, dans bien des cas, un ou même des transits sur divers continents. « C’est beaucoup de carburant », souligne Laurie Perron, de Jungle fleur, en relevant les étapes d’emballage qui se succèdent, de la ferme à l’avion, au grossiste, puis chez le fleuriste, où elles sont emballées de nouveau pour enfin partir dans les mains du client.

Plus il y a d’étapes, plus il y a de gaspillage. Tout le monde comprend bien les enjeux de l’alimentation locale, mais c’est moins le cas pour les fleurs, même si ça vient à l’évidence quand on en parle. D’un point de vue humain, c’est aussi des travailleurs qui sont exposés à des substances toxiques.

Laurie Perron, de Jungle fleur

Le portrait de ces fermes étrangères serait probablement moins champêtre que celui des fermes du Québec, s’il nous était donné de les voir. « Imaginez des travailleurs avec des masques à gaz, et ça, c’est quand ils en portent, décrit Alice Berthe, d’Enfants sauvages. On peut se contenter de dire : “Bah ! ça se passe loin”, mais ces fleurs arrivent ensuite sur nos tables, sans compter qu’on a le réflexe de les sentir. C’est un peu un cadeau empoisonné. »

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Alice Berthe, de la ferme Enfants sauvages, en Estrie

Tout doucement

Le mouvement Slow Flowers se positionne à l’opposé de ce train qui file à toute vitesse. Il encourage les circuits courts : une culture locale pour des clients locaux.

Cette proximité comporte plusieurs avantages, indique Alice Berthe, comme celui de mettre un visage sur le produit qu’on nous vend. Les petites fermes florales cultivent l’aspect humain de leur entreprise, en mettant de l’avant leur personnel. « Elles offrent aussi une nouvelle expérience au consommateur qui peut désormais choisir son “fleuriste de famille” au même titre que son fermier. »

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Le mouvement Slow Flowers encourage les circuits courts.

La réduction des pertes est aussi un gain important, fait valoir l’agricultrice. « Dans la fleuristerie traditionnelle, on importe quantité de fleurs pour remplir les frigos et offrir du choix au consommateur, alors que nous, on ne coupe que ce dont on a besoin. »

La possibilité de travailler avec des fleurs fraîches, et qui dureront plus longtemps, ouvre par ailleurs un éventail de possibilités pour des variétés qu’on ne voit pas normalement chez les fleuristes, parce que trop fragiles pour supporter un voyage autour du monde. Au bout du compte, souligne Alice Berthe, « tout ça a beaucoup de sens » !

Consultez le site de Slow Flowers (en anglais)

Quatre fermes florales québécoises à découvrir

Floramama

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE FLORAMAMA

Située en Estrie, Floramama propose ses magnifiques bouquets dans 17 points de vente.

C’est pour « nourrir l’âme, plutôt que le corps » que Chloé Roy a privilégié la culture florale à la culture maraîchère. Sa ferme située à Frelighsburg, en Estrie, livre dans 20 points de vente, dont 10 à Montréal.

Jungle fleur

PHOTO SARAH QUESNEL-LANGLOIS, FOURNIE PAR JUNGLE FLEUR

Certaines fermes florales, comme Jungle fleur, offrent également des bouquets de fleurs séchées.

Située à Contrecœur, à 45 minutes de Montréal, Jungle fleur livre ses fleurs fraîches au printemps et à l’été, et enchaîne avec des arrangements de fleurs séchées dès le mois d’octobre. Sa fondatrice, Laurie Perron, est aussi la co-autrice de Jardiner tout naturellement, publié par Parfum d’encre.

Ferme Pastel

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE FERME PASTEL

Ferme Pastel est située à Grand-Métis, en Gaspésie.

Les fleurs de Ferme Pastel évoluent dans le microclimat de Grand-Métis. Elles sont livrées dans différents points de vente en Gaspésie. On peut aussi suivre la Ferme Pastel et ses astuces sur son blogue.

Estelle – Ferme florale

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK D’ESTELLE – FERME FLORALE

Bouquets de fleurs fraîches ou séchées sont à l’honneur chez Estelle, en Mauricie.

Cette microferme florale installée à Pointe-du-Lac, en Mauricie, propose des bouquets de fleurs fraîches et de fleurs séchées, des couronnes des Fêtes et des fleurs comestibles.