Les avantages et vertus du jardinage sont connus depuis longtemps, mais plus que jamais, mettre ses mains à la terre et en récolter ses fruits, légumes et autres petits trésors fait du bien.

Isabelle Morin Isabelle Morin
La Presse

Si vous n’avez qu’une terrasse ou un balcon à votre portée pour jardiner, le faire en contenants est une option. C’est la seule, certes, mais elle comporte probablement plus d’atouts que vous ne le croyez !

Ce type de culture permet de faire des compositions mobiles, puisque les plantes peuvent être déplacées entre l’intérieur et l’extérieur, ou à même l’espace disponible, que ce soit pour adapter son décor ou aller chercher un maximum de luminosité. Par ailleurs, il offre la possibilité de créer des aménagements intéressants, voire inusités, en exploitant l’espace et les structures à leur plein potentiel : murs, barrotins, poutre, plafond…

C’est bon pour les fleurs, croyez-vous ? Cette perception est à revoir, selon l’horticultrice Hélène Baril, qui est à l’origine de plusieurs ouvrages sur le jardinage, dont son tout dernier, Jardiner à l’intérieur, sur la terrasse et au balcon. « Il y a beaucoup d’intérêt pour le jardinage présentement. Il est possible de le faire à plus petite échelle, même sur un balcon. J’ai moi-même un terrain, mais je cultive beaucoup de plantes en contenants. »

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L’horticultrice Hélène Baril dans son jardin en pots

Jardiner, ce n’est pas compliqué, et ça fait du bien !

Hélène Baril, horticultrice

Un potager sur son balcon

Le jardin en pots d’Hélène Baril est fait de légumes, de fines herbes et d’arbres fruitiers. Pourquoi ne pas les installer au jardin, vous demandez-vous encore… Certaines plantes bénéficient d’une culture en pot qui leur fournit plus de chaleur, explique l’horticultrice. C’est d’ailleurs le cas pour plusieurs variétés potagères qui produiront davantage dans ces conditions et germeront plus vite.

Si l’espace est limité, cultivez l’exceptionnel, conseille Hélène Baril. « Jardinez des végétaux difficiles à trouver sur le marché. On peut facilement se procurer des carottes biologiques en épicerie, mais des mauves, des jaunes, des rondes ? C’est beaucoup plus rare. » Beaucoup de semenciers offrent une gamme de produits ancestraux. Les centres de jardins sont aussi de plus en plus nombreux à proposer des plants pour la culture en contenants. Les fruits et légumes de ces collections, les variétés « patio », par exemple, sont plus compacts et mieux adaptés à ce genre de culture.

  • Un plant de coriandre vietnamienne côtoie des tagettes, en bon compagnonnage !

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    Un plant de coriandre vietnamienne côtoie des tagettes, en bon compagnonnage !

  • Un citronnier pourra éventuellement produire abondamment ses fruits. Il devra être rentré dans la maison avant les premiers gels.

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    Un citronnier pourra éventuellement produire abondamment ses fruits. Il devra être rentré dans la maison avant les premiers gels.

  • La majorité des fines herbes ont leur place sur le balcon ou la terrasse. Ici, des tagètes aux fleurs comestibles, du céleri feuille, du thym citronné, du basilic Spicy Globe et du romarin.

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    La majorité des fines herbes ont leur place sur le balcon ou la terrasse. Ici, des tagètes aux fleurs comestibles, du céleri feuille, du thym citronné, du basilic Spicy Globe et du romarin.

  • Ces capucines produiront éventuellement de belles fleurs au goût épicé, qui font fureur dans les salades.

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    Ces capucines produiront éventuellement de belles fleurs au goût épicé, qui font fureur dans les salades.

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Amusez-vous et explorez les possibilités pour maximiser votre potager, suggère-t-elle encore. « On peut semer des haricots maintenant et en ressemer dans deux semaines pour en avoir plus longtemps. Même chose avec les laitues qu’on peut ressemer à la fin de juillet ou au début d’août. »

Les clés du succès

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Du soleil, une bonne terre, quelques contenants recyclés, des semis et de l’eau : il n’en faut pas plus pour obtenir un jardin digne de ce nom avec un peu de savoir-faire.

• Choisir le bon contenant

Les tables potagères gagnent en popularité, mais les bons vieux contenants font aussi l’affaire à moindre coût. Si vous choisissez cette option, sachez qu’un pot de bonne dimension devrait avoir un diamètre et une profondeur d’au moins 30 cm, ainsi qu’une base large, indique la conseillère en aménagement paysager. Pour les paniers suspendus, on parle plutôt d’une profondeur de 20 cm pour 40 cm de diamètre. Quant aux jardinières, leur profondeur devrait être d’au moins 20 cm et ne pas excéder 1,2 m de longueur. Évidemment, chaque plante a ses exigences. Logiquement, un légume racine a besoin de profondeur, à moins d’être compact. Procurez-lui un habitacle plus profond.

Certaines variétés de plantes préfèrent être seules dans leur contenant, mais la plupart apprécient une bonne compagnie qui stimulera leur croissance ou les protégera des envahisseurs : les betteraves et les choux sont amis, par exemple, les poireaux, les carottes et le céleri aussi.

• Ne pas lésiner sur le terreau

Optez pour des mélanges spécifiquement conçus pour la culture potagère en contenant, en y ajoutant une part égale de compost, conseille Hélène Baril. Si votre aménagement comporte à la fois des plantes comestibles et ornementales, favorisez les premières. N’utilisez les mélanges contenant des cristaux de polymères que si vos plantes sont exposées à plus de six heures de soleil par jour.

Lors de la plantation et en mi-saison, donnez des vitamines à vos plantes en ajoutant au terreau des nutriments riches en potassium, spécifiquement conçus pour les végétaux comestibles. Favorisez les engrais biologiques qui sont exempts de pesticides et autres contaminants.

Bon à savoir : le terreau peut être récupéré d’une année à l’autre en l’amendant simplement en début de saison, à moins que les plantes n’aient subi une infestation d’insectes ou qu’elles n’aient été affectées par des maladies. Si certains contenants ne tolèrent pas de passer l’hiver dehors remplis de terre (les pots de terre cuite, par exemple), on peut tout simplement les vider et transvider leur terreau dans un gros bac en plastique, qui restera sur le balcon jusqu’au printemps.

• Bien évaluer l’emplacement

Rien ne sert de pousser sa chance en tentant de faire pousser une plante dans un environnement qui ne lui convient pas. Elle a besoin de lumière ? Elle risque de dépérir ou de fournir un piètre rendement sans un bon ensoleillement.

La plupart des fruits, légumes et fines herbes ont besoin de soleil et de chaleur pour se gorger de saveurs, autrement dit, d’au moins six heures de soleil par jour. Quelques-unes se contentent de moins (quatre à six heures d’ensoleillement). C’est le cas, entre autres, pour les laitues, le chou frisé (kale), le persil et la bette à carde, qui peuvent pousser à l’ombre des plus gourmandes en soleil.

• Arroser avec rigueur

L’approvisionnement en eau est primordial dans le cas du jardinage en contenants. Comme les plantes y ont accès à moins de réserves d’eau que lorsqu’elles sont plantées directement en terre, elles risquent de se déshydrater plus vite.

IMAGE FOURNIE PAR LES ÉDITIONS BROQUET

Dans Jardiner à l’intérieur, sur la terrasse et au balcon, la paysagiste et horticultrice Hélène Baril présente tous ses conseils pour cultiver différentes variétés de végétaux en pots et étirer son plaisir sur quatre saisons. Les plantes y sont classées par catégories : comestibles, annuelles, vivaces et tropicales d’intérieur.

Avant d’arroser, vérifiez l’humidité du terreau, car chaque plante a ses exigences. « N’arrosez pas par habitude, mais lorsque la plante en a besoin, idéalement le matin, prévient Hélène Baril. Arrosez en profondeur jusqu’à ce que l’eau s’écoule par les trous de drainage, afin d’éviter un enracinement en surface. Le plant sera plus solide. » Si la plante est déposée dans une soucoupe, vidangez l’eau résiduelle au bout de 20 à 30 minutes.

Les vacances et les escapades d’un week-end compliquent évidemment le suivi. Déplacez vos contenants dans un endroit plus ombragé pendant cette période et arrosez abondamment avant votre départ, indique la spécialiste. Des systèmes d’irrigation en goutte-à-goutte sont vendus en jardinerie (entre 10 $ et 15 $). On peut aussi en fabriquer en piquant le bouchon d’une bouteille de boisson gazeuse déposée bec contre terre dans les contenants. L’eau s’écoulera doucement par le bouchon pendant quelques jours. Si vous comptez vous absenter au-delà de deux ou trois jours, il faudra alors compter sur l’aide d’un bon voisin.

Jardiner à l’intérieur, sur la terrasse et au balcon. Hélène Baril. Éditions Broquet. 225 p.

Ces plantes comestibles qui aiment les pots

Le camérisier (Lonicera caerulea)

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Un camérisier

Ce petit arbuste d’une circonférence d’environ 1 m se pare de fleurs de couleur crème au printemps et offre, dès juin, ses petites baies bleues au goût acidulé. Très rustique, il tolère le froid et la mi-ombre. Il vous faudra toutefois un plant mâle et un plant femelle pour le féconder. L’hiver, mieux vaut protéger les jeunes plants avec une toile.

Le framboisier « Short Cake » (Rubus idaeus 'Short Cake')

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À droite, un framboisier Short Cake

Peu capricieux, ce framboisier est autofertile. Son port est compact (sa hauteur est de 60 à 90 cm pour 50 cm de largeur). Ses framboises, qui apparaissent entre juin et août, sont sucrées et ont un léger goût de vanille. Le Short Cake n’a pas d’épines, de quoi réjouir plusieurs amateurs de ce petit fruit. Il passe l’hiver dehors enveloppé d’une toile blanche qu’on retirera tôt au printemps. Il offre un bon rendement dans un pot d’au moins 40 cm de profondeur et de diamètre.

Le céleri feuille (Apium graveolens var. secalinum)

PHOTO TIRÉE DE FLICKR.COM

Un céleri feuille

Aussi appelé céleri chinois, ce bisannuel a des tiges plus fines que celles du céleri branche, mais il produit en abondance des feuilles tendres et aromatiques qui se récoltent tout au long de l’été. Il pousse au soleil comme à la mi-ombre et produit de petites fleurs blanches à sa deuxième année de culture.

Le pois mange-tout « Little Marvel » (Pisum sativum 'Little Marvel')

PHOTO MGTURNER, GETTY IMAGES

Un pois mange-tout Little Marvel

Ce pois semi-nain est très productif et peu exigeant. Il produit des gousses sucrées et croquantes qui peuvent être consommées entières ou écossées. Comme un tuteur est nécessaire pour qu’il puisse grimper, il gagne à être placé près d’une balustrade à barrotins. Plus ornemental, mais plus rare, le cultivar Bluepod Capucijner est une autre belle option avec ses gousses violacées très décoratives et tendres.

L’aubergine (Solanum melongena)

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Une aubergine

L’aubergine apprécie la chaleur et donc une culture en contenant. Optez pour un pot d’au moins 30 cm de diamètre et un emplacement au soleil. Ses jolies fleurs violettes apparaissent en juillet et cèdent ensuite leur place au fruit qu’on connaît. On le récolte lorsqu’il est tendre au toucher, à défaut de quoi son goût sera amer et sa texture, coriace. Il en existe des roses, des violettes, des zébrées, des blanches, des miniatures et des allongées. Osez !