Il s'agit de l'aleurode, mieux connu sous le nom de mouche blanche, et il peut dévaster vos plantes. D'où vient-il, comme ça, en plein hiver? Comment le contrôler?

Publié le 22 févr. 2006
Larry Hodgson
Larry Hodgson COLLABORATION SPéCIALE, LE SOLEIL

Il s'agit de l'aleurode, mieux connu sous le nom de mouche blanche, et il peut dévaster vos plantes. D'où vient-il, comme ça, en plein hiver? Comment le contrôler?

Pas de génération spontanée!

Même si l'aleurode semble souvent sortir de nulle part au mois de février ou de mars, son apparition subite n'est pas due à la génération spontanée comme le croyaient les scientifiques au milieu du XIXe siècle. En fait, l'insecte était déjà présent parmi vos plantes, mais en diapause, c'est-à-dire un état équivalent à l'hibernation qui dure de la fin de l'automne au début de l'hiver chez de nombreux insectes. Puis, au printemps -et le printemps de cet insecte commence plus tôt que le nôtre, soit dès que les journées commencent à rallonger en février- , il se réveille et se met à se multiplier de façon faramineuse. Bientôt, vos plantes sont couvertes de ces «pellicules volantes».

De près, ces «pellicules» s'avèrent une minuscule mouche de couleur blanche aux ailes repliées en V. Celle-ci a comme caractéristique de se mettre à voler si elle est dérangée (par volées massives), mais d'atterrir assez rapidement sur une autre plante. L'adulte pond des oeufs à l'envers des feuilles. Ces oeufs minuscules et essentiellement invisibles donnent des nymphes semi-transparentes qui se fixent rapidement sous une feuille et deviennent alors immobiles, ne bougeant même pas si on y touche. En forme de petites écailles presque transparentes, elles sont collées à l'endos des feuilles, habituellement en présence d'adultes ailés.

Les aleurodes endommagent les plantes de trois façons: d'abord et surtout, les nymphes (et, à un moindre degré, les adultes) aspirent la sève des feuilles, les laissant affaiblies et souvent marbrées de jaune. S'il y en a beaucoup, toute la plante dépérit. Aussi, les aleurodes peuvent transmettre des maladies aux plantes infestées, comme le virus de la mosaïque. Enfin, ils émettent un liquide transparent et sucré, appelé miellat, qui peut couler sur les feuilles inférieures et le plancher. Éventuellement, le miellat noircit sous l'effet d'un champignon appelé fumagine. La fumagine n'est pas directement nuisible aux plantes, mais à cause de sa coloration noire, elle réduit la photosynthèse et la plante manque alors d'énergie solaire et perd tout attrait physique. Dans les cas extrêmes, elle s'affaiblit et peut même mourir.

Contrôler le fléau

Les aleurodes sont extrêmement prolifiques et assez généralistes: presque toutes les plantes leur plaisent, dont les plantes d'intérieur, les annuelles hivernant dans la maison, les semis, etc., mais ils ont une nette préférence pour les fuchsias et les géraniums. Aussi, si vous osez cultiver des végétaux à l'intérieur qui préféreraient être à l'extérieur comme les fines herbes et les plants de tomates, soyez alertes.

Le problème se corrigera plus ou moins tout seul si vous sortez les plantes à l'extérieur pendant l'été, car alors le vent, la pluie et les prédateurs naturels des aleurodes réduisent la population à un niveau acceptable. Par contre, entre le réveil des bibittes en février-mars et la sortie des plantes en juin, elles ont le temps de faire un beau gâchis.

On peut aussi vaporiser un produit contenant du savon insecticide pour les contrôler. Appliquez-en sur les deux côtés des feuilles des plantes atteintes. Comme cette technique réduit l'infestation sans l'éliminer complètement, il faut répéter les traitements, au moins sur les plantes atteintes, toutes les semaines.

Tournez leur faiblesse à votre avantage

Les aleurodes ont un petit défaut qui peut être bien utile dans leur répression: ils sont attirés par la couleur jaune. On peut alors placer des pièges collants jaunes (disponibles en jardinerie) tout près des plantes atteintes et vous en ramasserez par centaines. Malheureusement, il en reste souvent assez pour continuer à causer des dégâts. Il est encore plus efficace de peindre l'extrémité d'un aspirateur manuel en jaune et de le passer parmi les plantes: les aleurodes se tireront sur l'aspirateur comme si c'était du chocolat... et se feront aspirer. Évidemment, ce traitement n'affecte que les adultes ; les nymphes, immobiles, restent collées sous les feuilles. Il faut donc répéter aux quatre ou six jours, à mesure que les nymphes se muent en adultes. Après environ trois traitements, les derniers adultes auront été aspirés et le problème sera résolu.

Un piège lumineux

Les pièges lumineux se composent d'une lampe, d'un ou plusieurs tubes fluorescents spécialement conçus pour attirer les insectes et d'un carton collant jaune.

Une autre solution, plus coûteuse mais nécessitant moins de travail, consiste à attirer les aleurodes avec un piège lumineux. De tels pièges se composent d'une lampe, d'un ou plusieurs tubes fluorescents spécialement conçus pour attirer les insectes et d'un carton collant jaune. Les insectes volants, dont les aleurodes, étant irrésistiblement attirés par la lumière, ils restent collés sur le carton jaune. Il ne reste qu'à remplacer ce dernier quand il est couvert d'insectes. Avec un tel appareil, on peut réduire les problèmes d'aleurodes à tel point que, si jamais ils sont présents, c'est dans une quantité si infime qu'il n'est plus nécessaire d'agir.

Ces pièges lumineux ne sont pas vendus dans les jardineries, mais plutôt chez les exterminateurs, dans les coopératives agricoles et dans les magasins de fournitures de restaurant, car leur utilisation originale était d'attraper les mouches dans les étables et les restaurants. D'ailleurs, la prochaine fois que vous irez au supermarché, vous trouverez sans doute un de ces pièges fixé sur le mur dans la section boucherie.

La saison de la chasse aux aleurodes est malheureusement commencée. Si vous voulez avoir de belles plantes, ouvrez l'oeil maintenant et préparez-vous à réagir sans tarder.