(Washington) Ce n’est pas par instinct qu’un rabbin du Texas a lancé samedi une chaise sur l’homme armé qui le retenait en otage dans sa synagogue, pour s’enfuir ensuite avec deux fidèles : c’était la mise en application d’une formation visant à protéger les institutions juives aux États-Unis.

Publié le 18 janvier
Paul HANDLEY Agence France-Presse

Le rabbin, Charlie Cytron-Walker, a d’ailleurs salué l’organisation Secure Communities Network (SCN) pour l’avoir formé à réagir face à une situation de danger comme la prise d’otage qui a duré plus de 10 heures dans la synagogue de la congrégation Beth Israël, à Colleyville.

Son ravisseur, un ressortissant britannique nommé Malik Faisal Akram, réclamait notamment la libération d’une scientifique pakistanaise qui purge aux États-Unis une peine de 86 ans de prison pour des faits de terrorisme.

Si un premier otage avait été libéré après plusieurs heures de négociations, c’est grâce à l’intervention du rabbin que lui et les deux autres se sont échappés dans la soirée, tous sains et saufs.

Le preneur d’otage, armé, est mort lors de l’intervention de la police.

« Quand j’ai vu une opportunité, à un moment où il n’était pas en bonne posture, je me suis assuré que les deux hommes qui étaient encore avec moi soient prêts à partir. La sortie n’était pas trop loin. Je leur ai dit d’y aller », a raconté sur la chaîne CBS le rabbin, la voix marquée par l’émotion.

« J’ai jeté une chaise sur l’homme armé et j’ai pris la direction de la porte, et nous avons pu tous les trois sortir sans qu’un seul coup de feu ne soit tiré », a-t-il expliqué.

Pour Eric Fingerhut, le président des Fédérations juives d’Amérique du Nord (JFNA), le geste de M. Cytron-Walker est le « résultat direct » d’une campagne de formation des communautés locales pour réagir en cas d’attaque.

Et la nécessité de s’entraîner contre l’intrusion d’hommes armés est encore plus flagrante depuis qu’un tireur a tué 11 fidèles dans une synagogue de Pittsburgh, en Pennsylvanie, le 27 octobre 2018, la pire tuerie antisémite de l’histoire américaine, rappelle-t-il.

« Ces trois dernières années ont été les plus violentes, probablement de toute l’histoire du pays, en termes d’attaques contre des institutions juives », affirme-t-il.

« Se mettre en sécurité »

« La menace est au plus haut et nous répondons avec force », dit-il.

Son organisation finance ainsi des formations à la perception du danger et aux gestes de réaction, comme lors du stage organisé en août 2021 par le SCN à la synagogue de Colleyville.

« Ils vous enseignent que lorsque votre vie est en danger, il faut tout faire pour se mettre en sécurité », a raconté Charlie Cytron-Walker.

Sur CNN, le président de la congrégation, Michael Finfer, a expliqué que les stages portaient sur « comment réagir face à un tireur, comment stopper une hémorragie, sur la stratégie “courir, se cacher, se battre” » en cas d’attaque.

Le nombre de ces formations, soutenues par le FBI, le ministère de la Sécurité intérieure et les forces de l’ordre locales, a augmenté face à l’émergence d’une extrême droite plus affirmée, y compris néonazie et suprémaciste blanche, renforcée par quatre années de mandat de Donald Trump.

La JFNA tente actuellement d’amasser 54 millions de dollars pour un programme baptisé LiveSecure, qui devrait permettre de financer les formations à la sécurité des 146 associations juives qu’elle chapeaute.

Le Congrès américain a également proposé d’augmenter de plusieurs dizaines de millions ses aides aux communautés religieuses, pas uniquement juives, pour qu’elles investissent dans des systèmes de sécurité, y compris vidéosurveillance.

Ces initiatives ont pris encore plus d’ampleur après la tuerie de Pittsburgh, « sorte de 11-Septembre pour la communauté juive », pour Eric Fingerhut.

Mais, dit-il, l’attaque de 2018 aurait fait encore plus de victimes si des mesures de sécurité n’avaient pas déjà été mises en place.

Les responsables de la synagogue s’étaient par exemple assurés que rien ne bloque les accès d’urgence, permettant à de nombreux fidèles de s’échapper.

Rompant avec les restrictions du shabbat, un rabbin avait également un téléphone portable sur lui et avait pu appeler les secours.

« Nous savons que ces mesures ont sauvé des vies », assure Eric Fingerhut.

Confrontées au risque d’attaque, certaines congrégations discutent aussi de la possibilité d’armer les fidèles, une option sur laquelle Eric Fingerhut ne souhaite pas prendre position.

« Il y a des désaccords, bien sûr, et certaines synagogues sont plus ouvertes à cette possibilité que d’autres. »