(Washington) Il a débuté par une mise en garde à la Chine. Il a rapidement basculé vers ce qui était semble-t-il la véritable raison de sa sortie devant la presse : une violente diatribe contre Joe Biden.

Jerome CARTILLIER
Agence France-Presse

Debout derrière le podium présidentiel installé dans les jardins de la Maison-Blanche, Donald Trump, portant son emblématique cravate rouge, a transformé mardi une conférence de presse en un rassemblement de campagne.

« C’est Biden ! Biden a dérivé vers la gauche radicale ! ».

Pendant près d’une heure, dans un monologue décousu, le milliardaire républicain, à la traîne dans les sondages derrière son adversaire démocrate à 110 jours de l’élection, a laissé éclater sa colère.

Lisant une longue de liste de propositions de l’ancien vice-président, il a ironisé, attaqué, et dressé le tableau apocalyptique d’une Amérique sous la présidence Biden.

« J’ai du mal à croire que je sois en train de lire ça ! », lance-t-il. « Écoutez ça ! », dit-il un peu plus tard.

Diplomatie ? « Toute la carrière de Joe Biden a été un cadeau pour le parti communiste chinois ! […] Biden s’est rangé du côté de la Chine contre l’Amérique d’innombrables fois ! ».

Immigration ? « Tous les habitants d’Amérique du Sud vont débarquer ! ».

Les forces de police ? « Des choses terribles se passent à New York, j’adore New York, ça me désole. »

L’environnement ? « En tant que vice-président, Biden était l’un des plus fervents défenseurs de l’accord de Paris sur le climat », tempête Donald Trump, qui se félicite d’avoir retiré les États-Unis de ce texte signé par la quasi-totalité des pays de la planète.  

Selon lui, cet accord aurait « détruit l’industrie américaine tout en autorisant la Chine à polluer l’atmosphère en toute impunité ».

Quelques heures plus tôt, l’ancien vice-président de Barack Obama avait présenté un plan d’investissement massif dans les énergies renouvelables.

« Quand Donald Trump pense au changement climatique, le seul mot qui lui vienne à la bouche est “canular”. Quand j’y pense, je vois des emplois », avait-il lancé.

« Triste spectacle »

À la Maison-Blanche, l’ancien homme d’affaires de New York a alterné les attaques contre son adversaire avec la mise en avant de son bilan, passant du coq à l’âne.

Il revendique sa fermeté dans les négociations commerciales face à l’Europe : « l’Union européenne a été créée pour profiter des États-Unis ».

Il vante l’efficacité du mur bâti sur une partie de la frontière avec le Mexique dans la lutte contre la pandémie de la COVID-19 : « il est tombé à point, il a empêché des gens de venir de lieux très infectés ».

Il célèbre sa réaction face au virus : « nous avons sauvé des millions de vies ».

Il promet une sortie rapide, très rapide de la crise sanitaire. « Nous avançons très bien sur le vaccin […]. Nous sommes prêts ».  

La première question est celle que tout le monde se pose face à cet étrange exercice qui traduit la frustration d’un président qui redoute de ne pouvoir effectuer un deuxième mandat, contrairement à Barack Obama, George W. Bush et Bill Clinton.

« Avez-vous l’impression que vous êtes en train de perdre ? »

« Non », répond-il, assurant que les « vrais » sondages sont « très bons » et que cette élection, « peut-être la plus importante qui soit », se présente bien pour lui.

« Je pense que l’enthousiasme est nettement plus fort qu’en 2016 », martèle-t-il, citant à l’appui de ses propos « les milliers de bateaux avec des panneaux Trump » que l’on voit en Floride.

Le milliardaire l’assure : ses partisans sont discrets, voire silencieux, mais se rendront aux urnes en masse le 3 novembre.

Pour Kate Bedingfield, directrice de la communication de Joe Biden, ce « triste spectacle », au cours duquel Donald Trump a cité près de 30 fois son adversaire démocrate, n’était pas digne d’un président.

« Le contribuable américain devrait être remboursé pour abus d’utilisation de fonds publics », a-t-elle dit.