Des dizaines de milliers de personnes réfugiées en Ouzbékistan à la suite des violences ayant secoué le Kirghizstan ces dernières semaines ont pris le chemin du retour malgré une situation toujours précaire et des difficultés d'acheminement de l'aide qui leur est destinée.

Tolkoun Namatbaïeva AGENCE FRANCE-PRESSE

Au total, 57 539 personnes sont rentrées au pays, a déclaré à la presse Ismaïl Issakov, un représentant du gouvernement provisoire kirghiz.

«Au Kirghizstan aujourd'hui (...), entre 08h00 et 17h00, plus de 8 000 réfugiés sont rentrés», a déclaré pour sa part le directeur adjoint du service kirghiz de surveillance des frontières, Tcholponbek Tourousbekov.

Selon ses services, 75 000 personnes avaient fui vers l'Ouzbékistan après les violences interethniques qui ont ravagé le sud du Kirghizstan à la mi-juin. Des agences d'aide internationale avaient évalué leur nombre à plus de 100 000.

Pour Baktybek Alymbekov, commandant militaire de la région d'Och, «la situation dans la région dans l'ensemble se stabilise». Il a toutefois fait état de tensions persistantes entre les communautés kirghize et ouzbèke.

L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a proposé l'envoi d'une force de police internationale pour contribuer à stabiliser la situation dans le sud du pays.

«Le processus de stabilisation est en cours, mais ce serait encore mieux si une force internationale de maintien de la paix y participait, si possible pas des militaires, mais des policiers», a déclaré le représentant spécial de l'OSCE pour l'Asie centrale, Kimmo Kiliounène, suggérant l'envoi de 50 à 100 policiers.

Les Etats-Unis qui ont déjà apporté plus de 15 millions de dollars pour venir au secours des populations déplacées au Kirghizstan, ont promis mercredi de fournir rapidement pour 48,3 millions de dollars d'aide à ce pays, afin de faire face à la situation humanitaire et aux besoins de reconstruction.

Au total, environ 400 000 personnes ont fui le sud du Kirghizstan à la mi-juin. Les derniers chiffres officiels font apparaître que les affrontements ont fait 251 morts, mais la présidente kirghize par intérim Rosa Otounbaïeva a reconnu il y a quelques jours que le bilan réel pourrait être de près de dix fois supérieur.

Le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a salué mercredi les efforts du Kirghizstan et de l'Ouzbékistan en vue de faciliter le retour des réfugiés, mais appelé à ce qu'ils se fassent «en premier lieu dans les zones où les agences humanitaires ont accès».

Une journaliste de l'AFP a aperçu mercredi de très nombreux réfugiés, essentiellement des femmes, des enfants et adolescents, tout juste arrivés d'Ouzbékistan, dans le village kirghiz de Sourot-Tach, près de la frontière ouzbèke.

Minoura, une habitante d'Och âgée de 43 ans, a pour sa part franchi la frontière au niveau du village kirghiz de VLKSM (acronyme correspondant à son ancienne appellation soviétique), accompagnée de deux de ses cinq enfants.

«Nous sommes nés et nous avons grandi ici. C'est ici qu'ont vécu nos ancêtres. C'est pour cela que nous voulons vivre au Kirghizstan, et nous l'avons fui parce que nous avions peur pour notre sécurité», a-t-elle expliqué.

Historiquement, les relations entre les communautés kirghize et ouzbèke sont tendues, notamment en raison de disparités économiques.

Nombre d'observateurs craignent que le référendum prévu dimanche dans le pays sur une révision de la Constitution ne sème de nouvelles tensions.

Les autorités intérimaires, arrivées au pouvoir en avril à la suite d'un soulèvement populaire, espèrent au contraire que ce vote stabilisera enfin ce petit pays miné par la pauvreté et les crises politiques à répétition.