L'enlisement profond de la crise thaïlandaise et l'incapacité à plusieurs reprises des forces de sécurité à mener à bien des opérations importantes depuis un mois soulèvent la question de leur fidélité au gouvernement, estiment des analystes.

AGENCE FRANCE-PRESSE

Alors que le mouvement antigouvernemental des «chemises rouges» entrera ce week-end dans sa sixième semaine de lutte et que l'armée brandit la menace d'une opération musclée, le premier ministre Abhisit Vejjajiva semble affaibli par des divisions au sein des forces de l'ordre.

Le 10 avril, l'armée a tenté de déloger les manifestants d'un quartier de la vieille ville. De mystérieux hommes en noir lourdement armés, que chaque camp attribue à l'adversaire mais dont l'efficacité prouve qu'il s'agissait de professionnels, ont participé aux combats.

L'opération militaire s'est achevée dans un bain de sang (25 morts et plus de 800 blessés) et a constitué une humiliation pour l'armée qui a dû battre en retraite.

Depuis, la presse thaïlandaise ironise sur des «soldats pastèques», verts à l'extérieur comme leur uniforme, rouges à l'intérieur comme leurs sympathies supposées pour les manifestants. Ils sont soupçonnés d'intelligence pour les «rouges», voire de les fournir en armes.

«Cela met le gouvernement en position très délicate. Il ne peut jamais être vraiment sûr que les ordres seront totalement respectés», explique Michael Nelson de l'université Chulalongkorn de Bangkok.

«S'ils n'avaient pas ce problème de pastèques, ce problème serait réglé depuis longtemps. Je n'arrive pas à croire à des erreurs», confirme Jacques Ivanoff, chercheur de l'Institut de recherche sur l'Asie du sud-est contemporaine (Irasec).

Quelques jours plus tard, des commandos de la police ont tenté d'arrêter dans un hôtel des leaders des «chemises rouges».

L'opération a lamentablement échoué. L'un d'eux s'est offert le luxe de s'échapper en glissant sur un câble électrique le long de la façade de l'établissement. Le tout devant des partisans hilares et une foule de journalistes.

Le lendemain, le chef de l'armée Anupong Paojinda était chargé des opérations de sécurité, en lieu et place du vice-premier ministre Suthep Thaugsuban.

«Il y a énormément d'interrogations, pour dire le moins, sur le rôle de la police dans cette affaire», estime un observateur étranger sous couvert de l'anonymat. L'opération «a été délibérément sabotée par la police, ce qui est une des raisons pour lesquels Anupong a été chargé des opérations».

Les doutes sur la police ne datent pas d'aujourd'hui. Thaksin Shinawatra, ex-premier ministre en exil renversé en 2006 par un coup d'État, et qui demeure une icône pour certains manifestants, est lui même un ancien lieutenant de police. Il a certainement gardé des amis au sein de cette force.

Quant à l'armée, elle a ces derniers mois montré quelques signes de désunion, avec notamment des déclarations fracassantes du général Khattiya Sawasdipol, alias Seh Daeng, partisan affiché de Thaksin.

La police a ouvert une enquête à son encontre en janvier après un attentat contre le quartier-général de l'état-major et la découverte à son domicile de grenades, d'un pistolet et de munitions. Le trublion avait été suspendu peu avant pour des déclarations déplacées contre sa hiérarchie.

Autant de faisceaux qui décrivent des militaires moins disciplinés qu'ils devraient l'être. L'armée a menacé jeudi les manifestants d'une intervention imminente, promettant le «chaos» aux «chemises rouges» s'ils ne se dispersent pas.

Mais le doute plane.

«Il y a effectivement des éléments de l'armée qui ne sont pas sûrs. C'est un frein important à une attaque frontale», assure Jacques Ivanoff de l'Irasec.