Marché truqué, politiciens chargés de sacs de billets de banque, défi lancé aux enquêteurs: le scandale de financement occulte qui frappe le numéro deux du parti au pouvoir, Ichiro Ozawa, déstabilise le gouvernement de centre-gauche au Japon.

Patrice Novotny AGENCE FRANCE-PRESSE

L'affaire, qui fait depuis des semaines les titres de la presse, a monopolisé l'attention, lundi, à l'ouverture de la session parlementaire, et entraîné une chute du premier ministre Yukio Hatoyama dans les sondages.

Le parquet de Tokyo soupçonne l'équipe de M. Ozawa, le secrétaire général du Parti démocrate du Japon (PDJ, centre-gauche, au pouvoir), d'avoir dissimulé au fisc 400 millions de yens (3 millions d'euros), utilisés pour acheter un terrain à Tokyo pour le compte de son fonds de soutien en 2004.

Trois proches de M. Ozawa ont été arrêtés vendredi et samedi par les enquêteurs devant une forêt de caméras, alors que M. Ozawa promettait de se «battre» contre le parquet.

Un jeune député PDJ et l'ancien responsable du fonds de campagne de M. Ozawa sont soupçonnés d'avoir reçu chacun 50 millions de yens en liquide (375 000 euros) d'une entreprise du BTP, Mizutani Construction, selon des informations publiées dans la presse locale.

Ces fonds auraient été versés, selon les enquêteurs, en échange du soutien de M. Ozawa pour l'octroi du contrat de construction d'un barrage à Iwate (nord), préfecture dont il est député. Une partie de ces sommes aurait contribué à payer le terrain tokyoïte visé par l'enquête.

Ces révélations font désordre pour le PDJ qui a chassé le Parti libéral-démocrate (PLD, droite) du pouvoir en septembre sur la promesse de changer la politique nippone, de réduire les dépenses inutiles et d'en redistribuer le profit aux Japonais.

«J'ai voté pour le PDJ en espérant qu'il change la politique, mais je me rends compte qu'il répète ce que faisait le PLD», dénonce Umeji Sasaki, un acteur de théâtre de 64 ans, à l'image de nombreux Japonais d'autant plus choqués que les temps économiques sont difficiles.

Le scandale a un écho particulier du fait de la personnalité de M. Ozawa, 67 ans, un ancien responsable du PLD devenu le pire ennemi de ce parti conservateur qui a régné sur le Japon pendant plus de 50 ans. Passé au PDJ en 2003, il a été le principal artisan de sa victoire écrasante aux élections législatives du 30 août, avec l'engagement de redonner le pouvoir au peuple aux dépens de la bureaucratie.

Bien qu'il n'ait pu prétendre au poste de premier ministre en raison d'un précédent scandale de financement occulte, M. Ozawa est considéré par la majorité des Japonais comme le véritable maître du pays et surnommé «le shogun de l'ombre». Le mot shogun désigne les dictateurs militaires au Japon du XIIe au XIXe siècle.

Certains observateurs s'interrogent sur cette affaire, publiée dans les journaux juste avant le début d'une session parlementaire cruciale où le PDJ doit faire voter l'essentiel de son programme de campagne. Et ce à six mois d'élections sénatoriales jugées décisives.

«M. Ozawa n'est pas Monsieur Propre, mais il n'a sûrement pas fait pire que les responsables du PLD qui ont géré le pays dans la corruption pendant des années», estime Robert Dujarric (Temple University du Japon). «La force de «l'État PLD» avait été d'introduire dans l'establishement des pans de la société, comme le système judiciaire ou la presse, qui se sentent aujourd'hui menacés par Ozawa et veulent le mettre dehors».

Selon trois sondages publiés lundi, la cote du premier ministre, qui a assuré M. Ozawa de son soutien, a chuté nettement sous les 50% pour la première fois depuis son intronisation.