L'Inde et les Etats-Unis ont exigé vendredi du Pakistan qu'il éradique le «terrorisme» de son territoire, au lendemain de l'aveu par Islamabad que les attaques de Bombay avaient été «en partie ourdies» sur le territoire pakistanais.

Mis à jour le 13 févr. 2009
AGENCE FRANCE-PRESSE

Ces déclarations interviennent en pleine visite en Asie du Sud de Richard Holbrooke, l'émissaire américain pour l'Afghanistan et le Pakistan, deux pays que les Etats-Unis considèrent comme la ligne de front de leur «guerre contre le terrorisme».Certes, le département d'Etat et la diplomatie indienne ont jugé «positive» l'annonce faite jeudi par Islamabad de poursuites judiciaires contre huit «cerveaux et organisateurs» des attentats de Bombay, dont six sont déjà en détention préventive.

Mais «il faut aller plus loin», a martelé le ministre indien des Affaires étrangères, Pranab Mukherjee.

Le Pakistan doit «démanteler ses infrastructures terroristes», a insisté le ministre indien, dont le pays a fait trois fois la guerre à son voisin depuis 1947.

«Pour la première fois, les autorités pakistanaises ont admis que des éléments venant du Pakistan étaient responsables des attaques terroristes de Bombay», s'est félicité M. Mukherjee, tout en qualifiant le rival pakistanais de «cancer mondial» du terrorisme.

New Delhi, Washington et Londres imputent le carnage de Bombay du 26 au 29 novembre (174 tués, dont 26 étrangers et neuf assaillants) au Lashkar-e-Taïba (LeT), un groupe islamiste armé clandestin pakistanais actif au Cachemire.

Justement, Rehman Malik, qui fait office de ministre pakistanais de l'Intérieur, a précisé qu'un important commandant du LeT, Zaki ur-Rehman Lakhvi, figurait parmi les six détenus.

Dans ses incessantes critiques contre Islamabad, New Delhi a accusé nommément début février les services de renseignements pakistanais (Inter-services intelligence, ISI) d'avoir trempé dans la préparation du «11-Septembre indien». Une mise en cause que le Pakistan a réfutée.

«Nous espérons que cette question trouvera sa conclusion logique et que les responsables seront traduits en justice», a encore plaidé M. Mukherjee, alors que la police de Bombay a transmis aux autorités pakistanaises les noms de seize suspects.

En réponse, le Pakistan a soumis à l'Inde trente questions afin de disposer de «preuves crédibles» devant la justice. «Dès que nous aurons quelque chose de concret venu de l'Inde, le procès commencera», a assuré un responsable gouvernemental pakistanais.

Pour l'analyste pakistanais Anees Jillani, les annonces d'Islamabad sont «évidemment liées à la visite de Richard Holbrooke». Actuellement à Kaboul, l'émissaire est attendu lundi en Inde et «l'enregistrement des poursuites judiciaires (au Pakistan) a été rendu public avant qu'il n'arrive à New Delhi», a souligné M. Jillani.

Officiellement, le portefeuille de M. Holbrooke n'inclut pas l'Inde.

Mais les Etats-Unis craignent qu'une escalade militaire entre New Delhi et Islamabad n'oblige le Pakistan à dégarnir sa frontière occidentale avec l'Afghanistan, où son armée affronte talibans et combattants d'Al-Qaeda.

Après les attaques de Bombay, Washington a ainsi fait pression sur l'Inde pour la dissuader de frapper le Pakistan, notamment au Cachemire.

Mais «en l'absence de représailles militaires contre Islamabad, l'opinion publique indienne va réclamer des signes tangibles montrant que le Pakistan punit les coupables et élimine les organisations terroristes sur son sol», a prévenu le directeur du renseignement américain, Dennis Blair.