Un hôtel cinq étoiles à la réputation légendaire en feu. Des otages retenus par des jeunes hommes armés. Un restaurant touristique, deux hôpitaux et un cinéma ultramoderne criblés de balles. Bombay, la capitale économique de l'Inde, a été atteinte en plein coeur hier. Des hommes armés ont perpétré 10 attentats quasi simultanés, tuant au moins 100 personnes et prenant en otages des dizaines d'autres, dont plusieurs étrangers. Récit d'une nuit d'horreur qui, au moment de mettre sous presse, était loin d'être terminée.

Laura-Julie Perreault LA PRESSE

Peu d'endroits en Inde incarnent aussi bien la vie dans ce pays de 1,2 milliard d'habitants que la principale gare de train de Bombay. Tous les jours, plus d'un million de personnes y transitent. Mais hier, le brouhaha habituel a fait place à la terreur quand en soirée, après 21h, des hommes armés de kalachnikovs et de grenades ont ouvert le feu sur les passants. Au moins 100 personnes ont été tuées à divers endroits dans la ville.

Le grand hall de la gare Chhatrapati Shivaji s'est vite transformé en cimetière. Au moins 15 personnes sont tombées sous les balles alors que des centaines d'autres couraient dans tous les sens pour échapper aux terroristes.

Le scénario était exactement le même ailleurs dans Bombay. Neuf endroits publics, tous situés au coeur des quartiers touristiques et d'affaires de la capitale économique de l'Inde, ont été attaqués de la même manière et au même moment, forçant les forces indiennes à diviser leurs rangs pour arrêter le carnage. Au moins 11 policiers y ont laissé leur peau, dont le chef de l'escouade antiterroriste, Hemant Karkare.

«Bombay a connu beaucoup d'attentats, mais jamais quelque chose comme ça. En fait, l'Inde en entier n'a jamais connu des attentats comme ceux-là. Et peut-être même le monde», a dit à La Presse hier le photographe Shantanu Das, joint par téléphone. Il a lui-même craint pour sa vie quand il a été pris en sandwich entre les forces de l'ordre et les terroristes. «Plus personne ne savait où donner de la tête. Les terroristes tiraient vraiment n'importe qui, au hasard», témoigne le photoreporter indien qui couvre les événements pour le plus grand quotidien du pays, le Times of India.

Le Bombay touristique ébranlé

Le café Léopold, un des points de rendez-vous préférés des voyageurs en visite à Bombay, a été la première cible des attentats en série. Vers 21h30, heure de haut achalandage, les vitres de ce café rendu célèbre par le roman Shantaram de l'Australien Gregory David Roberts, ont été criblées de balles. L'hôpital Cama, situé tout près, et l'hôpital GT ont été pris d'assaut. L'aéroport local de Santa Cruz et deux cinémas ultramodernes ont aussi été la cible des terroristes.

Mais ce n'était que le début. Les hommes armés se sont ensuite tournés vers un autre endroit emblématique de l'Inde: le Taj Mahal Palace, un des hôtels les plus luxueux du monde et un joyau de l'architecture coloniale britannique en Inde.

Un témoin a raconté que deux jeunes hommes armés ont fait irruption dans la chic salle à manger et ont demandé à ceux qui s'y trouvaient de les suivre sur le toit de l'hôtel. Selon Rakesh Patel, un homme d'affaires londonien qui a réussi à s'échapper, les deux ravisseurs demandaient à leurs 15 otages s'ils détenaient des passeports britanniques ou américains. Cinq heures après le début des événements, des explosions ont été entendues et un incendie s'est déclaré dans la partie historique de l'hôtel.

Selon CNN, citant des sources de l'armée indienne, tous les otages et les clients de l'hôtel auraient été libérés vers 9h, heure de Bombay. Cependant, les combats entre les policiers et les terroristes se poursuivaient.

Plus au nord de la ville, près de la pointe de Nariman, un autre groupe de terroristes a aussi pris en otages un groupe de clients de l'hôtel d'affaires cinq étoiles, Oberoi Trident. Au petit matin, un brasier a aussi été allumé dans cet établissement situé au coeur du quartier financier de Bombay.

Alex Chamberlain, un homme d'affaires interrogé par la chaîne britannique Sky, a raconté à peu près la même histoire que Rakesh Patel. «Ils ont dit à tout le monde d'arrêter ce qu'ils faisaient et de mettre leurs mains en l'air. Ils ont demandé si nous étions des Britanniques ou des Américains. Un ami m'a dit, 'ne joue pas au héros, ne dis pas qui tu es'«, a relaté M. Chamberlain, qui a réussi à prendre la fuite par une sortie de secours.

Avant le lever du jour ce matin, des commandos de l'armée indienne sont entrés dans les deux hôtels. Selon les autorités, les opérations des forces de l'ordre ont permis de tuer au moins six terroristes et d'en arrêter neuf autres.

On ignorait hier les motivations des terroristes, mais dans un communiqué, un groupe inconnu se nommant les Moudjahidin du Deccan a revendiqué les attentats.

100 morts, 200 blessés

Hier soir, les autorités indiennes confirmaient qu'au moins 100 personnes ont perdu la vie dans cette série d'attentats, la pire depuis les sept explosions simultanées qui ont fait 200 morts dans les trains de Bombay le 11 juillet 2006. Ce nombre n'est cependant pas exhaustif et reflétait seulement le nombre de morts constatés dans les différents hôpitaux de Bombay. Plus de 200 personnes blessées ont été transportées dans les établissements de santé de la mégapole qui compte à elle seule près de 14 millions d'habitants.

Condamnation unanime

Hier, les condamnations des attentats ont fusé des quatre coins du monde. À Delhi, Washington comme à Bruxelles et à Ottawa, les leaders politiques ont dénoncé ces actes de violence. Alors que la secrétaire d'État des États-Unis Condoleezza Rice offrait à l'Inde la collaboration des États-Unis, le président désigné Barack Obama a pour sa part offert ses condoléances aux familles des victimes et promis de «traquer les terroristes».