(Séoul) La Corée du Nord a rapporté jeudi une « épidémie » d’une nouvelle maladie intestinale, une annonce d’une rare transparence pour un pays opaque qui combat déjà une épidémie de COVID-19 et qui affronte de graves difficultés économiques.

Publié le 16 juin
Hyung-jin Kim Associated Press

On ne sait pas combien de gens sont touchés par ce que l’agence officielle KCNA a qualifié « d’épidémie entérique grave » dans la ville de Haeju, dans le sud-ouest du pays.

L’agence n’a pas non plus identifié la maladie, mais « entérique » désigne des maladies intestinales ― comme la fièvre typhoïde, la dysenterie et le choléra ― qui sont causées par des aliments ou de l’eau contaminés, ou par le contact avec les excréments de gens infectés.

De telles maladies sont courantes en Corée du Nord, où les installations de traitement des eaux sont rares et où le système de santé publique est déficient depuis plusieurs décennies.

Des observateurs croient que l’annonce ne visait pas vraiment à témoigner des infections, mais plutôt à étaler au grand jour que le dictateur Kim Jong-un a donné des médicaments provenant de sa réserve personnelle ― une initiative apparente pour redorer son image en période de tourmente.

L’agence KCNA a dit que les médicaments donnés par Kim sont issus de ce qu’elle a appelé les réserves de sa famille. Le principal quotidien du pays, le Rodong Sinmun, a publié en première page une photo montrant Kim et sa femme Ri Sol-ju en train d’examiner des solutions salines et des médicaments dont, selon la publication, ils ont fait don.

Dans un pays où le pouvoir est concentré entre les mains d’une élite très restreinte et où les hôpitaux ne disposent même pas des fournitures les plus essentielles, les transfuges affirment qu’il est pratique courante pour ceux qui en ont la capacité d’entreposer des médicaments chez eux ― et les principaux dirigeants sont typiquement capables de le faire bien plus que les simples citoyens.

Des observateurs soulignent que les médicaments provenaient aussi peut-être simplement des réserves publiques, mais qu’ils ont été donnés au nom de Kim.

« Une éclosion de rougeole ou de typhoïde n’a rien d’anormal en Corée du Nord. Je pense que c’est vrai qu’il y a une éclosion d’une maladie infectieuse, mais la Corée du Nord en profite pour montrer que Kim se préoccupe de son peuple, a dit Ahn Kyung-su, le patron du site DPRKHEALTH. ORG, qui se concentre sur les questions sanitaires en Corée du Nord. Donc c’est un message plus politique que médical. »

Le mois dernier, la Corée du Nord a témoigné d’une augmentation du nombre de patients souffrant d’une fièvre. À ce moment, les renseignements sud-coréens avaient dit qu’un « nombre important » de patients étaient atteints de rougeole, de fièvre typhoïde ou de coqueluche.

L’agence KCNA a dit jeudi que plus de 4,5 millions des 26 millions d’habitants du pays ont été touchés par une fièvre non identifiée, causant 73 décès. Le pays, qui ne dispose apparemment pas de trousses de dépistage du coronavirus, a identifié seulement une fraction de ces cas comme étant des cas de COVID-19.

Plusieurs experts doutent du bilan nord-coréen, affirmant que les chiffres sont probablement amenuisés pour protéger Kim de tout dommage politique.

La Corée du Nord a récemment témoigné de progrès dans le ralentissement de la propagation de la COVID-19, mais un dirigeant de l’Organisation mondiale de la santé a dit que l’agence croit plutôt que la situation se détériore.

La Corée du Sud a offert tard jeudi une aide sanitaire à sa voisine. Une offre précédente, par la Corée du Sud et les États-Unis, de vaccins contre la COVID-19 était restée sans réponse.