(Sydney) Les États-Unis ont lancé avec l’Australie et le Royaume-Uni un vaste partenariat de sécurité dans la zone indopacifique face à la Chine, comprenant la livraison de sous-marins à propulsion nucléaire à Canberra, jugée jeudi « irresponsable » par Pékin.

Andrew BEATTY avec Aurélia END à Washington Agence France-Presse

Cette annonce spectaculaire a également été fustigée par la France, qui voit torpillé un gigantesque contrat de fourniture de sous-marins conventionnels à l’Australie.

« La première grande initiative de (ce nouveau pacte appelé) “AUKUS” sera de livrer une flotte de sous-marins à propulsion nucléaire à l’Australie », a annoncé le premier ministre australien Scott Morrison, apparaissant en visioconférence, ainsi que son homologue britannique Boris Johnson, lors d’un évènement présidé par Joe Biden à la Maison-Blanche.

La Chine a réagi en qualifiant d’« extrêmement irresponsable » la vente de sous-marins américains à propulsion nucléaire à l’Australie.

« La coopération entre les États-Unis, la Grande-Bretagne et l’Australie en matière de sous-marins nucléaires sape gravement la paix et la stabilité régionales, intensifie la course aux armements et compromet les efforts internationaux de non-prolifération nucléaire », a déclaré le porte-parole de la diplomatie chinoise, Zhao Lijian.

La Chine n’a pas été mentionnée dans le communiqué conjoint des dirigeants australien, américain et britannique, qui évoque la « paix et la stabilité dans la région indopacifique ». Mais il ne fait aucun doute que la nouvelle alliance vise d’abord à faire face aux ambitions régionales de Pékin.

« Décision unilatérale, brutale »

PHOTO HUNTINGTON INGALLS INDUSTRIES

Le USS Delaware en construction au chantier naval Huntington Ingalls Industries en 2018.

Joe Biden répète depuis son élection qu’il entend se confronter à la Chine, comme son prédécesseur Donald Trump, mais de manière très différente, sans s’enfermer dans un face-à-face.

Le président américain réunit d’ailleurs le 24 septembre à Washington les premiers ministres australien, indien et japonais pour relancer un format diplomatique, le « Quad », qui végétait depuis plusieurs années.

Quant à M. Morrison, il a affirmé jeudi, après l’annonce du pacte Aukus, qu’il lançait une « invitation ouverte » au dialogue au président chinois Xi Jinping.

Boris Johnson a lui assuré que l’initiative, qui va contribuer à la « paix et sécurité » dans la région indopacifique, « ne vise pas à s’opposer à une quelconque autre puissance […], mais il reflète simplement les relations étroites que nous entretenons avec les États-Unis et l’Australie ».

La France, qui voit un contrat de 90 milliards de dollars australiens (56 milliards d’euros) pour fournir 12 sous-marins à propulsion conventionnelle (non nucléaire), parfois qualifié de « contrat du siècle », échapper à son industrie navale, a fustigé une remise en cause « de la parole donnée » de la part de Canberra, par la voix de la ministre des Armées, Florence Parly.

« Cette décision unilatérale, brutale, imprévisible ressemble beaucoup à ce que faisait Monsieur Trump », a souligné de son côté le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian.

« La décision que nous avons prise de ne pas continuer avec les sous-marins de classe Attack et de prendre un autre chemin n’est pas un changement d’avis, c’est un changement de besoin », a affirmé jeudi le premier ministre australien.

Les sous-marins à propulsion nucléaire sont notamment plus autonomes que les sous-marins à propulsion conventionnelle (diesel-électrique).

« Pour des générations »

Comme Joe Biden, qui a qualifié Paris de « partenaire clé », le Royaume-Uni s’est voulu conciliant : « Nous n’avons pas l’intention de faire quoi que ce soit qui puisse contrarier les Français », a promis le ministre britannique de la Défense, Ben Wallace.

Mais dans les faits, le nouveau partenariat de sécurité inflige un revers majeur à la stratégie de Paris dans la zone indopacifique, fondée sur des partenariats avec l’Inde et l’Australie.

« Le Royaume-Uni, l’Australie et les États-Unis vont être liés encore plus étroitement, ce qui reflète le degré de confiance entre nous et la profondeur de notre amitié », a déclaré Boris Johnson, qui engrange là un succès diplomatique certain dans sa stratégie pour éviter l’isolement international après le Brexit.

« Sur la base de notre histoire commune de démocraties maritimes, nous nous engageons dans une ambition commune pour soutenir l’Australie dans l’acquisition de sous-marins à propulsion nucléaire », ont fait savoir les trois partenaires dans un communiqué commun, qui précise qu’il s’agit bien de propulsion, et non d’armement.

« Le seul pays avec lequel les États-Unis ont jamais partagé ce type de technologie de propulsion nucléaire est la Grande-Bretagne » à partir de 1958, avait indiqué plus tôt un haut responsable de la Maison-Blanche. « C’est une décision fondamentale, fondamentale. Cela va lier l’Australie, les États-Unis et la Grande-Bretagne pour des générations ».

Selon ce haut responsable, le pacte « AUKUS » prévoit aussi une collaboration des trois pays en matière de cyberdéfense, d’intelligence artificielle et de technologies quantiques.

La Nouvelle-Zélande, qui interdit ses eaux à tout navire à propulsion nucléaire depuis 1985, a annoncé que les futurs sous-marins de son voisin et allié australien ne seraient pas les bienvenus chez elle.