(Séoul, Corée du Sud) Nouveau président américain, même attitude nord-coréenne. Mais cette fois, il y a une petite différence.

Hyung-Jin Kim
Associated Press

Deux mois après l’arrivée au pouvoir de Joe Biden, la Corée du Nord se tourne à nouveau vers des essais militaires pour attirer l’attention et obtenir des concessions. Mais si les tirs précédents étaient de grande ampleur et avaient comme objectif de susciter une réponse proportionnelle, les tests qui ont accueilli M. Biden ont été, jusqu’à présent, relativement modestes.

Cela pourrait vouloir dire que Washington dispose d’une petite ouverture pour relancer le dialogue avant que Pyongyang n’y aille de provocations plus importantes.

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Des experts s’attendent à voir le régime de Kim Jong-un y aller de provocations encore plus importantes au cours des prochains mois, comme un test de missile à longue portée ou même un essai nucléaire

Les voisins de la Corée du Nord ont signalé cette semaine qu’elle a lancé quatre missiles à courte portée dans l’océan. Il s’agissait de ses premiers tirs en environ un an, et deux des quatre étaient interdits par des sanctions de l’ONU. La Corée du Nord a affirmé il y a quelques jours avoir refusé une proposition de dialogue de l’administration Biden, citant ce qu’elle appelle l’hostilité américaine.

La Corée du Nord souhaite que les États-Unis annulent les lourdes sanctions économiques qui pèsent contre elle et qu’ils tolèrent ses armes nucléaires. Puisque l’administration Biden ne fera rien de tel, des experts s’attendent à voir le régime de Kim Jong-un y aller de provocations encore plus importantes au cours des prochains mois, comme un test de missile à longue portée ou même un essai nucléaire.

Voici un aperçu de la situation.

LA STRATÉGIE NORD-CORÉENNE EST-ELLE DIFFÉRENTE CETTE FOIS-CI ?

La Corée du Nord a une longue tradition d’essais militaires coïncidant avec l’assermentation de nouveaux gouvernements aux États-Unis et en Corée du Sud.

PHOTO GOUVERNEMENT DE LA CORÉE DU NORD, VIA ASSOCIATED PRESS

Selon le gouvernement nord-coréen, cette photo montre l’essai réussi du premier lancement du missile balistique intermédiaire Hwasong-12, le 29 août 2017.

En février 2017, moins de deux mois après l’assermentation de Donald Trump, la Corée du Nord a testé un missile de portée intermédiaire utilisant du carburant solide, et les experts y ont vu une amélioration de la mobilité de ses armements.

Plus tard en 2017, quatre jours après l’assermentation de Moon Jae-in, l’actuel président de la Corée du Sud, la Corée du Nord a testé ce qu’elle a décrit comme étant un nouveau missile à capacité nucléaire à portée intermédiaire.

En 2009, la Corée du Nord avait lancé un missile à longue portée et procédé à un essai nucléaire pendant les quatre premiers mois du premier mandat de Barack Obama.

Les essais militaires nord-coréens de cette semaine semblent copier la même stratégie, mais les experts croient que la Corée du Nord évite les provocations trop graves puisque l’administration Biden n’a pas encore finalisé sa position face à elle.

Les quatre missiles tirés cette semaine étaient tous à courte portée et ne menacent pas le continent nord-américain. Selon la Corée du Sud, les deux missiles lancés dimanche étaient des missiles de croisière. Le Japon affirme toutefois que les deux missiles lancés jeudi étaient des missiles balistiques, des armes plus dangereuses dont les essais sont interdits par des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies.

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Un défilé militaire durant le congrès du Parti communiste de Corée du Nord, à Pyongyang, la capitale, le 14 janvier 2021. Le régime dictatorial a montré des missiles censés pouvoir être lancés de sous-marins.

« La tendance de base est très semblable. Mais si la Corée du Nord dans le passé a voulu montrer tout ce dont elle était capable quand un nouveau gouvernement américain a pris le pouvoir, j’ai l’impression que le Nord essaie de contrôler le niveau (de sa provocation) », a dit le politologue sud-coréen Du Hyeogn Cha.

QUE VEUT LA CORÉE DU NORD ?

En janvier, une dizaine de jours avant que Joe Biden n’arrive au pouvoir, le dictateur nord-coréen Kim Jong-un a déclaré lors d’un discours qu’il comptait accentuer l’arsenal nucléaire et les capacités de militaires de son pays en réponse aux menaces et à l’hostilité de Washington. Il a aussi demandé à la Corée du Sud de suspendre ses manœuvres militaires habituelles avec les États-Unis si elle souhaite sincèrement une amélioration des relations.

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Des répliques de vieux missiles SCUD-B nord-coréens en montre au monument commémorant la Guerre de Corée, à Séoul.

Plus tôt ce mois-ci, quand les États-Unis et la Corée du Sud ont procédé à ces manœuvres, la puissante sœur de M. Kim, Kim Yo-jong, a prévenu les États-Unis de « ne pas causer d’ennuis » s’ils veulent « dormir en paix » pendant les quatre prochaines années.

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken a indiqué que Washington a tendu la main à Pyongyang à la mi-février, sans obtenir de réponse. M. Blinken a dénoncé les ambitions nucléaires et les violations des droits de la personne du Nord lors d’une visite en Corée du Sud la semaine dernière, en compagnie du secrétaire de la Défense Lloyd Austin.

La ministre adjointe des Affaires étrangères de la Corée du Nord, Choe Son-hui, a dit que son pays ignorera de telles offres en raison de ce qu’elle a appelé l’hostilité américaine.

« C’est comme si la Corée du Nord concrétisait les menaces de Kim Yo-jong quand elle a dit que les États-Unis ne pourront pas dormir en paix s’ils n’acceptent pas ses demandes », a dit le politologue sud-coréen Moon Seong-mook.

Si les plus récents essais militaires de la Corée du Nord sont perçus comme une réaction aux manœuvres américaines et sud-coréennes et à la visite de MM. Blinken et Lloyd à Séoul, M. Moon a dit que la Corée du Nord souhaite ultimement voir « les États-Unis annuler les sanctions tout en lui laissant ses capacités nucléaires ».

ET MAINTENANT ?

Les experts estiment qu’il est fort peu probable que l’administration Biden baissera les bras et consentira à des concessions après les tirs de missiles à courte portée par la Corée du Nord. M. Biden, qui a déjà qualifié M. Kim de « voyou », ne rencontrera pas non plus le leader nord-coréen tant que ses diplomates ne lui auront pas confirmé que la Corée du Nord est sincère dans le dossier de la dénucléarisation.

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Si les plus récents essais militaires de la Corée du Nord sont perçus comme une réaction aux manœuvres américaines et sud-coréennes et à la visite de MM. Blinken et Lloyd à Séoul, M. Moon a dit que la Corée du Nord souhaite ultimement voir « les États-Unis annuler les sanctions tout en lui laissant ses capacités nucléaires ».

Cela pourrait inciter la Corée du Nord Nord à procéder à des essais militaires encore plus imposants au cours des prochains mois, surtout si elle est insatisfaite de la politique nord-coréenne que Washington doit annoncer sous peu, ont dit des experts.

« Biden n’organisera probablement pas un’sommet de téléréalité’comme Trump avec Kim. L’agonie de Kim ne fera que s’aggraver pendant les quatre prochaines années et il continuera à jouer la carte nucléaire », a expliqué le politologue sud-coréen Nam Sung-wook.

La Corée du Nord pourrait lancer des missiles à longue portée ou effectuer un essai nucléaire, ce que M. Kim a suspendu quand il a relancé les échanges diplomatiques avec Washington.

Après une succession de tirs de missiles à longue portée et d’essais nucléaires en 2016-2017, Kim Jong-un a prétendu avoir acquis la capacité de frapper le continent nord-américain avec des missiles nucléaires. Des experts indépendants assurent toutefois que la Corée du Nord ne maîtrise pas encore toutes les technologies nécessaires, comme la protection des ogives lors de la rentrée dans l’atmosphère.

Il est aussi peu probable que le Conseil de sécurité des Nations unies durcisse encore davantage les sanctions contre le Nord. La Chine, le principal allié diplomatique et économique de la Corée du Nord, y détient un droit de véto. Compte tenu des tensions actuelles entre Pékin et Washington, la Chine pourrait refuser de nouvelles sanctions même si le Nord y va de nouveaux essais à longue portée ou nucléaires, croit M. Cha.