(Jakarta) L’enquête sur l’accident en janvier du Boeing de Sriwijaya Air au large de l’Indonésie se concentre sur une « anomalie » des automanettes, qui gèrent la poussée de l’appareil, mais va continuer pour déterminer les causes de l’écrasement, selon un rapport préliminaire publié mercredi.

Lucie GODEAU
Agence France-Presse

L’appareil, un Boeing 737-500, a plongé de quelque 3000 mètres en moins d’une minute le 9 janvier dernier avant de disparaître dans la mer de Java quelques minutes après le décollage, avec 62 personnes à bord.

« Les deux automanettes montraient des anomalies », a indiqué Nurcahyo Utomo, enquêteur de l’agence indonésienne de sécurité des Transports aux journalistes, en précisant que d’autres facteurs avaient pu entrer en jeu dans l’accident.  

Les automanettes sont un système complémentaire du pilote automatique qui sert à contrôler automatiquement la poussée de l’avion et donc sa vitesse. Elles peuvent être désactivées par les pilotes en cas de problème.

« L’automanette de gauche était trop en arrière tandis que la droite ne bougeait pas du tout, elle était coincée », a expliqué le responsable.

« Mais qu’est-ce qui a causé cette anomalie ? Nous nous ne pouvons pas encore tirer de conclusions ».

Plusieurs réparations

Les documents de maintenance de l’avion montrent que les automanettes avaient été signalées comme défectueuses et réparées à deux reprises en janvier avant l’accident.  

Mais d’autres facteurs sont aussi examinés, dont une possible erreur de pilotage.

« L’enquête se poursuit et va se concentrer sur le système des automanettes et ses composants, mais pas exclusivement, sur la maintenance et des facteurs humains et organisationnels », précise le rapport préliminaire.

« Normalement les automanettes sont activées, mais s’il y a une anomalie dans leur mouvement, les pilotes en général les désactivent » et techniquement « un avion peut continuer à voler », relève Gerry Soejatman, un analyste indépendant de l’aviation interrogé à Jakarta par l’AFP.

La question est de savoir « est-ce que les pilotes ont vu cette anomalie ? et comment ont-ils réagi ? », a-t-il ajouté, en espérant que la seconde boîte noire, celle des enregistrements du cockpit, qui n’a pas encore été retrouvée, puisse apporter des réponses.

L’avion vieux de 26 ans, opéré précédemment par les compagnies américaines Continental Airlines et United Airlines, a chuté quatre minutes après son décollage de Jakarta.

L’équipage n’avait pas lancé d’alerte ni signalé de problème technique avant l’accident et l’appareil était probablement intact quand il a plongé dans l’eau, a indiqué précédemment l’agence.

La zone relativement limitée où des débris ont été retrouvés et les informations de l’une des boîtes noires montrent que les réacteurs fonctionnaient toujours au moment de l’impact.

Une boîte noire encore sous l’eau

Les recherches se poursuivent en mer pour retrouver l’autre boîte noire, mais sont compliquées par le fait que l’enregistreur a perdu sa balise.

L’agence a décrit les communications avec les contrôleurs aériens comme normales jusqu’à ce que l’appareil dévie sensiblement de sa trajectoire.

L’équipage, avec à sa tête un capitaine expérimenté, n’a alors pas répondu aux questions répétées de la tour de contrôle.

Le départ de l’avion avait été retardé à cause d’un violent orage, mais il n’y a pas d’indications que la météo ait pu être un facteur important au moment de l’accident, ont précisé les autorités.

Une équipe de l’agence américaine responsable de la sécurité des transports (NTSB) participe à l’enquête ainsi que des représentants de Boeing et du régulateur américain de l’aviation (FAA).

C’est le premier accident mortel impliquant la compagnie indonésienne régionale Sriwijaya Air depuis ses débuts en 2013.

Mais le secteur aérien en Indonésie a régulièrement connu des tragédies ces dernières années.

En octobre 2018, 189 personnes sont mortes dans l’accident d’un Boeing 737 MAX de Lion Air qui s’est aussi abîmé dans la mer de Java, douze minutes après son décollage de Jakarta.  

Cet accident a été imputé par la suite à un problème du système antidécrochage MCAS.

Un accident impliquant le même modèle d’avion en Éthiopie a débouché sur l’immobilisation pendant des mois de ce type d’appareil et une mise en cause du constructeur aéronautique américain.

L’avion de Sriwijaya n’appartient pas à la nouvelle génération controversée de Boeing 737 MAX mais est un Boeing 737 « classique ».