(Ottawa) Le Canada, les États-Unis et six grands alliés ont déclaré à l’Organisation mondiale de la santé que l’exclusion continue de Taïwan crée un grave problème de santé publique pendant la crise de la COVID-19.

Mike Blanchfield
La Presse canadienne

Dans une lettre, ces pays demandent au directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreysus, d’accorder à Taïwan le statut d’observateur à l’occasion d’une réunion de l’OMS, lundi.

Une ébauche de la lettre a été consultée par La Presse canadienne.

Des diplomates du Canada, des États-Unis, d’Australie, de France, d’Allemagne, de Nouvelle-Zélande, de Grande-Bretagne et du Japon ont exprimé oralement la demande le 7 mai, lors d’une réunion avec deux hauts fonctionnaires de l’OMS.

Des responsables de la santé canadiens ont participé vendredi à une vidéoconférence du ministère de la Santé et du Bien-être de Taïwan, a déclaré un haut fonctionnaire du gouvernement. Cette personne n’est pas autorisée à en parler publiquement, en raison de la nature délicate de la question.

Il est controversé de soutenir Taïwan ; la Chine s’y oppose vigoureusement, considérant Taïwan comme une province séparatiste.

Bien que le Canada ne reconnaisse pas la souveraineté de Taïwan, il maintient des relations commerciales et culturelles.

Le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, a dit que la présence de l’île en tant qu’observateur non étatique aux réunions de cette semaine aiderait à lutter contre la pandémie.

La lettre fait valoir que le succès de Taïwan dans la lutte contre la pandémie lui donne droit à un siège aux réunions de l’Assemblée mondiale de la Santé. On veut que l’agence arrête de faire de la politique.

« L’isolement de Taiwan de la communauté mondiale de la santé présente non seulement un grave problème de santé publique, mais constitue également un obstacle aux efforts en cours et futurs », indique la lettre.

La lettre dit aussi que la communauté internationale est « lésée » lorsque des informations sanitaires importantes ne sont pas autorisées à « circuler librement et facilement ».

La lettre qualifie Taïwan d’acteur compétent et responsable de la communauté mondiale de la santé, disant qu’on y trouve une expertise scientifique et technique « qui pourrait aider à sauver des vies dans le monde entier ».

La lettre dit qu’il est « regrettable » que l’OMS ait rompu avec ses principes directeurs en excluant Taïwan de l’assemblée. Elle définit le principe directeur de l’OMS comme garantissant que « toute personne » a droit aux normes sanitaires les plus élevées, quelles que soient ses convictions politiques, sa race, sa religion ou ses conditions économiques ou sociales.

L’OMS a été accusée par le président américain Donald Trump et le chef conservateur du Canada, Andrew Scheer, d’être trop conciliante avec la Chine.

On reproche également à la République populaire une faible coopération avec l’OMS au moment où l’épidémie prenait de l’ampleur à Wuhan, au début de l’année.

Malgré des échanges en matière de santé et de commerce depuis le début de la pandémie, les relations entre le Canada et la Chine sont tendues depuis que la GRC a arrêté Meng Wanzhou en vertu d’un mandat d’extradition américain, en décembre 2018.

Mardi, Taïwan comptait 440 cas confirmés de la COVID-19, un nombre « incroyablement bas » pour 23,6 millions d’habitants, selon un rapport.

Adam Austen, porte-parole de M. Champagne, a réitéré le soutien du Canada à « la participation notable de Taïwan à des forums où sa présence contribue de façon importante au bien public ».

Le Canada a « clairement indiqué » à l’OMS que Taïwan devrait être autorisée à participer aux prochaines réunions de l’Assemblée mondiale de la santé, a-t-il déclaré.