(Peshawar) Un policier a été tué et deux autres blessés mardi dans l’explosion d’une mine artisanale visant une équipe de vaccinateurs antipolio dans le nord-ouest du Pakistan, a-t-on appris de sources policières, moins d’un mois après l’assassinat d’une vaccinatrice dans cette région.

Agence France-Presse

La fourgonnette de police dans laquelle ils se trouvaient, qui protégeait une équipe de vaccinateurs, a sauté sur l’engin en périphérie de la ville de Dera Ismaïl Khan, dans le Nord-Ouest, a déclaré à l’AFP le directeur de police de ce district, Wahid Mehmood.

« L’un de nos policiers est mort et deux autres ont été blessés dans l’explosion », a-t-il poursuivi. Sadaqat Khan, un cadre de la police locale, a confirmé ce bilan.

Aucun groupe n’a revendiqué cet attentat. Mais les talibans pakistanais et plusieurs autres groupes extrémistes ont visé des vaccinateurs dans le passé.

Fin janvier, deux hommes à moto avaient ouvert le feu sur deux vaccinatrices, tuant l’une et blessant grièvement l’autre dans un autre district du Nord-Ouest pakistanais.

En décembre, deux policiers protégeant des équipes antipolio avaient déjà été abattus dans le Nord-Ouest. Une agente de santé et deux autres avaient également été tués en avril 2019.

Les Talibans et la CIA

Le vaccin antipolio se heurte à une suspicion persistante au Pakistan. L’organisation d’une fausse campagne de vaccination par la CIA pour retrouver le chef d’Al-Qaïda, Oussama ben Laden, tué en 2011 à Abbottabad, dans le nord-ouest, a provoqué des résistances.

Certains talibans et des religieux ultraconservateurs font aussi courir la rumeur que les vaccins contiennent des ingrédients interdits par l’islam, comme du porc, ou qu’ils causent l’infertilité.

« J’appelle tous les leaders, les leaders religieux, les leaders communautaires, à soutenir pleinement le gouvernement du Pakistan (… pour) éradiquer complètement la polio », a réagi le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, en visite depuis dimanche dans le pays.

Le Pakistan, l’un des trois seuls pays au monde où la polio n’a pas été éradiquée, s’est fortement engagé contre cette maladie, accompagné par l’ONU. Après une forte baisse des cas (de 306 en 2014 à 8 en 2017), la tendance s’est nettement inversée, avec douze malades recensés en 2018, puis 144 en 2019, selon les derniers chiffres de l’ONU.

L’Organisation mondiale pour la santé a fait état mardi de 17 malades en 2020, malgré la mobilisation de 265 000 agents, dont 62 % de femmes, dans un communiqué.

Les autorités pakistanaises attribuent cette hausse à des contenus falsifiés publiés sur les réseaux sociaux, vus des centaines de milliers de fois, dont certains affirment que le vaccin tue des enfants. Facebook a retiré des dizaines de vidéos du genre, ont-elles fait savoir récemment.

Une nouvelle campagne antipolio a démarré lundi au Pakistan. Elle doit aboutir à la vaccination de 39 millions d’enfants.