« J’ai vécu l’apocalypse. Le 31 décembre, en plein après-midi, il faisait noir comme la nuit. Le feu est entré dans des secteurs habités, jusqu’en ville. Ça brûlait tout autour des pistes de l’aéroport où nos avions atterrissent. Deux de nos camions ont pris feu. Je me demandais vraiment comment on allait prendre le dessus. »

Isabelle Ducas Isabelle Ducas
La Presse

Le pompier québécois Frédéric André en a vu, des incendies, dans sa carrière. Quand il est arrivé en Australie, le 19 décembre, dans la province de la Nouvelle-Galles du Sud, pour combattre un immense brasier, il savait que la tâche serait ardue. Mais rien ne l’avait préparé à cet enfer : une pluie de cendres et de tisons, un ciel noir, une chaleur suffocante, des milliers de personnes en fuite, des morts, plus de 200 maisons brûlées, un sentiment d’impuissance…

« On essayait de répondre à chaque appel de détresse, mais il fallait prioriser, on ne pouvait pas aider tout le monde. Deux personnes brûlées ont dû attendre les secours pendant deux heures parce que c’était trop dangereux pour les hélicoptères d’aller les chercher », raconte Frédéric André, en entrevue téléphonique depuis le poste de commandement de « son feu », selon les termes qu’il emploie.

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Frédéric André, chef de base à Roberval pour la Société de protection des forêts contre le feu, a été dépêché en Australie pour aider à combattre les incendies qui y font rage.  

La situation s’est un peu améliorée depuis quelques jours, grâce à la météo, se réjouit-il : un peu de pluie, d’humidité et des températures un peu plus fraîches ont permis d’apaiser les flammes.

Mais la partie est loin d’être gagnée.

Frédéric André, chef de base à Roberval pour la Société de protection des forêts contre le feu, fait partie du contingent d’environ 100 Canadiens partis prêter main-forte à l’Australie, qui connaît les pires incendies de son histoire, alors que le pays est frappé par une intense sécheresse depuis trois ans.

Les Canadiens dépêchés là-bas sont des « gestionnaires de feux », l’élite de la lutte contre les incendies de forêt. Ils ne tiennent pas de boyaux, mais s’occupent plutôt de planifier et de coordonner les stratégies de combat.

Pas nécessaires, les avions-citernes canadiens

Cette tragédie, qui a fait au moins 24 morts et décimé de nombreuses espèces animales, a touché le monde entier. Une campagne a été lancée au Canada pour demander que le gouvernement envoie des avions-citernes pour combattre les incendies australiens.

Mais M. André explique que l’envoi d’avions canadiens serait inutile, puisqu’ils ne sont pas adaptés aux conditions australiennes.

Au Québec, de nombreux lacs permettent aux avions-citernes CL-215 de remplir leurs réservoirs à proximité des incendies, pour les arroser de façon intensive. « Les CL-215 contiennent 6000 litres d’eau et peuvent faire une rotation aux deux minutes quand il y a un lac à côté, explique le pompier. Avec trois ou quatre avions, on peut faire un largage toutes les 30 secondes. »

L’Australie compte très peu de lacs. Les avions-citernes pourraient peut-être se remplir dans la mer, mais les vagues rendraient la tâche difficile. De plus, comme les brasiers sont surtout à l’intérieur des terres, la distance à parcourir serait trop longue. 

Si on peut faire seulement un largage toutes les 30 minutes, l’eau s’évapore entre chaque passage, et il n’y a aucun effet.

Frédéric André

Les avions et hélicoptères utilisés en Australie atterrissent donc à l’aéroport pour remplir leur réservoir.

Autre difficulté : les CL-215 ne peuvent voler que quatre ou cinq heures avant de devoir se ravitailler en carburant et se déplacent moins vite qu’un avion de ligne. « Comme le vol Vancouver-Sydney dure 16 heures, il serait difficile de faire faire un tel voyage à un avion-citerne », fait remarquer Frédéric André.