(Pékin) La Chine envisage de modifier les règles du don d’organes afin d’attirer de nouveaux donneurs, le pays faisant face à une pénurie depuis l’interdiction en 2015 des prélèvements sur les condamnés à mort exécutés.

Agence France-Presse

Le projet de loi publié par le ministère de la Santé, et soumis à avis du public jusqu’à fin juillet, prévoit notamment la possibilité de donner des organes de proches décédés.

Il rend également illégal le prélèvement d’organes sur des mineurs, afin de lutter contre l’enlèvement d’enfants à cette fin.  

Cette loi doit permettre de mettre fin à une pénurie depuis que la Chine a cessé en 2015 la pratique controversée du prélèvement d’organes sur les personnes exécutées après une condamnation à la peine capitale.

Il n’est pas certain toutefois que les habitudes changent. Car la tradition chinoise veut qu’un mort soit enterré sans mutilation, et très rares sont les Chinois qui acceptent le prélèvement d’organes.

« Le (projet de) loi n’introduit pas l’idée du consentement tacite, où toute personne, sauf avis contraire, est présumée donner son accord au prélèvement de ses organes », souligne Wang Bing, avocat basé à Pékin et spécialisé dans les affaires médicales.

« Ce serait pourtant le seul moyen de lutter contre le tabou » autour de l’intégrité du corps, estime-t-il.

Le projet de loi publié mercredi prévoit des sanctions pour les individus et les institutions impliqués dans le trafic d’organes : les amendes pourront s’élever à 10 fois les profits réalisés et les médecins pourront être suspendus.

« Des peines existent déjà, mais des hôpitaux continuent […] d’effectuer un grand nombre de transplantations sans que l’on sache d’où proviennent les organes », déclare à l’AFP Matthew Robertson, chercheur à l’Université nationale australienne et spécialisé dans les erreurs médicales en Chine.

Le pays asiatique a même pratiqué une « falsification systématique » des données en matière de dons d’organes, selon une étude publiée en novembre dans la revue BMC Medical Ethics et qui portait sur la période 2010-2016.

Limité, le nombre de donneurs volontaires décédés a toutefois grimpé en une décennie en Chine. Il est passé de 34 (en 2010) à 6316 (en 2018), selon l’organisme gouvernemental chargé de l’attribution des organes.

La Chine est régulièrement accusée par des membres de la secte Falun Gong, interdite dans le pays asiatique, de se livrer à des prélèvements d’organes forcés sur ses adeptes emprisonnés. Pékin a toujours fermement nié ces accusations.