(Pékin) Nouvelle escalade entre Pékin et Washington : la Chine a agité lundi la menace d’une « contre-attaque » après l’annonce par Donald Trump d’une série de sanctions et restrictions visant les intérêts chinois.

Beiyi SEOW
Agence France-Presse

C’est la première réaction chinoise après les mesures présentées vendredi par le milliardaire républicain. Elles intervenaient dans un contexte de fortes tensions bilatérales, notamment autour du territoire semi-autonome de Hong Kong.

« Tout propos ou action qui nuit aux intérêts de la Chine se heurtera à une ferme contre-attaque », a prévenu lundi Zhao Lijian, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.

Ferme mais avare en détails, Donald Trump avait annoncé vendredi que les États-Unis suspendaient l’entrée sur leur territoire des ressortissants chinois présentant un « risque » pour la sécurité du pays.

Il a également demandé à son administration de mettre fin aux mesures commerciales préférentielles accordées à Hong Kong, pour dénoncer une loi controversée sur la sécurité nationale que Pékin veut y imposer.

Donald Trump a par ailleurs demandé à ses collaborateurs d’enquêter sur les entreprises chinoises cotées aux États-Unis.

« La Chine exhorte les États-Unis à immédiatement remédier à ces erreurs et à abandonner leur mentalité de Guerre froide », a souligné Zhao Lijian lors d’une conférence de presse.

Sécurité nationale

Le catalyseur de cette série de mesures américaines semble être la volonté de Pékin d’imposer une loi sur la sécurité nationale à Hong Kong, suite aux manifestations de 2019 dans le territoire.

Les États-Unis mènent la fronde internationale contre le projet, lequel prévoit de punir les activités séparatistes et « terroristes », la subversion, ou encore l’ingérence étrangère dans l’ex-colonie britannique.

En vertu du concept « Un pays, deux systèmes », Hong Kong bénéficie depuis sa rétrocession à la Chine en 1997 d’une large autonomie, de la liberté d’expression et d’une justice indépendante.

Mais Pékin « n’a pas tenu sa parole donnée au monde d’assurer l’autonomie » du territoire, avait jugé vendredi Donald Trump.

« C’est une tragédie pour le peuple de Hong Kong, pour la Chine, et pour le monde entier », avait-il ajouté depuis la Maison-Blanche.

Le projet de loi chinois, qui a reçu formellement le feu vert du parlement national la semaine dernière, intervient après les manifestations monstres à Hong Kong contre l’influence de Pékin.  

Au départ pacifiques, elles ont également été marquées par des violences et du vandalisme. Elles ont également renforcé un courant pro-indépendance jadis marginal.

« Toutes les mesures annoncées (par Donald Trump) constituent une grave ingérence dans les affaires intérieures de la Chine », a déploré lundi Zhao Lijian.

« Maladie chronique »

Le porte-parole a profité de l’occasion pour comparer les manifestations à Hong Kong et celles qui secouent plusieurs villes des États-Unis après la mort de George Floyd, un Afro-Américain arrêté par la police.

La colère qui a explosé à Minneapolis (nord) après le décès de l’homme lundi dernier s’est propagée à tout le pays, où des plusieurs milliers de citoyens ont défilé pour dénoncer les violences policières.

« Pourquoi les États-Unis traitent-ils en héros les partisans de la violence et de la soi-disant indépendance de Hong Kong, tout en qualifiant d’“émeutiers” ceux qui dénoncent le racisme ? », s’est interrogé Zhao Lijian.  

La réponse des États-Unis aux manifestations contre les violences policières sur leur sol est « un cas d’école de leur deux poids deux mesures de renommée mondiale », a déclaré le porte-parole, qui a dénoncé la « maladie chronique » du racisme dans le pays.

Les troubles dans les villes américaines font l’objet d’une large couverture dans les médias chinois.