(Pékin) Les États-Unis vont fortement réduire le nombre de Chinois autorisés à travailler pour cinq médias de Pékin aux États-Unis, en réponse aux restrictions imposées à la presse étrangère en Chine, pays qui a menacé mardi de prendre des mesures de rétorsion.

Jing Xuan TENG avec Shaun TANDON à Washington Agence France-Presse

Cette annonce intervient deux semaines après l’expulsion de trois journalistes du quotidien américain Wall Street Journal (WSJ) mais Washington a affirmé que la décision avait été prise pour « rétablir une égalité qui n’a que trop tardé » entre les deux pays.  

Cette décision n’est « pas fondée sur le contenu produit par ces médias » et les États-Unis n’imposent « aucune restriction » sur ce qu’ils publient, a assuré dans un communiqué le secrétaire d’État Mike Pompeo.

« Depuis des années, la Chine impose une surveillance, un harcèlement et des intimidations de plus en plus durs sur les Américains et d’autres journalistes étrangers travaillant en Chine », a déclaré M. Pompeo.

En réponse, la diplomatie chinoise a condamné sans retenue la décision américaine.

« Avec sa mentalité de Guerre froide et son parti pris idéologique, le département d’État américain recourt à des arguments infondés pour opprimer politiquement des médias chinois basés aux États-Unis », a dénoncé le porte-parole Zhao Lijian.

« La Chine se réserve le droit de prendre des mesures supplémentaires », a-t-il ajouté sans plus de précisions. « Les États-Unis ont été les premiers à déchirer la règle du jeu, la Chine ne peut que suivre le mouvement ».  

Selon lui, la mesure prise par Washington illustre « l’hypocrisie » des États-Unis dont la défense de la liberté de la presse cacherait en fait « une brutalité hégémonique ».

Les cinq médias visés par la décision américaine sont l’agence Chine Nouvelle, la télévision CGTN, Radio Chine Internationale et les journaux China Daily et Le Quotidien du Peuple.

Ils avaient été classés par Washington comme des missions diplomatiques étrangères la veille de l’expulsion des reporters du WSJ et sont désormais considérés comme des organes « de propagande ».

Ils pourront employer 100 ressortissants chinois au maximum à partir du 13 mars, contre 160 actuellement. Les États-Unis n’expulsent pas explicitement ces 60 employés qui peuvent en théorie trouver un autre travail, même si la majorité devrait être forcée de quitter le pays.

Chine Nouvelle, avec 59 employés concernés, est la plus affectée par cette décision, devant CGTN (30), le China Daily (9) et Radio Chine (2). Le distributeur américain du Quotidien du Peuple ne semble pas employer de Chinois.  

« Cycle dangereux »

Selon un responsable du département d’État, ces médias pourront embaucher des salariés d’autres nationalités.

L’année dernière, Washington a accordé 425 visas de journalistes à des ressortissants chinois, y compris à leurs familles.  Selon un responsable américain, le gouvernement étudie une limitation de la durée des visas.

Dans un communiqué, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a dénoncé ces restrictions, appelant la Chine et les États-Unis à « arrêter ce cycle dangereux de représailles qui menace le flux libre de l’information dans les deux pays ».

Les États-Unis doivent montrer l’exemple « plutôt qu’adopter la stratégie autoritaire de Pékin », a affirmé Steven Butler, coordinateur du CPJ pour l’Asie.

En février, le gouvernement chinois a retiré leur carte de presse aux trois journalistes du WSJ en représailles à un titre jugé raciste du quotidien américain, une sanction condamnée à l’époque par Washington.

Le 3 février, en pleine épidémie de coronavirus, le journal avait publié une tribune titrée « La Chine est le véritable homme malade de l’Asie », une expression jugée offensante dans ce pays.

Le Club des correspondants étrangers en Chine (FCCC) avait qualifié cette sanction de « représailles sans précédent » et de « tentative manifeste des autorités chinoises » pour « intimider les médias étrangers ».

Dans son rapport annuel paru lundi, le FCCC accuse le pouvoir chinois d’utiliser les cartes de presse - qui font office de permis de travail renouvelable chaque année - comme « une arme » contre les médias internationaux.

Au moins neuf reporters ont dû quitter la Chine avant ou à l’expiration de leur carte de presse depuis 2013, juste après l’arrivée au pouvoir du président Xi Jinping, selon le FCCC.

Selon le CPJ, au moins 48 journalistes étaient emprisonnés en Chine à la fin 2019.