La Chine, qui s’irrite des mesures musclées mises en place par certains pays pour empêcher la propagation du coronavirus à l’intérieur de leurs frontières, salue la retenue du Canada.

Marc Thibodeau Marc Thibodeau
La Presse

Lors d’une conférence de presse, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois, Hua Chunying, s’est félicitée lundi qu’Ottawa n’ait pas l’intention d’emboîter le pas aux États-Unis en interdisant l’entrée au pays de tout ressortissant étranger ayant séjourné en Chine dans les 14 jours précédents.

« Le Canada croit que cette interdiction n’est pas justifiée, ce qui fait nettement contraste avec le comportement des États-Unis », a-t-elle souligné.

La diplomate chinoise a indiqué que Pékin respectait les pays « qui mettent en place ou renforcent des mesures de quarantaine » pour les personnes arrivant à leurs frontières, mais ne pouvait cautionner la « réaction excessive » de ceux qui vont au-delà des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

L’organisation internationale a indiqué la semaine dernière qu’elle s’opposait à toute mesure restreignant le commerce ou les voyages avec la Chine, les jugeant contre-productives en temps de crise sanitaire.

La manifestation d’enthousiasme de la diplomatie chinoise pour l’approche canadienne est survenue alors que le gouvernement fédéral s’efforçait lundi d’obtenir l’autorisation de Pékin pour ramener au pays plus de 300 Canadiens pris dans la région de Wuhan, considérée comme l’épicentre de la crise.

PHOTO ADRIAN WYLD, LA PRESSE CANADIENNE

François-Philippe Champagne, ministre des Affaires étrangères du Canada

Le ministre des Affaires étrangères du Canada, François-Philippe Champagne, a indiqué lundi qu’un appareil partirait d’Hanoï, au Viêtnam, dès que les autorités chinoises auraient donné l’autorisation requise pour pénétrer dans leur espace aérien.

La ministre fédérale de la Santé, Patty Hajdu, a souligné que les ressortissants canadiens rapatriés à cette occasion seront surveillés de près afin d’éviter toute transmission accidentelle du coronavirus au pays.

Elle a précisé que les personnes présentant des symptômes avant le départ ne pourront prendre l’avion. Celles qui sont malades à l’arrivée, à la base militaire de Trenton, en Ontario, seront transférées dans un établissement de santé de la province pour être placées en isolement et soignées.

Les autres subiront une quarantaine forcée de 14 jours correspondant à la période d’incubation la plus longue évoquée pour le virus.

Mme Hajdu a précisé que le gouvernement n’avait « aucune indication » que des Canadiens à Wuhan ciblés pour le rapatriement étaient actuellement malades.

Les mesures mises en place sont plus sévères que pour les voyageurs arrivant par des vols commerciaux réguliers, qui doivent répondre à un questionnaire sur leurs déplacements pouvant mener à une évaluation plus poussée et à une hospitalisation au besoin.

Plusieurs cas ailleurs

Quelques pays ayant déjà rapatrié des ressortissants de Chine ont indiqué que certains d’entre eux étaient infectés par le coronavirus et présentaient des symptômes à leur descente de l’avion.

C’est le cas notamment du Japon, qui a signalé trois cas de cette nature la semaine dernière. Un ressortissant anglais évacué de Wuhan dimanche a été placé par ailleurs en isolement après avoir manifesté des symptômes compatibles avec le coronavirus.

La majorité des pays ayant procédé à des évacuations ont décidé d’imposer des périodes de quarantaine dans des établissements supervisés.

Hong Kong, qui fait face à une quinzaine de cas de contamination confirmés à ce jour, a décidé de recourir notamment à des bracelets électroniques pour permettre à des personnes sous surveillance de vivre leur quarantaine à domicile.

Selon le South China Morning Post, les autorités seront alertées si l’une des personnes ciblées s’éloigne de plus de 20 ou 30 mètres de sa résidence.

Cette approche sera limitée aux individus qui reviennent de la région de Wuhan, mais qui n’ont pas de symptômes et n’ont eu aucun contact avec des personnes infectées.

Hong Kong a par ailleurs annoncée, hier, la mort d’un malade atteint du coronavirus, devenant le premier mort lié à l’épidémie dans le territoire et le second hors de la Chine continentale. L’homme de 39 ans s’était rendu à Wuhan le 21 janvier.

Depuis l’éclatement de la crise, il y a quelques semaines, le nombre de cas rapportés de contamination au coronavirus en Chine a bondi pour atteindre 425 morts et plus de 20 400 personnes contaminées, lundi. Des cas ont aussi été signalés dans plus d’une vingtaine de pays.