(Shanghai) En pleine rivalité commerciale avec les États-Unis, la Chine prépare lundi un accueil chaleureux pour Emmanuel Macron, tout en avertissant le président français de ne pas se mêler de l’agitation à Hong Kong.

Jérôme RIVET avec Patrick BAERT à Pékin
Agence France-Presse

Emmanuel et Brigitte Macron sont arrivés peu avant 16 h à Shanghai, capitale économique chinoise, pour une deuxième visite à dominante commerciale. Lors de son premier voyage en Chine, début 2018, M. Macron avait promis de revenir au moins une fois par an.

« Entre amis, on offre toujours le meilleur, surtout à un ami qui vient de loin. Il faut lui réserver l’accueil le plus amical et le plus chaleureux », a promis jeudi un haut responsable du ministère chinois des Affaires étrangères, Zhu Jing, paraphrasant Confucius.

Le clou de la visite devrait être un dîner mardi entre le couple présidentiel français et le président chinois Xi Jinping accompagné de son épouse, la chanteuse Peng Liyuan. Au cœur du vieux Shanghai, le jardin Yu, considéré comme l’un des plus beaux de Chine, est réservé pour l’occasion.

« Sans tabou »

Le président chinois cherche à renforcer ses contacts avec les Européens au moment où l’économie de son pays ralentit, un recul aggravé par la guerre commerciale avec les États-Unis. Il fait face aussi depuis cinq mois à un défi sans précédent à Hong Kong, où des manifestants contestent l’emprise jugée croissante de Pékin.

Alors que l’Élysée a assuré qu’Emmanuel Macron aborderait « sans tabou » les questions de droits de l’Homme ainsi que la situation à Hong Kong et dans la région à majorité musulmane du Xinjiang, Pékin a adressé une mise en garde au président français.

« Hong Kong et le Xinjiang relèvent des affaires intérieures de la Chine, il n’est pas pertinent que ce soit à l’ordre du jour diplomatique », a averti le diplomate chinois.

L’organisation de défense des droits de l’Homme Human Rights Watch a appelé M. Macron à faire pression sur son homologue « pour la fermeture des camps d’éducation politique » au Xinjiang, où Pékin détiendrait plus d’un million de Ouïghours, une ethnie soupçonnée de velléités islamistes et séparatistes.

À son arrivée lundi, Emmanuel Macron devait assister à un dîner de gala avec les autres dirigeants mondiaux conviés à l’inauguration de la Foire aux importations de Shanghai, un rendez-vous instauré l’an dernier par le régime communiste pour convaincre de son intention d’ouvrir son marché.

Le dialogue franco-chinois « est très important au moment où le monde connaît tant de crises successives, où le protectionnisme et l’unilatéralisme ne cessent de monter », a souligné le diplomate chinois en désignant sans les nommer les États-Unis.

Dans l’entourage d’Emmanuel Macron, on estime que « les États-Unis posent les bonnes questions, mais apportent les mauvaises réponses » avec leur guerre commerciale.

« Facteur de déstabilisation »

Pour le sinologue Jean-Pierre Cabestan, de l’Université baptiste de Hong Kong, il ne fait pas de doute que l’offensive américaine pousse les Chinois à se rapprocher de la France et d’autres pays.

Pour autant, « les Européens seraient naïfs de croire qu’ils peuvent s’allier à la Chine contre Trump », avertit-il.

Emmanuel Macron a d’ailleurs tenu à être accompagné par une ministre allemande, Anja Karliczek, en charge de l’Éducation et de la Recherche, et d’un commissaire européen, l’Irlandais Phil Hogan, actuel titulaire du portefeuille de l’Agriculture et qui devrait prendre celui du Commerce dans la prochaine Commission.

Il s’agit, selon l’Élysée, de montrer que la relation avec la Chine doit davantage être cultivée au niveau européen et non seulement français.

« La Chine reste un problème pour l’OMC, un facteur de déstabilisation en mer de Chine méridionale, une menace face à Taïwan et un pôle autoritaire face à Hong Kong et à nos valeurs démocratiques », estime l’auteur de « Demain la Chine, démocratie ou dictature ? »

Les marines française et chinoise ont d’ailleurs été aux prises lors d’un incident naval au printemps dernier dans le détroit de Taïwan.

Si la France cherche à « jouer un rôle de perturbation, ce n’est pas ce que nous espérons voir », a averti M. Zhu, à propos de la présence française dans la région indopacifique.

À Shanghai, le président français inaugurera mardi le nouveau Centre Pompidou installé dans la métropole géante de 24 millions d’habitants.

Il sera à Pékin mercredi pour de nouveaux entretiens avec Xi Jinping et le premier ministre Li Keqiang. Une quarantaine de contrats doivent être signés à cette occasion.