(Washington) Les États-Unis ont annoncé mardi des sanctions à l’encontre du chef de l’armée et de trois autres responsables militaires birmans pour le « nettoyage ethnique » des Rohingya, tout en réclamant qu’ils soient tenus de rendre des comptes après leur campagne de violence.

Shaun TANDON
Agence France-Presse

Le commandant en chef Min Aung Hlaing, son numéro deux Soe Win et les généraux Than Oo et Aung Aung, sont interdits d’entrée aux États-Unis, ainsi que leur famille proche, a indiqué Mike Pompeo, chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo, dans un communiqué.

« Le gouvernement américain est le premier à agir publiquement à l’encontre des plus hauts responsables de l’armée birmane », a-t-il affirmé.

Il a expliqué que Washington avait « ciblé ces individus sur la base d’informations crédibles quant à l’implication de ces dirigeants dans de graves violations aux droits humains ».

Ces sanctions sont l’illustration la plus marquante de la déception des autorités américaines depuis le lancement en 2011 par le régime birman de réformes politiques ayant entraîné un réchauffement des relations entre la junte militaire et Washington, et qui ont permis par la suite la mise en place d’une autorité politique élue.

Le secrétaire d’État s’est par ailleurs dit « préoccupé » par le fait que le gouvernement birman n’avait « pas agi afin de tenir pour responsables les auteurs » des violences ayant poussé à partir de fin août 2017 quelque 740 000 musulmans rohingya à fuir la Birmanie, majoritairement bouddhiste.

Persécutés par les forces armées birmanes et des milices bouddhistes, ces membres d’une minorité musulmane apatride se sont réfugiés dans d’immenses campements de fortune au Bangladesh.  

Mais plusieurs centaines de milliers d’entre eux vivent toujours dans l’État Rakhine en Birmanie, souvent dans des camps sordides.

L’organisation Médecins sans frontières a estimé qu’au moins 6700 Rohingya ont été tué le premier mois de la répression.

L’armée birmane a nié avoir commis des actes répréhensibles, affirmant avoir mené des actions contre des insurgés.

« Génocide », selon l’ONU

Les enquêteurs des Nations unies ont qualifié de « génocide » les violences de l’armée birmane contre cette population.

La procureure de la Cour pénale internationale (CPI) va demander l’ouverture d’une enquête sur la déportation présumée des Rohingya par la Birmanie vers le Bangladesh, qui pourrait constituer un crime contre l’humanité.

Il revient désormais aux juges assignés à cette affaire d’autoriser ou non l’ouverture d’une telle enquête.

Mike Pompeo, qui parle de « nettoyage ethnique », a également dénoncé dans son communiqué la libération en mai par le commandant Min Aung Hlaing, « après seulement quelques mois de prison », de soldats coupables d’un massacre de musulmans rohingya.

Un traitement qu’il a mis en parallèle avec celui réservé à deux journalistes de l’agence de presse Reuters, emprisonnés pendant plus de 500 jours pour avoir enquêté sur ce massacre.

A noter que la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi, ancienne opposante politique ayant passé près de quinze ans en résidence surveillée sous la junte militaire, n’est pas visée par les sanctions américaines annoncées mardi.

Celle qui a reçu le prix Nobel de la Paix a essuyé de vives critiques à l’étranger pour son silence face au sort des Rohingya.

« Notre espoir est que ces actions renforcent le pouvoir du gouvernement civil (et) aident à saper davantage la légitimité de la gouvernance militaire actuelle », a commenté un responsable américain s’exprimant sous couvert d’anonymat, au sujet des sanctions.

Pour Erin Murphy, ancienne employée du département d’État impliquée dans le réchauffement des relations entre les deux pays, le bannissement ne va pas vraiment affecter les généraux eux-mêmes mais plutôt leurs enfants et petits-enfants souhaitant faire du tourisme ou des études aux États-Unis.

C’est, selon elle, un instrument pour inciter au changement d’attitude à l’égard des Rohingya qui sont « une population presque universellement méprisée », mais cela ne suffira pas.

« Il s’agit de changer des attitudes xénophobes et racistes profondément ancrées et une interdiction de séjour à elle seule ne va pas changer cela », a relevé celle qui a fondé le Inle Advisory Group, spécialiste de la Birmanie.

Les États-Unis ont imposé en 2018 des sanctions contre des responsables des forces de sécurité de moindre stature, qui avaient une portée plus vaste car elles incluaient un volet économique.