(Hong Kong) Des militants qui affichent ouvertement leur opposition aux visées de la Chine à Hong Kong font l’objet de pressions importantes en marge des protestations qui secouent l’ex-colonie britannique depuis des mois.

Marc Thibodeau
Marc Thibodeau La Presse

Davin Wong a attiré l’attention sur la situation il y a quelques semaines en annonçant qu’il avait décidé de quitter la tête du syndicat des étudiants de l’Université de Hong Kong et de s’exiler au Canada.

Dans une lettre transmise à la direction de l’établissement, il a précisé qu’il « ne se pardonnerait jamais » de partir à un moment aussi crucial, mais qu’il n’avait pas le choix pour assurer la sécurité de sa famille.

PHOTO TIRÉE DE TWITTER

Davin Wong a décidé de quitter la tête du syndicat des étudiants de l’Université de Hong Kong et de s’exiler au Canada.

En entrevue avec La Presse, l’ex-dirigeant étudiant a expliqué qu’une agression subie le 30 août l’avait convaincu de la nécessité de partir.

Un homme au visage masqué l’a attaqué par-derrière peu après minuit alors qu’il attendait un autobus sur une artère importante, le frappant avec un long bâton flexible.

« J’ai senti une brûlure au cou et je me suis retourné alors qu’il s’apprêtait à me frapper de nouveau. Je pense que j’ai utilisé tous les jurons que je connaissais », relate le jeune homme, qui n’a pas réussi à bien voir son agresseur avant qu’il ne prenne la fuite.

Le geste, dit Davin Wong, était clairement prémédité et visait à le convaincre de renoncer à ses activités politiques.

D’autres militants ont été ciblés dans la période de 24 heures qui a suivi l’agression, souligne Davin Wong, qui s’est résigné à quitter Hong Kong pour éviter que ses proches soient ciblés en guise de représailles à ses actions.

L’agence de presse Xinhua l’avait identifié comme un des leaders du mouvement de protestation, faisant augmenter la pression.

Autre militant pris pour cible

Kong Tsung-gan, militant et auteur qui suit de près les mouvements de contestation à Hong Kong, a connu des difficultés de nature similaire après avoir été « dénoncé » en juin dans deux journaux prochinois de Hong Kong. Ceux-ci l’ont décrit comme un agent de forces étrangères cherchant à inciter à la violence au sein de l’ex-colonie britannique.

Un barrage de messages agressifs sur les réseaux sociaux a suivi. Des individus, relate-t-il, ont commencé par ailleurs à le suivre dans la rue, s’assurant qu’ils étaient vus pour l’intimider.

Des photos de ses enfants ont ensuite été tapissées sur des lampadaires de son quartier, suggérant explicitement que sa famille pourrait être ciblée.

Le militant a décidé de faire profil bas pendant plus d’un mois pour se faire oublier.

Ma situation s’est améliorée depuis [plus d’un mois], mais la menace de violence à mon encontre demeure présente.

Kong Tsung-gan, militant et auteur hongkongais

Plusieurs militants ainsi que des élus et des journalistes ont été dénoncés par ailleurs sur un site internet établi sur un serveur en Russie, hkleaks.ru. Des informations personnelles, incluant leur numéro de téléphone, ont été mises en ligne.

Des médias chinois à l’attaque

Des médias étatiques chinois attaquent par ailleurs régulièrement les protestataires. La chaîne de télévision chinoise CGTN les a notamment assimilés aux talibans afghans ainsi qu’au groupe armé État islamique.

Le Quotidien du peuple a prévenu pour sa part à plusieurs reprises que des « radicaux » avaient l’intention d’orchestrer des attaques « terroristes » d’envergure dans l’ex-colonie.

Le porte-parole de la police de Hong Kong a fait écho à ces mises en garde hier en prévenant que certains manifestants préparaient des « actes extrêmes » aujourd’hui à l’occasion du 70e anniversaire de la création de la République populaire de Chine.

Il a évoqué la possibilité que certains d’entre eux tentent de tuer des policiers ou de mettre le feu à des stations-service, suscitant l’ire d’élus du camp prodémocratie.

Davin Wong dénonce pour sa part la violence des forces de l’ordre et s’inquiète de l’émergence d’un « État policier » aux antipodes des garanties démocratiques données par la Chine au moment de la rétrocession du territoire en 1997.

« Il faut utiliser tous les leviers possibles pour libérer Hong Kong », dit-il.

Le président chinois promet de respecter l’autonomie de Hong Kong

Le président de la Chine, Xi Jinping, a promis hier de continuer à respecter l’autonomie de Hong Kong, alors que l’ex-colonie britannique, rendue à la Chine en 1997, est secouée depuis juin par des manifestations prodémocratie. Le chef de l’État s’exprimait lors d’une réception à Pékin à la veille de la célébration en grande pompe des 70 ans du régime communiste — un défilé militaire et un feu d’artifice sont au programme. Xi Jinping s’est engagé hier à poursuivre l’application du principe « un pays, deux systèmes » à Hong Kong — en vertu duquel le territoire bénéficie notamment d’une justice indépendante et de la liberté d’expression. « Nous allons continuer à appliquer de façon totale et sincère […] le haut degré d’autonomie » du territoire et « nous agirons en stricte conformité avec la Constitution [chinoise] et la Loi fondamentale » hongkongaise, a souligné M. Xi. Les déclarations du chef de l’État sur Hong Kong étaient particulièrement attendues, le contexte étant tendu à Hong Kong, où des manifestants ont promis de perturber aujourd’hui les célébrations officielles. — Agence France-Presse

PHOTO ANDY WONG, ASSOCIATED PRESS

Xi Jinping, président de la Chine, lors d’une réception soulignant les 70 ans du régime communiste