(Baïkonour) Le milliardaire japonais Yusaku Maezawa s’est dit « excité comme un enfant » mardi, veille de son envol vers la Station spatiale internationale, un voyage dans un vaisseau russe qui marque le retour de Moscou dans le tourisme orbital.

Publié le 7 déc. 2021
Anastasia CLARK Agence France-Presse

Ce secteur, très lucratif, connaît actuellement un regain d’intérêt, notamment du fait de l’entrée dans la course touristique spatiale des milliardaires Elon Musk, Jeff Bezos et Richard Branson.

Après un hiatus d’une décennie, le vol russe de mercredi marque le retour de l’Agence spatiale russe, Roscosmos, dans l’arène, alors que l’industrie aérospatiale du pays est minée par les scandales et a perdu du terrain face aux concurrents américains.

Le fantasque milliardaire japonais Yusaku Maezawa, âgé de 46 ans et qui a fait fortune dans la mode en ligne, et son assistant Yozo Hirano doivent partir du cosmodrome de Baïkonour au Kazakhstan le 8 décembre à 7 h 38 GMT.

« Je suis excité, comme un enfant avant un voyage de classe », a dit M. Maezawa lors d’une conférence de presse sur place : « Je désire vraiment voir la Terre depuis l’Espace, avoir l’expérience zéro gravité, de comment l’espace change les gens, de comment moi je vais changer après ce vol ».

Il est prévu que leur vol dure six heures, avec un arrimage prévu au module Poïsk du segment russe de l’ISS à 13 h 41 GMT.

Les deux Japonais vont séjourner 12 jours à bord de la station. M. Hirano devra documenter en vidéo leur séjour pour la chaîne YouTube du milliardaire, qui s’est fixé lui 100 tâches à accomplir.

Le cosmonaute Alexandre Missourkine, qui pilotera le Soyouz, a jugé que ses compagnons auront un programme chargé : « Ça sera un défi de tout faire ». Lui a prévu avec les touristes spatiaux un tournoi « amical » de badminton en apesanteur.  

Sept personnes se trouvent actuellement à bord de l’ISS, dont deux Russes et un Japonais.

Pendant le weekend, la fusée, frappée du drapeau japonais, a été amenée au pas de tir.

Fusée bénie

Mardi, le pope orthodoxe Père Serguiy a béni le vaisseau spatial, comme il le fait pour chaque lancement à Baïkonour depuis 1999.

« À chaque décollage, une partie de mon âme s’envole du pas de tir avec la fusée. Et avec chaque équipage une partie de mon âme part dans l’espace », a-t-il dit à l’AFP dans son église de Baïkonour.  

Ce départ sera son 380e. « Lorsque je les bénis, je deviens responsable pour » les fusées, assure encore le religieux.    

Avant cela et pendant de longues semaines, les deux Japonais se sont préparés à la Cité des étoiles, ville construite près de Moscou dans les années 1960 pour former des générations de cosmonautes.

Cette mission, organisée par Roscosmos et son partenaire américain Space Adventures, signera le retour de la Russie dans la course au tourisme spatial, après plus d’une décennie de pause.  

Roscosmos et Space Adventures avaient déjà collaboré entre 2001 et 2009 pour envoyer de richissimes entrepreneurs dans l’espace à huit reprises.

Le voyage des deux Japonais intervient au moment où les vols privés dans l’espace se multiplient.  

En septembre, SpaceX a organisé un vol de trois jours en orbite avec un équipage composé intégralement d’amateurs. La compagnie d’Elon Musk prévoit aussi d’emmener plusieurs touristes faire le tour de la lune en 2023, dont M. Maezawa, qui finance cette opération.

D’autres acteurs privés sont sur les rangs, comme la compagnie Blue Origin du fondateur d’Amazon, l’Américain Jeff Bezos, ou encore Virgin Galactic, du Britannique Richard Branson.

Signe de la volonté du secteur spatial russe de faire peau neuve, Roscosmos a dépêché en octobre un réalisateur et une actrice à bord de l’ISS pour y tourner le premier film long métrage de l’histoire en orbite, avant un projet concurrent de Tom Cruise.

En 2020, avec la mise en service des fusées et capsules de SpaceX, la Russie a perdu son monopole des vols habités vers l’ISS, et donc aussi les dizaines de millions de dollars qui allaient de paire pour chaque siège que la NASA et d’autres agences spatiales achetaient à bord des Soyouz.