Sous un ciel plombé et de fines gouttes de pluie, les sauveteurs espéraient lundi retrouver des rescapés du naufrage du Costa Concordia, mais aussi éviter l'explosion d'une véritable «bombe écologique» dans une superbe région protégée.

Dario THUBURN AGENCE FRANCE-PRESSE

«Nous avons une bombe écologique à l'intérieur du navire», a déclaré à l'AFP Sergio Ortelli, le maire de la petite île toscane où s'est échoué vendredi soir le luxueux navire de croisière.

«D'après les premières constatations, le navire semble assez stable, il n'y aucune fuite, tout est sous contrôle pour l'instant», a toutefois ajouté le maire.

Après la recherche d'éventuels survivants et des corps des victimes, la mise en sécurité du navire, qui cache dans ses réservoirs 2380 tonnes de carburant, est la deuxième préoccupation des sauveteurs. Mais ceux-ci ont dû suspendre leurs opérations à la mi-journée en raison du mauvais temps.

L'île du Giglio est célèbre pour ses minuscules criques rocheuses et son charme rustique. La population, qui ne dépasse pas 800 habitants en hiver, bondit à 5000 personnes durant l'été, avec l'afflux des touristes.

La zone maritime autour de l'île est également un sanctuaire pour les baleines. Les responsables locaux réclament de nouvelles règles imposant des limites plus strictes à la navigation dans cette région et surtout la fin de la tradition de l'«inchino» (la révérence) qui fait passer de grands navires à proximité de l'île.

Les garde-côtes ont ordonné au propriétaire du navire, la compagnie Costa Crociere (groupe Carnival), d'«enlever l'épave du navire et d'éviter l'écoulement de ne serait-ce qu'une goutte de pétrole dans la mer», a déclaré un porte-parole local Filippo Marini.

Le naufrage comporte «un très haut risque» pour l'environnement de l'île du Giglio, entourée d'une réserve naturelle protégée, et «une intervention est urgente», a également déclaré le ministre de l'Environnement, Corrado Clini.

«L'objectif est d'éviter que le carburant ne s'écoule du navire: nous travaillons sur cette question», a-t-il ajouté. «C'est un gazole dense, lourd, qui pourrait se sédimenter dans les fonds, ce serait un désastre», a-t-il déclaré, imaginant le pire, «avec les effets, connus en pareil cas, sur la faune marine et les oiseaux».

Une équipe d'experts de la société néerlandaise Smit&Salvage et une seconde de la société américaine Titan Salvage se trouvent sur place pour étudier les moyens de mettre le navire en sécurité.

L'un d'entre eux a déclaré, sous couvert de l'anonymat, que le pompage du carburant ne pourrait débuter que plus tard dans la semaine lorsque l'équipement nécessaire sera sur place.

Selon lui, enlever le navire de près de 115 000 tonnes pourrait prendre des semaines, mais il exclut la possibilité de le découper sur place.

«Ils ont eu de la chance de ne pas avoir une seule goutte de carburant en mer. Avec le trou seulement 4 ou 5 mètres plus loin sur la coque du bateau, les réservoirs de carburant auraient pu être endommagés», a-t-il ajouté.

«Nous devons agir rapidement avant que la météo ne devienne trop mauvaise», a-t-il dit, rappelant que le navire se trouvait au bord d'une falaise et que les vagues pourraient le pousser vers une mer plus profonde et le faire couler complètement.