Avec la fermeture lundi d'une usine polluante, des manifestants chinois ont obtenu, pour la deuxième fois cet été, que leur santé et la préservation de l'environnement passent avant l'industrialisation à marche forcée qui prévaut en Chine depuis trois décennies.

Bill SAVADOVE AGENCE FRANCE-PRESSE

La fermeture provisoire de l'usine de panneaux solaires de Jinko Solar de Haining (est), placardée à l'entrée du site de cette société cotée à la Bourse de New York, survient à peine plus d'un mois après celle d'un complexe pétrochimique à Dalian (nord-est), où 12 000 personnes avaient manifesté à la mi-août.

Des heurts avaient opposé jeudi, vendredi et samedi soir les forces de l'ordre à environ 500 habitants du village de Hongxiao qui s'étaient rassemblés pour exiger des explications sur la mort de nombreux poissons dans une rivière située à proximité.

Les manifestants affirment également que la contamination industrielle a provoqué au moins 31 cas de cancer chez les riverains, dont six leucémies.

«Tout le monde est extrêmement en colère. Une chose pareille ne pourrait jamais arriver à Shanghai», la métropole éloignée d'environ 150 km, a déclaré à l'AFP un riverain sous couvert de l'anonymat.

«Cela faisait six mois que nous nous plaignions de la pollution, mais ce n'est qu'en protestant qu'on nous a accordé de l'attention», selon un autre habitant.

La mairie de Haining a indiqué dans un communiqué avoir «ordonné à l'entreprise de suspendre sa production et de revoir les procédés de production impliquant des émissions de gaz et d'eaux usées».

Des analyses ont montré que l'usine rejetait des niveaux excessifs de fluorure, toxique à haute dose, selon la mairie.

Alors que l'environnement a longtemps a été sacrifié en Chine sur l'autel de la croissance et de l'industrialisation, les autorités de Haining ont, comme celles de Dalian, donné satisfaction aux manifestants au bout de quelques jours, tout en soulignant leur volonté de maintenir l'ordre.

À Haining, un homme a été arrêté, soupçonné d'avoir lancé des «rumeurs» sur l'internet au sujet du nombre de personnes habitant près de l'usine et qui seraient atteintes de leucémie ou d'autres cancers.

«Nous allons tout mettre en oeuvre pour préserver la stabilité et nous allons sérieusement examiner les cas de violation de la loi pendant cet incident», a averti la municipalité dans un communiqué.

Jeudi soir, les manifestants avaient fait irruption dans l'usine de Jinko Solar, au cours duquel ils ont saccagé des bureaux et renversé des véhicules avant d'être repoussés par la police. Les heurts s'étaient poursuivis au cours des soirées de vendredi et samedi.

Les déchets industriels de cette usine n'étaient pas conformes aux normes en vigueur depuis avril, selon Chen Hongming, chef adjoint du bureau des affaires environnementales de Haining, cité par l'agence Chine Nouvelle.

Le directeur financier de Jinko Solar, Zhang Longgen, a expliqué que du fluorure avait été stocké à l'extérieur de l'usine et avait pollué une rivière proche après de fortes pluies fin août.

«C'était un accident. Les monceaux de déchets n'ont pas été enlevés à temps», a déclaré M. Zhang par téléphone à l'AFP, ajoutant qu'il ne fallait pas «surréagir».

Selon un communiqué de la société, l'incident «a provoqué la panique chez les riverains, causé beaucoup d'ennuis au gouvernement local et aux salariés de la société. Nous présentons nos sincères excuses».

Jinko Solar compte, selon son site internet, plus de 10 000 employés dans des usines situées dans les provinces orientales du Jiangxi et du Zhejiang.

À Dalian, les manifestations avaient été organisées à l'aide des services de microblogging qui comptent plus de 200 millions d'utilisateurs en Chine. Bien que l'internet soit censuré dans le pays, l'explosion des médias sociaux y rend désormais la circulation des informations -ou des rumeurs- beaucoup plus difficile à contenir pour le gouvernement.