Au Québec, seulement 14 % du verre récupéré est recyclé, selon Recyc-Québec. Mais à Saint-Denis-de-Brompton, les citoyens ont fait pression pour que 100 % du verre récupéré soit recyclé. Comment cette petite municipalité a-t-elle réussi alors que la province fait bien piètre figure ?

Mis à jour le 30 janv. 2019
JEAN-THOMAS LÉVEILLÉ LA PRESSE

La benne à verre de l'hôtel de ville est l'un des secrets les moins bien gardés en Estrie : on vient de l'extérieur de cette petite municipalité située en périphérie de Sherbrooke pour y déposer bouteilles de vin, pots de confiture et autres contenants de verre.

Et pour cause : ici, à Saint-Denis-de-Brompton, on sait que le verre sera réellement recyclé, contrairement à ce qui arriverait si ces contenants étaient déposés dans le bac de recyclage.

Toutes les deux semaines, depuis 2015, un camion vient chercher la benne et l'apporte à l'entreprise 2M Ressources, à Saint-Jean-sur-Richelieu, qui conditionne le verre pour la fonderie Owens Illinois, à Montréal.

Plus de 150 tonnes de verre ont ainsi pu être fondues pour fabriquer de nouveaux contenants.

Le maire Jean-Luc Beauchemin dit avoir été surpris par l'engouement pour cette initiative, née de « pressions citoyennes » et inspirée de ses années passées en Nouvelle-Écosse, où il a fait l'expérience des dépôts volontaires pour récupérer le verre.

L'opération se fait à coût nul, puisque la municipalité régionale de comté (MRC) rembourse à Saint-Denis-de-Brompton le coût du transport, au même titre que pour la cueillette sélective.

La mesure, dont il existe aussi des variantes dans une petite dizaine de municipalités au Québec, pourrait être mise en place partout dans la province, croit le maire Beauchemin.

« On a la preuve que ça fonctionne ! », s'exclame-t-il, en ajoutant être déjà passé « à la prochaine étape » : chercher à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) générées par le transport du verre récupéré.

Il rêve de voir d'autres municipalités lui emboîter le pas, ce qui permettrait de « centraliser » le transport : moins de camions, mais plus gros.

Du verre de grande qualité

« La pratique est excellente en soi », confirme le directeur général de 2M Ressources, David Rousseau, qui ne « fermerait pas les portes » à d'autres projets du genre.

Car la qualité du verre provenant de la benne de Saint-Denis-de-Brompton est excellente, atteste-t-il : « Il est 100 % utilisable, il y a zéro contamination. »

Mais « le volume n'y est pas », regrette l'industriel, ce qui force son entreprise à s'approvisionner en verre usagé aux États-Unis, notamment dans le Maine, où il y a une collecte séparée pour le verre.

Au Québec, seulement 14 % du verre récupéré est recyclé, selon Recyc-Québec, et pas forcément pour en faire à nouveau du verre, car le verre provenant des centres de tri est généralement trop contaminé par d'autres matières pour être utilisable.

« Si la qualité était meilleure, 100 % du verre récupéré [au Québec] pourrait être conditionné et recyclé », certifie David Rousseau, sans se prononcer pour une méthode de collecte en particulier.

À l'heure actuelle, la fonderie Owens Illinois incorpore de « 35 % à 50 % de matières recyclables » dans sa production, explique M. Rousseau, mais « ils seraient capables d'en prendre entre 70 % et 80 % ».

L'initiative de Saint-Denis-de-Brompton « démontre qu'il y a des municipalités qui se prennent en main concrètement sur le plan environnemental et qui ont compris que le verre dans le bac [de recyclage] finit au dépotoir », estime le directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, Karel Ménard.

Il estime que les dépôts volontaires, ainsi que la consigne, font partie d'un « cocktail de solutions » qui représentent « la solution » pour améliorer le recyclage du verre au Québec.

Photo Hugo-Sébastien Aubert, La Presse

La qualité du verre provenant de la benne de Saint-Denis-de-Brompton est excellente : « Il est 100 % utilisable, il y a zéro contamination », explique le directeur général de 2M Ressources, David Rousseau.