La plupart des industries canadiennes ont réduit leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) en 2010, selon un rapport gouvernemental publié hier. Mais cette performance a été en partie éclipsée par l'exploitation toujours croissante des sables bitumineux.

Martin Croteau LA PRESSE

Comme La Presse l'a rapporté hier, le ministre de l'Environnement, Peter Kent, a annoncé que les émissions totales du Canada ont grimpé de 0,25% en 2010 pour s'établir à 692 mégatonnes. Pendant la même année, l'économie a crû de 3,2%.

«Nous avons réussi à séparer le lien entre la croissance économique et la croissance des émissions», a souligné le ministre Kent en entrevue avec La Presse.

Les améliorations les plus importantes ont été constatées dans le secteur du transport, principale source de GES au pays. Les nouvelles normes pour les véhicules, adoptées de concert avec le gouvernement américain, devraient se traduire par une réduction de 20% des émissions de GES dans ce secteur d'ici à 2017, selon M. Kent.

La fermeture de centrales électriques au charbon en Ontario a également contribué à réduire les émissions. Ottawa compte aussi imposer de nouvelles normes pour encadrer cette manière de produire l'électricité. Toutefois, ces progrès ont été en partie annulés par l'expansion fulgurante de l'industrie des sables bitumineux. Selon l'Association canadienne des producteurs de pétrole (ACPP), les émissions de cette industrie ont crû de 14% pour s'établir à 46 mégatonnes en 2010.

L'industrie des sables bitumineux est donc à l'origine de 6,6% des émissions canadiennes de GES. Et selon les projections de l'ACPP, la production de cette ressource est appelée à doubler d'ici à 2025.

«Si la production double, nous devons nous assurer que les émissions ne doublent pas elles aussi, convient le ministre Kent. Les représentants de l'industrie sont engagés de manière constructive avec nous.»

M. Kent souhaite que l'industrie joue un rôle actif pour réduire la pollution. Il mise sur des avancées technologiques et sur des pratiques plus efficaces pour y arriver.

Trop peu pour l'opposition

Mais cette approche est insuffisante pour les partis de l'opposition, qui réclament des règles plus strictes pour encadrer l'exploitation des sables bitumineux.

«Malgré une promesse du gouvernement de réglementer les émissions de ce secteur, nous n'avons vu aucune action, dénonce la critique néo-démocrate en matière d'environnement, Megan Leslie. Nous n'avons même pas vu l'ébauche d'un plan.»

Le député libéral Stéphane Dion, qui a fait campagne en 2008 sur la promesse d'imposer une taxe sur le carbone, estime que le gouvernement doit adopter des mesures plus musclées s'il souhaite lutter contre les changements climatiques.

«Depuis l'an 2000, nos émissions ne croissent pas vraiment au Canada, elles vont plutôt en dents de scie. Ce qu'on n'obtient pas, c'est une décroissance parce qu'on n'a pas de politique climatique sérieuse de la part du gouvernement conservateur.»