L'exploitation du gaz de schiste est une activité qui présente des risques «élevés» et qui menace d'autres industries, comme l'agriculture et le tourisme.

Charles Côté LA PRESSE

C'est ce qu'a déclaré hier la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, après s'être adressée aux membres de l'Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ), réunis à Montréal pour leur congrès annuel.

« Je suis allée en Pennsylvanie, a dit la ministre en point de presse. J'ai vu qu'avec les technologies disponibles actuellement, c'est une industrie à haut risque. Le gaz de schiste au Québec est en territoire habité où le tourisme et l'agriculture sont très importants. »

« Faire preuve d'ouverture »

Le ton était moins tranchant quelques minutes auparavant, devant le congrès de l'APGQ.

« Le nouveau gouvernement veut faire de l'exploitation des ressources naturelles un succès collectif, a-t-elle dit. Chacun a un rôle à jouer. »

« L'industrie et les citoyens devront faire preuve d'ouverture. Mon rôle comme ministre des Ressources naturelles est de renforcer le dialogue. »

Au sujet du gaz de schiste, elle a affirmé que « ce dossier illustre très bien la nécessité de travailler différemment ».

Le président de l'APGQ, Lucien Bouchard, a aussitôt réagi aux propos de Mme Ouellet en les qualifiant de « très encourageants ». « C'est un appel à un dialogue franc, ouvert et soutenu, a-t-il dit. Nous répondons oui à cette invitation. J'ai très bien perçu dans l'attitude l'intention d'aborder ces questions de front. »

La ministre Ouellet s'est en outre gardée de se prononcer sur l'Évaluation environnementale stratégique (EES) de l'industrie du gaz de schiste, qui est en cours. « Mon collègue [Daniel Breton] ministre du Développement durable, de l'Environnement, des Parcs et de la Faune sera interpellé », a-t-elle dit.

Selon ce qu'a appris La Presse, les travaux du comité de l'EES se poursuivent normalement, malgré les critiques formulées à son endroit par le ministre Breton.

De son côté, Lucien Bouchard affirme que l'industrie « mise beaucoup sur le fait qu'il y ait une analyse scientifique et indépendante, de façon à avoir une lecture commune des faits ».

Pétrole: trois études

La ministre Ouellet s'est montrée beaucoup plus favorable aux projets pétroliers. « Le pétrole québécois pourrait devenir une source d'enrichissement collectif, a-t-elle dit. Notre gouvernement est tout à fait ouvert, mais il est nécessaire de documenter l'ensemble des impacts. Nous croyons nécessaire de procéder à des analyses distinctes pour la Gaspésie, le Golfe et Anticosti. »

Même si la réduction des gaz à effet de serre est une priorité de la future politique énergétique du Québec, « les énergies fossiles seront encore nécessaires pour un certain temps », affirme Mme Ouellet.

La revanche des « pets de vaches ? » 

Est-ce la revanche des «pets de vache» ? La transformation de résidus agricoles en biogaz pourrait couvrir près du quart de la consommation actuelle de gaz naturel au Québec, tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre.

C'est ce qu'a affirmé Éric Camirand, de l'Association québécoise des producteurs d'énergie renouvelable, au congrès de l'APGQ. «Avec le potentiel agricole de biogaz, on pourrait produire 1,3 milliard de mètres cubes de gaz et donc déplacer 24% du volume québécois», a précisé M. Camirand.

Le biogaz est produit avec l'aide de bactéries qui digèrent les déjections animales dans des réservoirs hermétiques. Cela a l'avantage d'éliminer les odeurs et les agents pathogènes.

Le principal obstacle à la production de biogaz est son coût, qui peut atteindre 17$ par gigajoule - ce qui est cinq fois plus cher que le cours actuel du gaz naturel. La création d'un crédit carbone pourrait cependant changer la donne, affirme M. Camirand.