Les forages gaziers posent peu de risques à long terme, contrairement à ce qu'affirmait récemment l'ingénieur et géologue Marc Durand, selon Jean-Yves Chatellier, géologue principal de Talisman.

Charles Côté LA PRESSE

«On veut répondre à M. Durand, qui pose d'excellentes questions, parce que les réponses ne se trouvent pas toutes dans la documentation scientifique au Québec», a affirmé M. Chatellier à La Presse.

Géologue pétrolier depuis 30 ans, M. Chatellier est un spécialiste des failles souterraines et des sédiments, comme le shale d'Utica, qui contient le gisement gazier au Québec. Il est vice-président du comité scientifique de l'Association américaine des géologues pétroliers.

«Le point le plus important est l'imperméabilité de la couche au-dessus de l'Utica, qu'on appelle le shale de Lorraine, dit-il. Il est étanche et ne fracture pas.»

M. Durand avait affirmé qu'on ne connaissait pas suffisamment le sous-sol québécois pour dire que l'eau souterraine ne pourrait pas être contaminée par l'intermédiaire des failles naturelles.

Au sujet de l'état des connaissances, M. Chatellier ne contredit pas M. Durand. «C'est vrai qu'on ne connaît pas tout, mais on commence à comprendre l'existence de ces zones possibles de migration», dit-il.

«Il y a quelques grandes failles qu'on connaît et il y a des passages naturels de gaz qui existent aujourd'hui.»

«Si on touche une de ces failles en forant, on a un gas kick et on doit intervenir très rapidement pour cimenter cet endroit.»

Il y a deux façons d'en savoir plus sur le sous-sol: faire de la sismologie en trois dimensions et faire d'autres forages. Deux entreprises coûteuses que seule l'industrie peut mener à terme.

Durabilité des puits

M. Durand soulevait aussi des doutes sur la durabilité des puits. Il affirmait qu'ils pouvaient représenter un risque sur un horizon de plusieurs décennies, alors que les entreprises gazières seraient depuis longtemps disparues et leur responsabilité effacée.

À cet égard, M. Chatellier n'offre pas de données précises, bien que des centaines de milliers de puits pétroliers et gaziers aient été abandonnés sur le continent.

Cependant, il affirme que les conditions pouvant entraîner une corrosion ne sont pas réunies dans le sous-sol québécois. «Il n'y a pas d'eau mobile dans l'Utica et le Lorraine, sauf parfois le long de failles, dit-il. Il n'y pas d'oxygène non plus. Alors, pour la corrosion, on n'a pas les éléments. Et il n'y pas non plus de sulfure d'hydrogène (H2S), qui est très corrosif.»

«Il faut que le ciment soit bien fait, dit-il. Si on a du bon ciment, le puits peut rester intègre pendant des décennies. On a des puits en Alberta qui résistent depuis 80 ans même s'il y a du H2S.»

Enfin, sur un autre sujet de préoccupation de M. Durand, la migration du gaz après la fermeture des puits, M. Chatelier affirme que les quantités seraient négligeables. «On cimente le puits quand il n'y a plus de pression, dit-il. Il n'y a plus de gaz qui va sortir.»