Partout dans le monde, les investissements dans les énergies vertes et les technologies propres sont à la hausse. Au Québec ? Avec la fin des investissements d'Hydro-Québec dans de nouvelles centrales et le programme de développement de l'énergie éolienne qui s'achève, c'est plutôt la disette.

Hélène Baril LA PRESSE

Les nouvelles formes d'énergie verte, que ce soit le solaire, les biocarburants ou la biomasse, tardent à attirer les investissements, reconnaît Jean-François Samray, le président-directeur général de l'Association québécoise de la production d'énergie renouvelable (AQPER).

« On est dans une situation où, jusqu'à tout récemment, les pré-conditions n'étaient pas réunies pour percer le marché, explique-t-il. Si tu ne mets pas en place les politiques appropriées, il n'y a rien qui se fait. »

Il donne l'exemple de la production de biocarburants, qui, malgré des projets jugés prometteurs comme celui d'Enerkem, à Varennes, ne se développe pas.

« Le taux de pénétration des nouvelles énergies renouvelables, qui tient compte de tout à l'exception de l'hydroélectricité, n'est que de 10 % au Québec, alors qu'il dépasse 40 % dans plusieurs pays d'Europe. »

C'est sur le point de changer, cependant, avec la loi qui exige une teneur minimale d'énergie renouvelable dans les produits pétroliers. « Ce secteur-là va devenir important », prédit-il.

Il souligne aussi que le Québec s'est doté d'une nouvelle politique énergétique, d'un organisme chargé de la mettre en oeuvre, Transition énergétique Québec, et de différents programmes susceptibles d'accélérer les investissements dans les énergies renouvelables.

Cette semaine encore, par exemple, le gouvernement du Québec a lancé un plan d'action pour le développement et la croissance des technologies propres. L'objectif : augmenter de 20 % l'adoption de technologies propres. 

Le problème : on n'a aucune idée précise du point de départ et de l'évolution récente des investissements dans les technologies propres, parce qu'il n'existe pas de statistiques à ce sujet.

Top 5 ou dernier de classe ?

Le Québec répond à 37 % de ses besoins totaux en énergie avec de l'hydroélectricité, une source d'énergie renouvelable. C'est beaucoup plus qu'ailleurs dans le monde.

« Partout où je vais, je constate que le Québec est dans le top 5 des pays de la planète quant à la place occupée par l'énergie renouvelable », dit le président de l'AQPER.

C'est surtout grâce à ses ressources hydrauliques que le Québec peut occuper cette place enviable. Mais si l'on fait abstraction des investissements annuels d'Hydro-Québec qui éclaire, chauffe et, dans une moindre mesure, nourrit (serres) et transporte (voitures électriques) les Québécois, les autres formes d'énergie renouvelable occupent une place très modeste dans le bilan énergétique.

Et elles ne sont pas en croissance, estime Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie à HEC Montréal.

Rattrapage solaire

Un peu partout dans le monde, le boom des énergies renouvelables est dû à l'énergie éolienne et surtout aux panneaux solaires, dont le prix a baissé et la performance s'est améliorée.

Le Québec a été timide dans l'adoption des éoliennes, limitées à 10 % de la capacité du réseau d'Hydro-Québec, et plutôt absent de la révolution solaire.

Le prix relativement bas de l'électricité d'Hydro-Québec a freiné la pénétration de ces deux formes d'énergie renouvelable.

Près de 2 cents: coût moyen de production d'Hydro-Québec pour un kilowattheure

Moins de 8 cents: prix de vente moyen dans le secteur résidentiel pour un kilowattheure

C'est aussi sur le point de changer, de l'avis même d'Hydro-Québec, qui prévoit que le coût de l'électricité générée par des panneaux solaires sera comparable à celui de son énergie en 2023.

Selon Jean-François Samray, le Québec est sur le point de voir éclore une diversité de sources d'énergie renouvelable sur son territoire. 

« Les besoins vont augmenter, notamment pour la climatisation, et comme les centrales hydroélectriques les plus économiques ont déjà été aménagées, il y aura plus de place pour les autres formes d'énergie et la production décentralisée. »

QUELQUES INVESTISSEMENTS PROJETÉS OU RÉCENTS

BIOCARBURANT

Une coentreprise formée d'Ensyn Bioénergie, Produits forestiers Arbec et Rémabec veut produire 40 millions de litres de mazout renouvelable par année à partir des résidus forestiers. Il s'agit d'un projet de 100 millions de dollars appuyé par les gouvernements fédéral et provincial.

CONSOMMATION ZÉRO

Le détaillant Simons a ouvert cette année à Québec un premier magasin au bilan carbone nul, grâce à l'installation de 27 puits géothermiques et plus de 1000 panneaux solaires dans le stationnement et sur le toit de l'établissement. Le magasin peut produire autant d'énergie qu'il en consomme.

BIOMÉTHANISATION

La Ville de Saint-Hyacinthe a investi 80 millions, avec l'aide des gouvernements fédéral et provincial, dans une usine qui transforme les déchets organiques en gaz naturel renouvelable. Le gaz est injecté dans le réseau d'Énergir (Gaz Métro), qui le vend à ses clients. Certains d'entre eux, comme L'Oréal, acceptent de payer le gaz plus cher pour encourager cette initiative.