En dépit des discours et des professions de foi, les énergies fossiles continuent de dominer le paysage énergétique mondial, et chaque année qui passe nous éloigne un peu plus de l'objectif de stabiliser le climat. C'est l'avertissement, nouveaux chiffres à l'appui, que lance l'Agence internationale de l'énergie (AIE) dans son nouveau rapport intitulé Tracking Clean Energy Progress.

Mis à jour le 18 avr. 2013
Charles Côté LA PRESSE

Toujours autant de carbone par unité d'énergie

Le constat est navrant: la production d'énergie implique toujours autant d'émissions de gaz à effet de serre (GES) qu'il y a 40 ans, comme le montre un tout nouvel indice créé par l'AIE. Cette ligne presque droite doit pourtant s'infléchir fortement vers le bas si on souhaite stabiliser le réchauffement à 2 oC. La poursuite des politiques actuelles nous pousse vers un réchauffement de 6 degrés Celsius.

L'électricité fait une percée sur les routes

Rare point positif, les ventes de véhicules hybrides continuent d'augmenter et ont franchi le million d'unités en 2012, après une augmentation de 43 %. Cependant, pour stabiliser le réchauffement du à 2 degrés Celsius, les ventes doivent continuer d'augmenter de 50 % chaque année d'ici 2020. Et celles des véhicules totalement électriques doivent afficher une hausse annuelle de 80 %.

Nombre de véhicules électriques

Actuel        Requis en 2020

180 000      20 000 000

Retour en force du charbon

Les centrales au charbon se multiplient en Inde et en Chine, et l'usage du charbon croît même en Europe, signale l'AIE. Pire: la moitié des centrales construites en 2011 utilisent des technologies inefficaces et désuètes. Le rythme de croissance actuel dans ce secteur nous éloigne rapidement de la cible de stabilisation du climat à 2 degrés Celsius de réchauffement et nous entraîne même au-delà d'un réchauffement de 6 degrés Celsius. La clé pour infléchir la tendance: freiner les émissions par une taxe carbone ou un système de plafond et d'échange des émissions.

Pas de salut nucléaire en vue

Bien que controversée, l'énergie nucléaire demeure la seule capable de fournir de grandes quantités d'électricité sans émettre de gaz carbonique. Malgré une relative relance de l'industrie, avec un premier chantier en 30 ans aux États-Unis, la capacité prévue des centrales en 2025 ne remplit que 15 % à 32 % de l'objectif en fonction de limiter le réchauffement à 2 degrés Celsius.

La capture et la séquestration de carbone en panne

La technologie est censée nous protéger d'un réchauffement dangereux tout en nous permettant de continuer d'utiliser les carburants fossiles. L'idée est simple: capturer le gaz carbonique et l'injecter profondément dans le sous-sol. Mais les investissements en capture et séquestration de carbone sont largement insuffisants, et les projets d'envergure industrielle demeurent rarissimes. Les installations existantes et celles qui sont prévues d'ici 2020 ne comblent que 25 % des besoins pour stabiliser le climat à un réchauffement de 2 degrés Celsius.