On n'a jamais observé aussi peu de glace dans l'océan Arctique, selon les plus récentes observations de la NASA. La banquise totalise moins de 4,17 millions de kilomètres carrés, ce qui égale le précédent record établi le 18 septembre 2007.

Charles Côté LA PRESSE

Mais il reste encore deux ou trois semaines de fonte, et le record de 2007 pourrait être fracassé.

«Il est possible que nous tombions sous les 3 millions [de kilomètres carrés]», a indiqué en conférence téléphonique Claire Parkinson, climatologue de la NASA affiliée au Goddard Space Flight Center, au Maryland.

Les observateurs savaient depuis le début du mois d'août que l'année 2012 serait exceptionnelle. Une tempête avait alors traversé l'Arctique et brisé la banquise, avant d'en éparpiller les morceaux.

Mais même une telle tempête n'aurait pas eu le même effet il y a quelques décennies.

«La tempête a précipité la fonte, mais le facteur le plus important est la minceur de la glace», a indiqué au cours de la même conférence Walt Meier, du Centre national de données sur la neige et la glace des États-Unis, rattaché à l'Université du Colorado à Boulder.

«Nous n'avons plus autant de glace pluriannuelle, elle a reculé de 50% depuis les années 80, explique M. Meier. Cette glace très épaisse peut résister à une tempête.»

«L'océan Arctique est un endroit très différent aujourd'hui, comparativement à il y a seulement quelques années», a-t-il ajouté.

Le phénomène a tendance à s'accélérer: l'eau libre absorbe en effet plus de chaleur que la glace, ce qui augmente encore la fonte.

Les relevés par satellite de la banquise n'ont commencé qu'en 1978. Mais si on se fie à des observations indirectes publiées récemment, on peut conclure que les conditions actuelles n'ont pas été observées depuis 6000 ans.

Selon les plus récentes recherches, l'accélération de la fonte de la banquise ne peut être attribuée à aucun autre facteur que le réchauffement climatique causé par l'activité humaine.

De plus, selon des hypothèses qui feront l'objet de recherches au cours des prochaines années, la diminution de la banquise et le réchauffement accéléré de l'Arctique pourraient rendre le climat beaucoup moins stable dans tout l'hémisphère Nord. En effet, la différence de température entre les pôles et les tropiques produit les courants-jets, qui influencent la trajectoire des systèmes météorologiques.

«L'atmosphère est en train de perdre son réfrigérant, et l'équilibre entre l'Arctique et les tropiques est touché, affirme M. Meier. Il y a des recherches là-dessus, mais il en faudra plus.»