«Nous avons fait la meilleure étude au monde sur la toxicité des organismes génétiquement modifiés.»

Mathieu Perreault LA PRESSE

Gilles-Éric Séralini persiste et signe. Le biologiste de l'Université de Caen, dont l'étude liant les organismes génétiquement modifiés (OGM) au cancer a suscité la controverse l'automne dernier, n'est pas ébranlé par la pluie de critiques qu'il a reçues de la part de chercheurs et des autorités réglementaires d'une dizaine de pays occidentaux.

Au contraire. «Il y a laxisme ou malhonnêteté dans ceux qui critiquent mes résultats, alors qu'ils ne disent rien sur les résultats des études menées par les fabricants des OGM et des pesticides», a-t-il expliqué hier dans un restaurant du quartier Ahuntsic, à la veille d'une conférence qu'il donne ce midi au pavillon des sciences biologiques de l'Université du Québec à Montréal. «Ils ne disent rien parce que ces résultats sont secrets, même s'ils ont été déposés aux comités gouvernementaux d'approbation. Et souvent parce que ce sont eux-mêmes qui siègent à ces comités.»

Avec sept autres chercheurs, M. Séralini a suivi 200 rats pendant deux ans - ce qui correspond à leur espérance de vie normale. Ils ont observé que les rats nourris de moulée faite de maïs génétiquement modifié souffraient et mouraient davantage du cancer que les rats nourris à la moulée sans OGM. Il a fait part de ses travaux dans la revue Food and Chemical Toxicology, dans un livre et dans un documentaire.

Il a reçu de nombreuses critiques méthodologiques. On lui reproche notamment de ne pas avoir rendu toutes ses données publiques, comme c'est l'usage. «Je le ferai quand les données de Monsanto seront publiques», dit-il. Monsanto est le fabricant du maïs et du pesticide Roundup, auquel cet OGM résiste.

En ce qui concerne les critiques techniques sur la méthode statistique qui lui a permis de conclure que les OGM et le Roundup favorisent le cancer, M. Séralini explique que la complexité des données recueillies requérait une analyse différente des autres études montrant le potentiel cancérigène de substances. Cette méthode, précise-t-il, est toute nouvelle - à peine deux ans.

Dans son livre Tous cobayes! , le biologiste normand affirme que la pollution, notamment celle causée par l'industrie agroalimentaire, est à elle seule responsable de l'augmentation du nombre de maladies chroniques et de cancers au cours des dernières décennies. Selon lui, les polluants créent des «maladies de la communication cellulaire».

Quand La Presse lui a demandé une étude de référence à ce sujet, il a expliqué qu'il y en a beaucoup, mais qu'aucune méta-analyse ne fait le point sur la question.

Pourquoi n'a-t-il pas publié lui-même une telle méta-analyse dans une revue scientifique, au lieu de le faire dans un livre populaire, sans évaluation par les pairs? «J'ai été très occupé avec mon étude», a-t-il répondu.