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Le domaine skiable des Cantons-de-l'Est en baisse de 20 à 30% d'ici 2050

Les changements climatiques font frémir les adeptes de sports de glisse. Le consortium Ouranos a étudié la question pour prédire les conséquences du dérèglement sur la pratique du ski d'ici 2050. Si les amateurs n'ont pas à craindre la disparition de leur activité, les stations devront néanmoins s'adapter aux saisons plus courtes, à la neige naturelle moins abondante et aux pluies plus fréquentes. Explications.

« Le milieu se mobilise »

La température de la province s'est réchauffée de 1 à 3 °C durant les 40 dernières années, avec une variation plus importante l'hiver, selon les études d'Ouranos, consortium d'experts sur les changements climatiques. Les stations de ski alpin sont particulièrement touchées par le climat. « Le milieu se mobilise, c'est une question de plus en plus criante », explique Laurent Da Silva, directeur du projet chez Ouranos. C'est en réponse aux préoccupations des différents acteurs de l'industrie, et avec leur concours, qu'Ouranos a réalisé son Analyse économique des mesures d'adaptation aux changements climatiques appliquée au secteur du ski alpin au Québec. Trois stations des Cantons-de-l'Est ont été étudiées, soit Bromont Montagne d'expériences, Mont-Orford et Mont Sutton. La région est l'une des destinations de ski alpin les plus importantes de la province. « On va pouvoir reprendre le modèle » pour d'autres régions, précise Yves Juneau, président-directeur général de l'Association des stations de ski du Québec.

Grande variabilité

Le froid et les premières neiges se font de plus en plus attendre au début de l'hiver. Le Québec connaît aussi une augmentation de la fréquence des redoux. D'ici à 2050, dans les Cantons-de-l'Est, le domaine skiable pourrait subir une baisse de 20 à 30 %. La station de Sutton, par exemple, reçoit près de 500 cm de neige par année en ce moment, mais ce chiffre pourrait fondre d'environ 15 % dans les 30 prochaines années. La région pourrait recevoir environ 130 mm de pluie hivernale supplémentaire d'ici trois décennies. Au fil des ans, on constate aussi une grande variabilité de la météo. « On a eu des hivers qui nous ont ouvert un peu les yeux, qui donnaient une référence climatique, comme 2015-2016, qui a accéléré le processus d'adaptation de l'industrie », explique M. Da Silva.

Optimiser la fabrication de neige

« Il faut être capable de frapper plus rapidement sur une plus courte période, avec un produit de qualité », expose Jean-Michel Ryan, président directeur de Mont Sutton et président du C.A. de Tourisme Cantons-de-l'Est. Pour ce faire, l'étude d'Ouranos avance plusieurs pistes, proposant notamment d'« optimiser » les pratiques de fabrication de neige, tout en précisant que ce n'est pas l'unique approche. Pour l'instant, l'organisme ne s'est pas penché sur l'impact environnemental de la fabrication de neige en plus grande quantité, qui requiert beaucoup d'eau et d'énergie. « Chaque solution va avoir ses implications environnementales », nuance M. Da Silva. Selon Charles Désourdy, président de Bromont Montagne d'expériences, les technologies ont beaucoup aidé à rendre la neige fabriquée de meilleure qualité. Il semble cependant nécessaire d'augmenter les capacités d'enneigement et, dans certains cas, de moderniser les installations. Il sera toutefois difficile pour les stations de ski d'assumer seules les risques financiers liés aux transformations nécessaires, souligne l'analyse.

Skier en été

Pour attirer les gens à la montagne hors de la saison de ski, il faut aussi diversifier l'offre sur toute l'année. L'une des solutions avancées par Ouranos pour Bromont est d'aménager une piste de ski synthétique, hors saison, sur le mont Soleil. « C'est très développé au Royaume-Uni », assure M. Juneau, dont l'association a ouvert une piste de ski sèche en 2017 pour initier les petits à ce sport, hors saison. À Bromont, l'idée n'est pas écartée, mais ce n'est pas la première retenue. M. Désourdy admet que, même si la station a la chance d'avoir une offre diversifiée tout au long de l'année, il est « difficile de trouver des activités rentables ». Le développement du vélo de montagne au Mont Sutton et l'allongement des heures d'ouverture des pistes de ski au Mont-Orford - grâce à un système d'éclairage - sont aussi avancés.

Une occasion pour le Québec

En Ontario et dans le nord-est des États-Unis, les changements climatiques pourraient avoir des effets dévastateurs pour l'industrie. La proportion du domaine skiable ouvert plus de 100 jours - le chiffre référence de la rentabilité - baisserait à moins de 40 % en Ontario et à moins de 60 % en Nouvelle-Angleterre, selon une étude citée par Ouranos. Les stations de ski du Québec pourraient en profiter. Les pistes plus au nord pourraient aussi bénéficier des changements climatiques. « Il pourrait y avoir des stations plus au nord qui constatent qu'elles sont en bonne posture pour bénéficier des changements de comportement de la clientèle », estime M. Juneau. Pour lui, les premiers signes ne mentent pas : des régions vont se repositionner. « Le Club Med au Massif, ce n'est pas étranger au fait que les températures sont généralement moins froides maintenant en hiver », avance-t-il.

Une question d'investissements

Une famille qui loue un chalet dans les Cantons-de-l'Est pour des vacances hivernales n'annulera probablement pas son séjour si les conditions de ski ne sont pas au rendez-vous. Elle dépensera pour le chalet, la nourriture, mais décidera peut-être de faire une autre activité une fois sur place. « Les stations sont souvent les seules à prendre les risques parce que c'est souvent la dernière dépense au bout », illustre M. Ryan. Pour cette raison et parce que le ski engendre des retombées économiques estimées à 800 millions au Québec, l'étude d'Ouranos souligne la nécessité pour les différentes instances d'investir dans l'industrie. « Les analyses suggèrent qu'il est difficile de rentabiliser à même la station s'il n'y a pas une vision régionale », note M. Da Silva. Le ministère du Tourisme a fait des investissements au cours des dernières années pour renforcer le tourisme hivernal. Les consultations régionales pour le prochain plan à mettre en place en 2021 ont débuté vendredi. « On va souhaiter un soutien pour l'industrie », dit M. Juneau.




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