Le Sénat américain qui barre la route au grand projet de loi sur l'énergie et le climat réclamé par le président Barack Obama, enraye les discussions internationales sur le climat à quelques mois du sommet de Cancun, au Mexique.

Shaun Tandon et Emmanuel Parissé AGENCE FRANCE-PRESSE

Ce vaste plan destiné à limiter les émissions de CO2 n'a pas recueilli assez de soutien. Le chef de la majorité démocrate Harry Reid a donc annoncé qu'il renonçait temporairement au projet contenant des normes pour l'énergie renouvelable et un système de limitation des émissions de gaz à effet de serre.

Des mesures sur l'énergie plus modestes, dont un plan anti-marée noire, seront débattues prochainement.

«Lorsque l'administration Obama ira à Cancun (en novembre), elle n'emportera pas grand chose avec elle», a remarqué Adele Morris du groupe de réflexion Brookings institution.

«Cela va changer de façon spectaculaire ce que les pays sont susceptibles de mettre sur la table à Cancun», a souligné Jake Schmidt, spécialiste des changements climatiques à l'organisation écologiste Natural Ressources Defense Council. «Cela va sérieusement limiter ce qui peut être réalisé», a-t-il déploré.

Pour Daniel Fiorino, expert en politique à l'American University, «il s'agit d'un pas en arrière», qui soulève la question de la «crédibilité» des États-Unis sur le plan international.

Toutefois Adele Morris, qui reconnaît que le sommet de Cancun ne parviendra pas aux résultats escomptés, estime qu'il «est encore tôt».

«2020 est l'objectif pour l'accord de Copenhague (signé fin 2009)», a-t-elle dit à l'AFP. «Entre maintenant et 2020, nous avons le temps de parvenir à un accord».

Mme Morris note cependant qu'il sera difficile de parvenir à cet accord avant 2012, date d'expiration du protocole de Kyoto.

Par ailleurs, certains craignent que les pays émergents comme la Chine ou l'Inde, parmi les plus gros pollueurs de la planète, se servent des difficultés rencontrées par les Américains comme prétexte pour refuser de s'engager davantage.

Pire, pour Ben Lieberman, un spécialiste de l'énergie à l'organisation conservatrice Heritage Foundation, la Chine et l'Inde n'ont «pas besoin d'excuse». Les responsables de ces pays «ont déjà fait comprendre que la croissance économique ne sera pas mise en danger par les contraintes sur les émissions de CO2 et ils ne feront que ce pour quoi les Occidentaux leur offrent des compensations».

Mme Morris reste positive en affirmant que les Chinois ou les Indiens ont d'autres préoccupations et que l'échec de la loi sur le climat au Sénat américain «n'est pas un coup mortel» pour les négociations internationales.

Mais en Inde, Arabinda Mishra du Energy and policy institute, semble corroborer la perte de crédibilité américaine sur le plan international. «Dans des pays comme l'Inde (...) le manque de progrès au niveau international devient un vrai danger pour la volonté d'agir sur ce défi vital».

Déjà en 1997, avant même la signature du protocole de Kyoto sur le climat, le Sénat américain s'était opposé à la ratification du traité par les États-Unis.

L'heure n'est pourtant pas au découragement dans l'administration Obama. «Nous allons continuer à travailler avec les sénateurs pour élaborer cette importante législation», a affirmé jeudi devant la presse la conseillère du président américain pour l'énergie et les changements climatiques Carol Browner.