Sous la pression de citoyens inquiets de l'effet des antennes-relais de téléphonie cellulaire sur la santé, les autorités de santé publique du Québec ont accepté de «procéder à un examen de la problématique».

François Cardinal LA PRESSE

Bien qu'il soutienne n'avoir «aucune inquiétude» à ce sujet, le grand patron de la Direction générale de la santé publique du Québec, Alain Poirier, a commandé une revue de la littérature afin d'approfondir la question.

 

«Nous avons récemment demandé à l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) de procéder à un examen de la problématique, en tenant compte des données de la littérature, des positions de santé publique déjà exprimées sur ce sujet», écrit-il dans une lettre adressée au collectif «Sauvons nos enfants des micro-ondes».

Le collectif, qui estime que les antennes-relais sont cancérigènes, voit cela comme un pas dans la bonne direction. Mais le ministère de la Santé précise d'emblée que la position du Québec n'a pas changé; il existe à son avis un consensus scientifique selon lequel les radiofréquences des antennes sont trop faibles pour causer des effets indésirables.

«Il n'y a aucune inquiétude à avoir avec les antennes-relais, il n'y a aucune donnée qui nous inquiète», précise la porte-parole du Ministère, Karine White.

Cette nouvelle survient au moment où le débat sur le potentiel cancérigène des champs électromagnétiques intéresse un nombre grandissant de personnes. Alors que la question fait véritablement rage en France (voir autre texte), elle commence à semer la discorde au Québec, où certains groupes réclament que l'on applique le principe de précaution. C'est le cas d'Option consommateurs, par exemple, qui a publié un dossier sur la question dans le magazine Protégez-Vous de février.

Inquiétudes

Le collectif Sauvons nos enfants des micro-ondes (SEMO) est en quelque sorte le témoin de cet intérêt grandissant. Cet organisme a été créé il y a quelques semaines, dans la foulée de la bataille menée à Terrebonne, l'an dernier, contre les antennes dissimulées dans les clochers d'église.

«Étant enseignant en électricité, je m'intéresse de près à la chose. Et ce que je vois m'inquiète, indique le fondateur du SEMO, François Therrien, que ce soit les avertissements des médecins, les cas relatés de gens qui tombent malades en raison des radiofréquences ou encore les études épidémiologiques qui font état d'une augmentation des risques de cancer à proximité des antennes.»

Foutaise, répond Ariel Fenster, chimiste et membre de l'Organisation pour la science et la société à l'Université McGill. «Les gens qui prétendent que les antennes ont un impact sur la santé sont alarmistes, croit-il. Toutes les grandes organisations internationales soutiennent qu'il n'y a aucun effet.»

Certes, ni l'Organisation mondiale de la santé ni le Centre international sur le cancer ne peuvent affirmer de façon catégorique que les radiofréquences sont totalement inoffensives. Mais cela est vrai pour presque tout ce qui nous entoure, précise M. Fenster.

«La science ne peut pas prouver la négation, explique-t-il. La science ne peut pas prouver hors de tout doute, par exemple, que le père Noël n'existe pas...»

Mobilisation

Au cours des derniers mois, certaines batailles ont été menées au Québec contre des antennes-relais, comme celle qui a eu lieu à Terrebonne, l'an dernier. À Prévost, dans les Laurentides, une pétition de plus de 500 noms a été déposée à l'hôtel de ville il y a quelques jours contre l'érection d'une antenne de Bell. À Anjou, une autre pétition a circulé cet hiver afin d'empêcher le ministère des Transport d'implanter une antenne dans un quartier résidentiel.

Preuve supplémentaire de l'intérêt que soulève cette question, un tout nouveau site web a été mis en ligne pour «présenter le point de vue scientifique» sur les champs électromagnétiques (emfandhealth.com). Piloté par le président de la Fondation du Centre des sciences de Montréal, l'ingénieur Lorne Trottier, il est réalisé en collaboration avec des professeurs de l'Université McGill, dont Ariel Fenster.

Que dit l'Association canadienne des télécommunications sans fil de tout ça? «Des recherches sont menées régulièrement, depuis des décennies, sur le sujet de la nocivité des ondes. Et elles ont conclu qu'il n'y avait pas d'effet sur la population», indique le porte-parole, Marc Choma.

Au Québec comme ailleurs au pays, c'est à Industrie Canada, avec la collaboration de Santé Canada, que revient le mandat d'encadrer l'érection d'antennes cellulaires. Les normes actuelles sont de 10 W/m2, ce que les tenants du principe de précaution jugent beaucoup trop.