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La Main au temps du cinéma

Le cinéma l'amour sur Saint-Laurent... (Photo: André Pichette, La Presse)

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Le cinéma l'amour sur Saint-Laurent

Photo: André Pichette, La Presse

Du cinéma d'auteur au porno, le boulevard Saint-Laurent fut un temps la Mecque de la salle noire à Montréal. Est-ce encore le cas?

Théâtre de la première projection cinématographique en Amérique du Nord (voir le cahier Arts), le boulevard Saint-Laurent entretient depuis plus de 100 ans des liens privilégiés avec le septième art.

Au fil du XXe siècle, la Main a abrité des dizaines de cinémas, allant des salles pornos aux centres d'art et d'essai. La plupart ont disparu depuis longtemps. Mais certains, plus mythiques que d'autres, ont laissé leur marque dans la mémoire populaire.

 

C'est le cas du Midway et du Crystal, qui s'élevaient à l'emplacement de l'actuel Club Soda. Actives dans les années 70, les deux salles concurrentes se spécialisaient dans les programmes triples de série B: films d'actions, de kung fu et de police façon Grindhouse.

Un peu plus au nord, dans la rue Milton, il y avait l'Élysée. Ouvert en 1959 sur les cendres du Melody (qui diffusait des «vues» allemandes), ce cinéma présentait des films de la nouvelle vague française. Roland Smith, du Cinéma du Parc, se souvient: «À un moment donné, ils ont joué Un homme et une femme. Le film était tellement populaire qu'ils l'ont gardé un an à l'affiche.»

Jeune homme à l'époque, M. Smith avait profité de la situation pour ouvrir le Cinéma Verdi au 5830, boulevard Saint-Laurent (où se trouve aujourd'hui une église pentecôtiste). Ce nouveau théâtre offrait un deuxième choix aux amateurs de films d'auteur. L'expérience a duré de 1966 à 1973, avant que le cinéma Parallèle de Claude Chamberlan ne reprenne le flambeau du cinéma d'art et d'essai.

D'autres salles, moins connues des «pure laine», ont aussi fait écho au caractère ethnique de la Main. Il y a 20 ans, un cinéma chinois se dressait encore en plein coeur du Quartier chinois. Dans les années 40 et 50, au nord de Rosemont, le Petit Canada diffusait des films italiens pour la communauté. Idem pour le Riviera, situé juste au nord du boulevard Métropolitain. Pour la petite histoire: cette salle avait la particularité d'appartenir à Palmina Puliafito, soeur de Vic et Frank Cotroni.

Difficile d'ignorer l'existence du Pussycat. Ouverte en 1969 au 4015, boulevard Saint-Laurent, cette salle porno a succédé au Globe (années 20 et 30) et au cinéma Hollywood (très populaire dans les années 50, 60 et 70) avant d'être remplacé par le cinéma L'Amour, qui occupe les lieux depuis plus de 25 ans. (Voir la chronique de Nathalie Petrowski dans les Arts)

Pas mort

Le boulevard Saint-Laurent, Mecque de la salle sombre? À une certaine époque, sans aucun doute. Mais les temps ont changé. Et il ne reste aujourd'hui que deux témoins de cet âge d'or. Le Cinéma L'Amour est, un des derniers cinémas pornos au Canada, alors que le Complexe Ex-Centris (fondé par Daniel Langlois en 1999) perpétue la mission «art et essai» des défunts Élysée et Verdi.

Selon Susan Bronson, présidente du regroupement des Amis du boulevard Saint-Laurent, il ne faudrait toutefois pas conclure que le milieu du cinéma y est moribond. Bien au contraire.

«C'est vrai qu'on ne montre plus beaucoup de films sur la Main, souligne Mme Bronson. Mais l'industrie elle, est loin d'être morte. De la rue Sherbrooke au quartier Mile End, on compte plusieurs compagnies qui travaillent dans le milieu du cinéma, que ce soit dans le domaine de la production, de la post-production ou des techniques multimédias.»

Près d'une vingtaine d'entreprises reliées au cinéma ont ainsi élu domicile sur le boulevard Saint-Laurent. Parmi celles-ci, le Studio Fly, Cité-Amérique, Eye Steel film, Milagro films, Trans films, Atopia, Media principia, les productions Multimonde, Ottoblix et TransFilms.

En d'autres mots, le septième art vit toujours sur la Main.

Mais d'une autre façon.

 

Quelques films qui parlent de la Main

Monica la Mitraille (Film biographique, Pierre Houle, 2004)

Comment une enfant des bas-fonds de la Main deviendra la plus grande braqueuse de son époque.

Il était une fois dans l'Est (Fiction, André Brassard, 1974)

L'univers théâtral de Michel Tremblay et André Brassard transposé au cinéma. Cabarets et travestis de la Main au premier plan.

Chez Schwartz (Documentaire, Garry Beitel, 2006)

Portrait du célèbre deli de la Main, à travers ses employés et ses clients

Vie d'Ange (Fiction, Pierre Harel, 1977)

Le «one night» d'un ro-ckeur et d'une actrice. Pour la scène au Montreal Pool Room.

Adultes avec réserves (Documentaire, Jack Zoloff et Marc Beaudet, 1962)

La faune - pas toujours fréquentable de la Main, à l'aube des années 60.

Montreal Main (Fiction, Frank Vitale, 1974)

Un photographe s'éprend d'un jeune garçon de 14 ans. Parias, junkies et artistes de la Main: le plus trash des films sur le boulevard Saint-Laurent.

Une rue de lait et de miel (Documentaire, Albert Kish, 1973)

La Main comme porte d'entrée des immigrants. Ici, plus précisément, la communauté hongroise.

La mémoire des anges (documentaire, Luc Bourdon, 2008)

L'histoire du centre-ville par ses archives cinéma. Le collage inclut environ huit minutes d'extraits portant sur le boulevard Saint-Laurent, incluant Manger de Gilles Carle (1961), Adultes avec réserves et The Price of Fire, avec sa procession de pompiers sur la Main.

Les Borges (documentaire, Marilu Mallet, 1978)

Les liens étroits entre le boulevard Saint-Laurent et la communauté portugaise.

Quartier chinois (documentaire, Bernard Devlin, 1955)

Le Quartier chinois dans les années 50. Histoire d'une immigration.

Dimanche d'Amérique (documentaire, Gilles Carle, 1961)

La Petite Italie et l'immigration italienne vues par un jeune cinéaste du nom de Gilles Carle.

 

Visitez le cinéma l'Amour!

Vous êtes souvent passé devant sans jamais oser entrer? Voici votre chance. Ce matin à 10h, les Amis du boulevard Saint-Laurent offrent une visite guidée du Cinéma l'Amour. «Peu de gens ont eu l'occasion de voir l'intérieur», explique Justin Bur, qui anime l'activité. «C'est pourtant un témoin de la belle époque du cinéma» dit-il, en soulignant que la salle date de 1914. Parler des lieux, c'est aussi parler de l'histoire de l'immigration à Montréal, ajoute M. Bur. «L'ancêtre du Cinéma L'Amour était le Globe. On y présentait des films en yiddish.» Avis aux obsédés: aucun film XXX ne sera montré pendant la visite. En revanche, le Cinéma L'Amour commence ses activités coquines dès 11h. Une visite s'effectuera en anglais, à 9h30, au 4015, boulevard Saint-Laurent.

 




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