Pour mieux prendre la mesure du rythme d'enfer qu'il s'impose pendant une saison de hockey, La Presse a suivi Vincent Bourgeois et le Junior de Montréal le temps d'un week-end en Abitibi.

Publié le 22 févr. 2009
Éric-Pierre Champagne LA PRESSE

Dernier envoiJeudi 27 novembre, 11h30. Nous arrivons à l'Auditorium de Verdun, domicile du Junior de Montréal, au moment où les joueurs viennent tout juste de terminer un entraînement sur glace avant leur départ pour Val-d'Or. Dans la chambre, l'odeur est sans équivoque. Certains n'ont pas encore atteint l'âge de la majorité, mais ce sont bien des hommes qui jouent au hockey.

Premier contact avec Vincent Bourgeois qui vient à peine de sortir de la douche. Il nous donne rendez-vous au restaurant Zappi, en face de l'aréna, où toute l'équipe se retrouve pour luncher.

13h. Les joueurs embarquent dans le bus aux couleurs du Junior. Une fois sur l'autoroute, l'entraîneur Pascal Vincent vient nous saluer. Au sujet de Vincent Bourgeois, il dira : «Lui, il est exceptionnel.»

Vincent, lui, est déjà plongé dans ses livres avant même que l'entraîneur n'avise les joueurs, à 13h30, que les deux prochaines heures seront consacrées aux études. Ils n'ont pas le droit de jouer à l'ordinateur ni d'utiliser leur téléphone cellulaire. Une dizaine de joueurs en profitent pour faire des travaux scolaires, les autres, pour la plupart, écoutent de la musique sur leur iPod. «On n'oblige personne à étudier, affirme Pascal Vincent, mais on s'assure que ceux qui veulent travailler puissent le faire sans être dérangés.»

14h10. Vincent Bourgeois relit pour la énième fois Le Monde selon Garp. Dans le cadre de son cours d'histoire littéraire, il doit comparer l'oeuvre de John Irving avec le film mettant en vedette Robin Williams dans le rôle de T.S. Garp. Il note des passages dans le livre qu'il compare avec le film qu'il visionne sur son ordinateur portable.

16h30. Deuxième période d'étude, jusqu'à 18h30, décrétée par Pascal Vincent. À notre arrivée à Val-d'Or, 2h30 plus tard, Vincent Bourgeois aura consacré plus de six heures à ses études. Il en a même profité pour rester en contact avec des collègues de classe, grâce à sa clé internet sans fil.

20h. Arrivée à l'auberge Harricana, en plein bois, à une trentaine de minutes du centre-ville de Val-d'Or.

L'entraîneur Pascal Vincent est ravi. Aucune distraction possible pour ses joueurs qui sont les seuls clients de l'établissement ce soir.

21h. Après le souper, les joueurs passent au «salon». Certains jouent aux poches, d'autres au billard. Un groupe regarde le hockey à RDS. «Hey, c'est Butch!» s'exclame l'un deux en apercevant  l'animateur Joël Bouchard, qui est aussi entraîneur adjoint, à temps partiel, pour le Junior. Vincent Bourgeois est tranquille dans son coin. Il poursuit son travail en histoire littéraire. «J'en profite pour prendre de l'avance. Tout à l'heure, après le couvre-feu, je n'aurais pas le droit de travailler à mon ordinateur.» En effet, sur le coup de 22h, les joueurs sont invités à regagner leur chambre et à laisser téléphone cellulaire et ordinateur portable à l'entraîneur adjoint Gordon Kilgallen.



Vendredi 28 novembre, 8h45. Toc, toc, toc. Les entraîneurs adjoints Gordon Kilgallen et Dominique Ducharme sont chargés de réveiller les joueurs. Ils cognent aux portes de toutes les chambres. Une porte s'ouvre. Visiblement, les joueurs dormaient tous à poings fermés. Ils ont 15 minutes pour s'habiller avant d'aller prendre leur petit déjeuner.

9h45. Direction Val-d'Or et le Centre Air Creebec où l'équipe a une séance d'entraînement matinale.

13h. Retour à l'auberge Harricana pour le lunch. Par la suite, la plupart des joueurs retournent à leur chambre jusqu'au départ pour l'aréna, à 16h30. Vincent Bourgeois peaufine son travail d'histoire littéraire dans le lobby. Mathieu Lavoie, un des rares joueurs à ne pas être dans sa chambre, regarde la télévision. On lui demande si Vincent, qui est toujours plongé dans un livre, est considéré comme un membre de l'équipe au même titre que les autres joueurs. «Vincent n'est pas différent, il est à ses affaires, il sait ce qu'il veut, tout le contraire de moi!» Le sympathique jeune homme de 19 ans est inscrit au cégep en marketing. Et visiblement, il ne sait pas trop ce qu'il veut faire en dehors du hockey.

À la blague, il dit qu'il va ouvrir un cabinet d'avocats avec Vincent. Il sera le concierge du bureau. Vincent Bourgeois, qui est maintenant dans le salon, lève un oeil amusé par-dessus son ordinateur. «Pourquoi j'aurais besoin d'un associé qui serait concierge?» demande-t-il.



19h30. Match contre les Foreurs de Val-d'Or que le Junior remporte 5-2. Vincent Bourgeois reconnaît qu'il n'a pas joué un très bon match. Il était craintif sur la patinoire pour sa première partie après avoir reçu un double-échec au visage de la part de Frédérick Roy, des Remparts de Québec, la semaine précédente. «Mais j'ai cassé la glace, c'est important.»

22h30. Les joueurs embarquent dans le bus. Direction Rouyn-Noranda et le Motel Alpin où l'équipe va passer la nuit. Le thérapeute sportif Francis Denis distribue le souper commandé chez Mikes. Ce soir, ce sera des pâtes alimentaires.



Minuit. Le bus fait un arrêt à l'aréna Dave-Keon, domicile des Huskies, où les joueurs vont déposer leur équipement dans les deux chambres réservées au Junior.

Minuit quinze. Arrivée au Motel Alpin. Personne n'a besoin de se faire prier pour aller se coucher.

Samedi 29 novembre. Après le déjeuner, à 9h45, les entraîneurs ont prévu une activité d'équipe à l'extérieur, mais il fait froid ce matin-là à Rouyn. Dès 11h, les joueurs sont finalement libérés jusqu'au départ pour l'aréna à 16h15. Vincent Bougeois en profite pour se replonger dans ses travaux tantôt dans le lobby de l'hôtel tantôt dans sa chambre où trois de ses coéquipiers écoutent de la musique ou regardent un film.

16h15. Départ pour l'aréna Dave-Keon.

18h. Toute l'équipe s'échauffe en vue du match en  joggant dans les estrades de l'aréna. Les joueurs du Junior croisent ceux des Huskies qui ont eu la même idée.

19h30. Match contre les Huskies de Rouyn-Noranda qui l'emportent 4-3 en prolongation.



22h30. Départ pour Montréal. Francis Denis distribue le souper dans le bus. Cette fois-ci, les joueurs ont droit à du St-Hubert. Par la suite, certains dorment, d'autres regardent un film sur leur ordinateur portable ou écoutent de la musique. Le journaliste de La Presse n'arrive pas à trouver une position idéale pour dormir : la nuit va être longue...

5h30. Arrivée à l'auditorium de Verdun. Un des chauffeurs de taxi qui est déjà sur place est tout excité de voir les joueurs du Junior de Montréal. Il demande où sont Jake Allen, Angelo Esposito, Vincent Bourgeois... Mais les joueurs n'ont pas vraiment la tête à signer des autographes, ils veulent rapidement déposer leur équipement à l'aréna et filer à la maison. Vincent Bourgeois, lui, a une grosse semaine en vue : la fin de session approche.