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Le «coup d'État» est un bon coup... pour Charest

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Depuis une semaine, les efforts des chefs du PQ et de l'ADQ sont autant de coups d'épée dans l'eau. Les électeurs ont décroché du débat québécois, et Jean Charest vogue vers une victoire facile.

Photo: Patrice Laroche

Les bulletins d'information sont remplis de politiciens fédéraux qui vocifèrent. Les professeurs de droit constitutionnel se suivent et se contredisent. Dans le tumulte généralisé, l'autocar électoral de Jean Charest fonce, sous les radars, vers une confortable victoire.

Rien ne pouvait faire plus plaisir à Jean Charest qu'une dernière semaine de débat frénétique... loin de la campagne électorale. Passer sous les radars quand l'intérêt des auditeurs est mobilisé ailleurs, Bernard Landry l'avait essayé en déclenchant les élections de 2003, quand tout le monde avait les yeux sur Saddam Hussein. Pour Jean Charest, l'enjeu est bien différent. Au sortir du débat télévisé des chefs, la bonne performance de Pauline Marois avait galvanisé les troupes péquistes. Mario Dumont aussi avait marqué des points et pouvait espérer renverser, modestement, la vapeur, alors qu'il restait 13 jours avant que les Québécois se rendent aux urnes.

Or, depuis une semaine, les efforts des chefs du PQ et de l'ADQ sont autant de coups d'épée dans l'eau. Les électeurs ont décroché du débat québécois, et seuls les plus récents rebondissements aux Communes mobilisent l'attention. Surtout, la pagaille sans précédent qui sévit autour du parlement à Ottawa est un puissant argument en faveur d'un gouvernement majoritaire.

D'où la stratégie clairement défensive du chef libéral. On vise à rééditer les résultats de 2003, où le PLQ avait décroché 46 % des voix contre 33 % pour les péquistes. Cela s'était traduit par une majorité confortable, 76 sièges contre 45. L'ADQ s'était ramassé à quatre députés – on n'aura probablement pas besoin de deux mains pour les compter lundi.

Jean Charest évite soigneusement de spéculer sur l'issue du bras de fer à Ottawa. Il se dit même prêt à travailler avec Stéphane Dion. En coulisse, l'ancien chef conservateur comprend bien la dynamique qui s'est installée à l'Édifice Langevin, le centre nerveux du gouvernement à Ottawa – les conseillers qui comptent désormais dans l'entourage de Stephen Harper viennent bien davantage du Reform. Les «conservateurs» plus pragmatiques et modérés de l'époque Mulroney font office de figurants. Depuis une semaine, Jean Charest n'a rien dit, s'est contenté d'expliquer du bout des lèvres que les politiciens fédéraux devraient vite s'occuper de la crise économique.

L'agenda de décembre se dessine rapidement ; le Conseil des ministres sera formé rapidement. On comptera autant de femmes que d'hommes, comme en 2007, mais on ajoutera quelques postes aux 18 limousines. L'Assemblée nationale, qui devait rentrer au travail le 13 janvier, attendra quelques semaines de plus – une excuse est déjà toute trouvée avec un budget fédéral le 27 janvier.

Un «coup d'État»... sans État

Pour Pauline Marois, l'adhésion de Gilles Duceppe à la coalition est un couteau à deux tranchants. Les souverainistes orthodoxes ont dû écarquiller les yeux quand ils ont vu Duceppe assis à côté de Stéphane Dion, le père de la Loi sur la clarté référendaire.

L'insistance de Stephen Harper à taper sur le clou du loup «séparatiste» dans la bergerie peut galvaniser le sentiment nationaliste au Québec – l'appui au Bloc était bien plus large que le bassin souverainiste, le 14 octobre.

Il est bon aussi pour le PQ que le Canada anglais hausse de ton. Les électeurs de l'Alberta croient avoir la berlue quand ils voient Duceppe, Dion et Layton, trois politiciens nés au Québec, détourner le gouvernement conservateur qu'ils ont plébiscité il y a un mois.

Mais on est encore loin du fleurdelisé piétiné à Brockville, durant la fièvre de Meech. Pour allumer l'incendie, le mouvement souverainiste devrait aller dans la surenchère ; envoyer Jacques Parizeau faire la chambre de commerce de Calgary !

En revanche, toute cette saga fédérale force aussi Mme Marois à rebrasser le discours souverainiste durant sa campagne. Rien de bien alléchant pour les nationalistes modérés, que doit aller chercher le PQ pour sortir de son ornière des 30 %.

Mario Dumont, dans tout ça, s'en est bien sorti. Les militants péquistes doivent se pincer quand ils voient MM. Duceppe et Dion côte à côte, a-t-il rappelé. Mais pour bien des électeurs, l'automne dernier, M. Dion était le seul à appuyer avec enthousiasme Stephen Harper qui s'est révélé plus dogmatique et intransigeant que prévu. Mario Dumont a beau dire que son poulain «a dérapé», il est depuis longtemps intimement lié aux conservateurs dans l'esprit des Québécois.




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