Au centre d'allégations de trafic d'influence, le ministre délégué aux Transports, Norman MacMillan, trépigne d'impatience à l'idée d'aller témoigner devant la commission d'enquête sur la nomination des juges.

Martin Ouellet LA PRESSE CANADIENNE

Le bouillant politicien de l'Outaouais ne digère pas que son intégrité soit mise en doute. Il en a gros sur le coeur contre le député péquiste Bernard Drainville qui l'a accusé, jeudi en Chambre, d'avoir profité financièrement de la nomination à la magistrature du fils d'un ami organisateur libéral.

«Drainville m'a attaqué personnellement et a sali le rôle de député. J'ai trouvé ça «rough» et ça me déçoit. Au moment où la cote des politiciens n'est pas très haute, il s'en va dire que les députés acceptent de l'argent. Il est lui-même député et n'aide pas sa cause», a fulminé M. MacMillan, en entrevue, vendredi, à La Presse Canadienne.

Après avoir nié quelque intervention que ce soit, M. MacMillan a cependant admis plus tôt cette semaine qu'il avait mentionné en 2003 la candidature de Marc Bisson, fils de l'organisateur libéral Guy Bisson, lors d'un échange avec le ministre de la Justice de l'époque, Marc Bellemare.

Mais il y a, selon lui, une mer de différence entre mentionner un nom au ministre de la Justice et influencer sa décision.

«Comme député, il y a toujours des gens qui viennent nous voir pour nous demander de l'aide. J'ai joué mon rôle de député. Guy Bisson est un ami de la famille. J'ai simplement dit à Marc (Bellemare) que son fils avait postulé pour être juge», a fait valoir le ministre.

Marc Bisson a été promu à la magistrature en 2003. Il est aujourd'hui juge coordonnateur adjoint de la Cour du Québec à Longueuil.

Dans son édition de vendredi, un quotidien montréalais rapporte que Marc Bellemare ne voulait pas nommer le juge Bisson mais qu'il avait subi des pressions pour le faire par des collecteurs de fonds du PLQ.

La veille à l'Assemblée nationale, au cours d'une envolée particulièrement agressive, le député Drainville avait pointé un doigt accusateur vers le ministre MacMillan.

«Quand on sait que le ministre délégué aux Transports doit ramasser 100 000 $ par année pour rester ministre, est-ce qu'on peut savoir combien ça lui a rapporté de nommer le fils de son collecteur de fonds juge? Combien ça lui a rapporté sur son 100 000?», avait lancé M. Drainville, piquant son adversaire au vif.

Au lendemain de l'échange, M. MacMillan était encore secoué et peinait à contenir ses émotions.

«C'est un manque de respect. On peut s'attaquer aux idées mais pas aux individus. Je suis considéré comme quelqu'un de direct mais je n'ai jamais attaqué personnellement un adversaire. C'est inacceptable, carrément», a-t-il laissé tomber.

Pour lever tous les doutes sur son intégrité, le ministre a dit vouloir ardemment témoigner devant la commission d'enquête sur la nomination des juges qui lancera ses travaux dans les prochaines semaines.

«J'ai hâte de mettre ma main sur la Bible et dire exactement ce que j'ai toujours dit: Que j'ai fait mon travail de député», a-t-il soulevé, en prévision de son éventuel témoignage devant la commission présidée par l'ancien juge de la Cour suprême du Canada, Michel Bastarache.

Du reste, le député de Papineau ne regrette nullement d'avoir signalé au ministre Bellemare qu'une connaissance voulait accéder à la magistrature. Pas question, pour cet homme bourru convaincu de n'avoir fait que son devoir, de présenter des excuses.

«Si demain matin on me demandait de refaire la même chose, je le referais. «Yes Sir»», tranche-t-il.

Jeudi, M. Bastarache a confié que des ministres seront «fort probablement» appelés devant la commission afin de jeter un éclairage sur la procédure de nomination des juges.