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Sale job de la GRC

Novembre 2015, Justin Trudeau vient d'arriver au pouvoir. Son gouvernement met un stop à un contrat de plus de 670 millions donné par le gouvernement conservateur au chantier maritime Davie à Lévis pour convertir un navire commercial en navire de ravitaillement militaire, l'Astérix.

Pourquoi ce stop ? Ce n'est pas clair.

Toujours est-il que le gouvernement Trudeau met le projet Astérix sur la glace. Très, très rapidement, la nouvelle fuit dans les médias.

Le premier ministre fait une colère noire. Il n'accepte pas que la confidentialité des discussions du Cabinet ait été trahie. Il se choque à ce point que les fonctionnaires du Conseil privé - son ministère - alertent la GRC, ont rapporté plusieurs sources au Globe and Mail la semaine dernière.

La GRC se lance dans une traque à la taupe. Qui a « coulé » la nouvelle de la suspension du contrat de l'Astérix à Davie ?

***

Le vice-amiral Mark Norman est le numéro 2 de l'armée canadienne. C'est lui qui, pour la Marine, navigue dans les méandres de l'attribution du contrat de 600 millions. C'est lui l'intermédiaire entre le gouvernement Harper et les deux soumissionnaires, Davie et Irving Shipbuilding.

Ce n'est un secret pour personne à Ottawa que la GRC est sur le coup. Mark Norman s'attend donc à être interrogé par les policiers fédéraux. Ce n'est pas ce qui arrive : la police débarque chez lui avec un mandat de perquisition.

Il ne se fera jamais poser de questions par la GRC. Pas une. Jamais, comme dans ja-mais.

Ça n'empêche pas la GRC de le faire accuser : abus de confiance. La source de la CBC, ça ne peut être que lui, décident les fins limiers de la GRC.

Mark Norman est suspendu, c'est la fin de sa carrière militaire.

Et il doit se défendre d'une accusation qui pourrait lui valoir la prison.

Il décide d'embaucher une avocate de la défense exceptionnelle, Marie Henein, de Toronto. Celle-ci plonge dans le dossier et trouve que ça pue. Elle soupçonne que quelqu'un, quelque part, a décidé d'avoir la tête de Mark Norman pour des motifs politiques...

Le vice-amiral Mark Norman et son avocate Marie Henein... (PHOTO SEAN KILPATRICK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE) - image 2.0

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Le vice-amiral Mark Norman et son avocate Marie Henein

PHOTO SEAN KILPATRICK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Ce soupçon lui vient rapidement quand le premier ministre du Canada déclare le 6 avril 2017 qu'il y aura vraisemblablement un procès criminel dans cette affaire de fuite. Il répétera la même chose un an plus tard...

Alors que Mark Norman n'est même pas accusé !

Pourquoi Justin Trudeau présume-t-il du dénouement d'une enquête policière ?

Et puis, plus l'avocate Henein pose de questions au gouvernement pour monter la défense de Mark Norman, plus elle demande des documents au ministère de la Défense, plus les réponses sont bizarres...

L'armée ne lui donne par exemple que très peu de documents touchant l'affaire, prétextant qu'il n'en existe pas.

Mais un officier viendra témoigner en cour que ces documents existent bel et bien... Cependant, ils sont codés de façon à ce qu'on ne puisse pas « trouver » les documents qui aideraient la défense de Mark Norman ! On ne peut pas donner à la défense ce qui est « introuvable »...

La juge Heather Perkins-McVey a été scandalisée d'apprendre cela, dans les séances de préparation du procès, qui était prévu pour août 2019.

On a aussi appris que le gouvernement Trudeau avait fait une enquête interne pour savoir qui savait quoi, au sujet du contrat de l'Astérix donné - puis suspendu - à Davie. Résultat : 42 personnes étaient au courant des discussions du comité ministériel avant la décision... Et 73 étaient au courant après. Ça fait beaucoup de « suspects ».

Mais la GRC n'a jamais interviewé plusieurs des personnes identifiées comme des taupes potentielles. Et si la GRC a pris soin d'interviewer le ministre Scott Brison, président du Conseil du Trésor, elle n'a jamais tenté d'interroger aucun des ministres conservateurs qui géraient le dossier un mois avant la fuite...

Pire : un employé du gouvernement qui avait laissé fuiter des infos stratégiques à la firme de lobbying de Davie ne sera accusé qu'une fois que l'équipe de défense de Mark Norman aura révélé cette information... connue de la GRC !

***

L'équipe de défense de Mark Norman découvrira également des faits troublants sur l'implication du politique tant dans l'enquête policière de la GRC que dans la façon dont les procureurs de la Couronne au dossier étaient en lien avec le Conseil privé, pour les tenir au courant des détails de la cause. Les deux plus proches conseillers de M. Trudeau, Katie Telford et Gerald Butts, étaient également tenus au fait des développements du dossier...

Pourquoi ?

On ne l'a jamais su : les nouvelles informations découvertes par Me Henein ont de toute évidence déplu à la juge Perkins-McVey, qui a verbalisé son grand déplaisir quant à ce qu'elle apprenait.

Plus la date du procès approchait, plus le dossier Norman se dégonflait. Ce qui devait arriver arriva : la Couronne a retiré les accusations contre Mark Norman, tout récemment.

Peut-être saura-t-on un jour la vérité sur l'assassinat professionnel dont Mark Norman a été victime. S'il poursuit le gouvernement au civil, on pourrait apprendre des choses intelligentes. À moins que le gouvernement ne choisisse de régler à l'amiable en échange de clauses de confidentialité...

À Ottawa, les conservateurs disent que l'affaire Norman est une autre preuve de l'ingérence politique du gouvernement Trudeau dans les affaires de la justice. On verra si la suite des choses confirme cette thèse.

Mais comme dans l'affaire SNC-Lavalin, les empreintes digitales de proches collaborateurs de Justin Trudeau sont partout sur la porte du mur qui devrait séparer le politique et le judiciaire, dans l'affaire Norman. C'est troublant.

Revenons à la police : la GRC a fait un travail d'amateur dans cette affaire, un travail de police de république bananière en choisissant de ne pas interroger tout un tas de personnes qui auraient pu, elles aussi, avoir passé de l'info à un journaliste...

La police a des pouvoirs immenses dans une enquête criminelle. Qu'elle n'ait pas trouvé les preuves disculpant Mark Norman découvertes par son avocate, c'est ahurissant...

Et je répète ceci : la police n'a JAMAIS interrogé Mark Norman, ni même tenté de le faire. Tsé, d'un coup que le poisson aurait des explications qui éclairent ton enquête différemment et qui détruisent tes théories...

Mais Mark Norman a choisi de ne pas plaider coupable, il a choisi de se battre.

Et en cour, le dossier de la GRC s'est écroulé, comme le château de cartes qu'il était. Il n'a pas résisté à l'analyse : les procureurs ont choisi de retirer les accusations.

Ça vous rappelle quelque chose ?

Moi, si : la job de bras faite par l'UPAC sur la personne de Guy Ouellette.

Au fédéral comme au provincial, la police est inquiétante d'impunité, ces jours-ci.

À LIRE : l'entrevue exclusive du vice-amiral Mark Norman accordée au National Post après l'abandon de la poursuite contre lui




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